
On accuse souvent l'Iran de menacer la sécurité d'Israël. Ça n'a pas toujours été le cas. On oublie parfois que l'Iran est composé d'une population à majorité chiite et non arabe d'origine. Contrairement à l'Irak, de confession majoritaire sunnite et arabe.
Au tout début de la création d'Israël, le gouvernement affichait une tendance laïque, jusqu'à ce que Menahem Begin le dirige et rejette cette option. N'étant pas dupe de la situation précaire du nouvel État, Ben Gourion cherchait l'appui de voisins non arabes. Il obtint celui de la Turquie, alors laïque sous l'influence de Mustafa Kemal, de l'Éthiopie chrétienne et de l'Iran. Quoique... en 1950, le Premier ministre, Mohammed Saeed, exigeait 400,000 dollars, en échange de reconnaître l'État d'Israël ! Le chah, lui, accepta l'entente sans hésiter : il fournirait du pétrole aux Israéliens et eux s'engageraient à porter assistance à l'Iran, au niveau du renseignement, de la défense et de la sécurité intérieure. Les États-Unis se réjouirent de cette entente, apte à diminuer l'influence de l'Égyptien Nasser, champion de la nationalisation d'entreprises étrangères, partisan d'une union des pays arabes. En 1957, la CIA supervise donc la formation de la police secrète iranienne, la Savak. La section spécialisée dans la sécurité intérieure et la répression des opposants bénéficient alors de conseillers israéliens. On scella cette collaboration par la rencontre Isser Harel, directeur du Mossad, et du général Bakhtiar, en charge de la Savak.
Une fois le danger israélien atténué, le chah pense affaiblir l'Irak. Ce sont des Israéliens qui imaginent pour lui la meilleure stratégie : provoquer une révolte des Kurdes. On envoie des experts militaires israéliens au Kurdistan, pour y inciter un soulèