Luk VERVAET
De l'Afghanistan à l'Iran, de Guantanamo à Maduro. Pas de fin en vue ? Ce qui s'est passé en 2001 relève de la préhistoire pour un jeune d'aujourd'hui, âgé de vingt ou trente ans. On ne peut pas en vouloir aux jeunes : ils ont déjà assez de mal à gérer la situation actuelle et le flot d'informations qui les submerge. Nos dirigeants leur ont également appris que les guerres à l'étranger - qu'ils appellent généralement des "conflits" - dans lesquelles l'Occident impérialiste est directement ou indirectement impliqué, ne doivent surtout pas être importées chez nous ; le prix de l'essence à la pompe et la sécurité du retour de nos touristes depuis les zones de guerre, voilà ce qui, pour nos médias, doit retenir notre attention. Pour le reste, nous ne pouvons rien y faire de toute façon. Qui parle encore de la guerre contre l'Afghanistan qui a commencé il y a vingt-cinq ans, de la guerre contre l'Irak qui a suivi, chacune ayant fait des centaines de milliers de morts ? Ou de l'ouverture du camp de Guantanamo, depuis 2002 le nom du camp de prisonniers le plus tristement célèbre au monde... Tout cela est oublié et enterré sous une couche de béton.
L'actualité du passé
Comme l'a écrit Angela Davis dans son livre "Freedom is a constant struggle", pour comprendre la situation d'aujourd'hui, nous devons déterrer le passé de sous cette couche de béton. Ne pas commencer par ce chien enragé de Trump, que toute personne sensée déteste. Mais remonter au passé colonial occidental et à la nouvelle forme qu'il a prise depuis 2001 sous le nom de "Guerre mondiale contre le terrorisme". Une guerre qui sera peut-être décrite plus tard dans les livres d'histoire comme "la guerre de Trente Ans contre le Sud", ou comme la guerre de Cinquante Ans, voire comme la guerre de Cent Ans.
Ce retour au passé nous préserve également du désespoir face à la situation actuelle et nous offre la perspective et la certitude que les pays et les peuples du Sud, dont les souffrances sous les guerres actuelles sont indescriptibles, finiront par vaincre. Tout comme ils ont remporté la victoire contre l'Occident impérialiste lors des guerres coloniales du siècle dernier. Pensons à tous les pays qui se sont libérés de l'occupation coloniale et de l'oppression après la Seconde Guerre mondiale. Seule la Palestine occupée subsiste encore, uniquement grâce au soutien de l'ensemble du monde occidental à l'État colonial d'apartheid qu'est Israël. Les mouvements de solidarité des jeunes engagés de nos pays, à la fin du siècle dernier, avec ces peuples et ces pays du Sud, comme ceux pour le Vietnam, méritent eux aussi d'être redécouverts aujourd'hui. Ils peuvent inspirer la jeune génération d'activistes et de militants qui s'est levée aujourd'hui pour Gaza.
La seule question qui restera est de savoir si la jeune génération d'aujourd'hui et celles qui la suivront feront mieux que nous et réussiront là où nous avons échoué. À savoir nous débarrasser définitivement, avec les pays du Sud, de notre système impérialiste criminel et barbare.
20 septembre 2001 - 28 février 2026
Le 20 septembre 2001, neuf jours après les attentats contre le WTC à New York, le président américain de l'époque, Bush, a annoncé dans un discours télévisé devant le Congrès américain le lancement de la guerre mondiale contre le terrorisme. Les attentats de New York en 2001 ont été attribués au groupe terroriste Al-Qaïda, qui se trouvait en Afghanistan, et le 7 octobre 2001 a marqué le début de'une guerre meurtrière contre ce pays. Dans son discours, Bush avait ajouté : "Nous commençons par Al-Qaïda, mais cela ne s'arrêtera pas là". Et oui, vingt-cinq ans plus tard, cette même guerre fait toujours rage avec une intensité sans précédent.
Tout comme les autorités iraniennes aujourd'hui, les talibans avaient tout tenté, il y a vingt-cinq ans, pour éviter la guerre et parvenir à un accord négocié avec les États-Unis. Pour approfondir, vous pouvez lire mon article intitulé "Les monstrueux talibans et nous". (1)
Mais rien n'y fit et, tout comme l'Iran aujourd'hui, l'Afghanistan fut victime d'une attaque préventive, d'une "frappe préventive". L'enjeu, nous disait-on alors, était la destruction du régime des extrémistes religieux radicaux des talibans, qui hébergeaient Al-Qaïda. Dans le cas de l'Iran, il s'agit de la destruction du régime des extrémistes religieux, les mollahs, qui soutiennent "des organisations terroristes telles que le Hamas et le Hezbollah". À l'époque, il s'agissait des droits des femmes en Afghanistan, aujourd'hui, il s'agit de ceux en Iran. Dans la guerre contre l'Irak qui a suivi celle en Afghanistan, il s'agissait à nouveau d'un régime qui devait être renversé parce qu'il soutenait des organisations terroristes tout en produisant des armes de destruction massive ; aujourd'hui, il s'agit des armes nucléaires et des missiles en Iran. Que des mensonges, tous fondés sur de fausses informations de la CIA, comme l'ont déclaré rétrospectivement des criminels de guerre tels que Tony Blair, alors Premier ministre britannique, ou Colin Powell, secrétaire d'État américain, à propos de la guerre contre l'Irak.
Pete Hegseth
En d'autres termes, il existe une seule et même ligne de violence ininterrompue de l'impérialisme américain et occidental, quel que soit le nom du président. Une ligne continue de violence illustrée également par des personnages tels que Pete Hegseth, le ministre de la Guerre des États-Unis (oui, c'est ainsi qu'on l'appelle, littéralement, le ministère de la Guerre (2). C'est l'homme qui, sous Trump, mène la guerre pour la destruction de l'Iran. Il y a vingt-cinq ans, il a servi sous Bush dans les guerres contre l'Afghanistan et l'Irak, et avec son unité militaire, il a également servi de 2004 à 2005 dans le camp de torture de Guantanamo. L'homme, qui va désormais se préoccuper des droits des femmes en Iran, a lui-même été accusé à plusieurs reprises d'abus sexuels, mais cela est une autre histoire . (3)
La "guerre mondiale contre le terrorisme", nouveau nom du colonialisme et du fascisme intérieur
Au début du XXIe siècle, la "guerre mondiale contre le terrorisme" est devenue le nouveau nom donné à ce qu'était le colonialisme occidental au siècle dernier. Au cours du siècle dernier, presque tous les pays occidentaux ont mené des guerres coloniales contre les mouvements de résistance des pays colonisés. Cette résistance s'est vu coller l'étiquette de "terroriste" ; pensez par exemple aux Mau Mau au Kenya ou à l'ANC de Nelson Mandela. Par ailleurs, à la fin du siècle dernier, de nombreux pays occidentaux disposaient également de leur propre liste de terroristes nationaux, comprenant principalement des organisations armées de gauche qui ont été traquées et éliminées les unes après les autres.
Mais avec la proclamation de la guerre mondiale contre le terrorisme, tout a pris une dimension sans précédent. La guerre contre le terrorisme signifie désormais littéralement la guerre, dans laquelle, sans aucune légitimité, des pays du Sud peuvent être rasés par les bombardements et réduits à l'âge de pierre. La guerre contre le terrorisme signifie que tous les pays occidentaux adoptent désormais une seule et même liste américaine et israélienne de personnes et d'organisations terroristes, un arrêt de mort sans procès pour quiconque y figure. C'est ainsi que l'Europe a inscrit l'ensemble de la résistance palestinienne sur sa liste de terroristes, ce qui signifie immédiatement qu'elle a signé un chèque en blanc pour le génocide qui se déroule aujourd'hui à Gaza. La guerre contre le terrorisme a également entraîné l'ouverture de camps de torture pour les prisonniers, dont Guantanamo est le plus connu. Pour couronner le tout, la guerre contre le terrorisme a engendré des migrations massives, un gigantesque appareil répressif et sécuritaire, et a contribué à la percée phénoménale de l'extrême droite raciste et fasciste dans nos pays. La population migrante est devenue le cheval de Troie de ceux que nous combattons à l'étranger.
Un cercle de plus en plus large
Un quart de siècle après son lancement en 2001, la guerre contre le terrorisme n'a cessé de s'intensifier et le cercle des cibles visées s'est élargi non seulement géographiquement, mais aussi politiquement.
Il y a 25 ans, il s'agissait de soi-disant "personnes, groupes et gouvernements terroristes" qu'il fallait éliminer, et les victimes parmi la population civile étaient des "dommages collatéraux" regrettables (dommages involontaires), pour lesquels des excuses hypocrites étaient parfois présentées ; aujourd'hui, c'est toute une population qui est prise pour cible et doit être anéantie. Car, dit-on, c'est bien de cette population qu'est née la "résistance terroriste". Nous l'avons vu au Liban ("la doctrine de la Dahiya", un terme inventé lorsque l'armée israélienne a pratiquement exterminé la population du quartier de la Dahiya à Beyrouth - un bastion du Hezbollah - en 2006 et rasé toutes ses infrastructures) ; à Gaza en 2023, on l'appelle "la doctrine de Gaza", selon laquelle l'ensemble de la population, y compris les nouveau-nés, peut être liquidé comme recelant des terroristes potentiels. Cela se passe à Gaza, cela se passe au Liban, cela se passe en Iran.
De la guerre contre le "terrorisme religieux", on est passé à la guerre contre le "crime-terror", l'"éco-terror", le "narco-terror", le "cyber-terror", le "terrorisme antisémite", etc. Vous pouvez tout citer : à peu près tout et tout le monde est désormais considéré comme terroriste et peut s'attendre à subir le même traitement qu'au début de la guerre contre le terrorisme. À l'époque, le président américain Bush avait déclaré, lors de l'inauguration du camp de détention de Guantanamo en 2002, que les États-Unis s'arrogeaient le droit d'éliminer ou d'arrêter toute personne qu'ils estimaient coupable de terrorisme, où que ce soit dans le monde, sans devoir respecter aucune forme de légalité ni de procédure judiciaire équitable. (4) Nous avons tous laissé passer cela. Tout cela au nom de la lutte contre le terrorisme.
De Ben Laden à al-Baghdadi en passant par Maduro : même scénario, même commando d'assassinat
En 2011, nous avons vu Obama et son équipe ministérielle regarder la télévision avec tension dans la "Situation Room" de la Maison Blanche pour suivre en temps réel l'exécution d'Oussama Ben Laden, de son fils aîné et de deux autres personnes. Pas d'arrestation, pas d'inculpation, pas de procès, juste abattre : "Got him", titraient triomphalement les médias. Personne n'a protesté ; après tout, selon ces mêmes médias, il s'agissait du terroriste le plus recherché au monde.
Quinze ans plus tard, Trump et ses ministres, dans exactement la même pose qu'Obama, regardent des images, cette fois depuis la résidence de Trump à Mar-a-Lago, en Floride. Cette fois-ci, il ne s'agit pas de l'exécution d'un terroriste, mais de l'enlèvement du président du Venezuela. Lors de cette opération américaine contre le Venezuela, selon le ministre vénézuélien de l'Intérieur, près de 200 Vénézuéliens et Cubains ont été tués ou blessés. Et alors ? "C'était de la télévision en direct !", a déclaré Trump après coup, avec son habituelle attitude stupide et triomphante. Un massacre et un enlèvement comme dans un jeu vidéo.
En Belgique aussi, on a trouvé que ce genre de vidéos en direct était une bonne idée. C'est ainsi que les ministres Francken, Verlinden et Crucke se sont installés dans un poste de commandement pour suivre en direct les opérations de piraterie de nos forces spéciales sous le nom de "Blue Intruder". Un pétrolier russe battant pavillon guinéen a été arraisonné en mer du Nord. Une première mondiale pour la Belgique et une copie conforme de l'arraisonnement par les États-Unis de navires transportant du pétrole à destination et en provenance du Venezuela.
Delta Force, un commando d'assassinat
L'enlèvement de Maduro a été mené par la Delta Force, une unité d'élite de l'armée américaine. On a salué "la précision et l'efficacité inégalées" de ce commando d'assassinat. La Delta Force s'est fait connaître en 2003 lorsqu'elle a mené à bien la capture de Saddam Hussein lors d'une opération baptisée Red Dawn.
En 2019, elle a mené le raid contre Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l'État islamique. Ce dernier aurait tenté de s'échapper avant de se suicider dans un tunnel sans issue. De Ben Laden et al-Baghdadi à Maduro, ou comment, un quart de siècle après son lancement en 2001, le cercle de la guerre contre le terrorisme s'est élargi non seulement géographiquement, mais aussi politiquement.
Dead or Alive
Il ne fait aucun doute que Maduro aurait lui aussi figuré parmi les 200 victimes vénézuéliennes et cubaines s'il avait opposé une résistance armée à son enlèvement par la Delta Force, une unité militaire spécialisée. Ceux qui trouvent cela improbable n'ont qu'à consulter la liste des présidents assassinés dans les pays du Sud. (5) Rappelez-vous également, plus près de chez nous et tout récemment, le plan de Mike Pompeo, alors directeur de la CIA, visant à arracher Julian Assange, journaliste et fondateur de Wikileaks, accusé d'être un "cyberterroriste", de l'ambassade équatorienne à Londres et, si cela échouait, à l'assassiner en l'empoisonnant.(6) Dans le cas d'Assange, le plan a fuité. De plus, les États-Unis ne pouvaient pas se permettre, sur le sol européen et avec un ressortissant australien de race blanche, de faire ce qu'ils font habituellement dans les pays du Sud. Le plan a donc été abandonné et un accord a été conclu avec l'Équateur et la Grande-Bretagne pour que la police britannique vienne chercher Assange à l'ambassade et l'incarcère à Belmarsh, la prison la plus sécurisée de Grande-Bretagne. Une détention dont Assange doit encore aujourd'hui se remettre, tant physiquement que psychologiquement. Ce qui ne l'a pas empêché d'exprimer sa solidarité avec Gaza et son opposition au prix Nobel de la paix décerné à Maria Corina Machado, partisane vénézuélienne de Trump.
Absolute Resolve
Dans le cas du président Maduro, on a opté pour une mise en place systématique d'un enlèvement sous le nom d'"Absolute Resolve", la solution finale en quelque sorte.
Au cours des mois de février, mars et avril 2025, plus de 400 migrants vénézuéliens ont d'abord été accusés d'appartenir à des cartels de la drogue, d'être les pires criminels, et donc des terroristes, avant d'être déportés vers les prisons antiterroristes de Guantanamo et celles du Cecot au Salvador, pour être ensuite renvoyés au Venezuela.
À partir d'août 2025, une petite équipe d'agents de la CIA au Venezuela a enregistré chacun des mouvements de Maduro : où il dormait, ce qu'il mangeait, quels vêtements il portait. Même le comportement de ses chiens a été observé et consigné. (7)
S'ensuivirent des entraînements militaires aux États-Unis dans la réplique exacte que la CIA avait réalisée de la maison de Maduro. La maison de Maduro fut reconstruite à l'identique à Fort Campbell, dans l'État du Kentucky. C'est là que les soldats s'entraînèrent aux voies d'accès et d'évasion de la maison. Un scénario identique à celui de la guerre contre l'Irak. À l'époque, l'armée américaine avait construit des répliques de villages irakiens, notamment à Fort Carson dans le Colorado, à Fort Irwin en Californie ou à Fort Polk en Louisiane, ainsi que dans de nombreux autres forts militaires, pour entraîner ses soldats à la guérilla urbaine contre la résistance irakienne. (8)
En septembre, les premières attaques ont été lancées contre ce que les États-Unis appellent des "bateaux de drogue en provenance du Venezuela". Une fois de plus, sans aucune légitimité. Fin février 2026, le bilan de ces opérations s'élevait à 150 morts.
Le 24 novembre 2025, une nouvelle étape décisive a été franchie lorsque le département d'État américain a annoncé qu'il allait inscrire le "Cartel de los Soles" sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTO). Ce cartel de la drogue, selon le communiqué du ministère, "est basé au Venezuela et dirigé par Nicolás Maduro et d'autres hauts responsables du régime illégitime de Maduro, qui ont corrompu l'armée, les services de renseignement, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire du Venezuela". (9) Le sort de Maduro était ainsi scellé.
Un mois plus tard, Nicolás Maduro et son épouse Cilia ont été enlevés et transférés par avion vers une prison fédérale de New York, le Metropolitan Detention Center (MDC) à Brooklyn.
Luk Vervaet
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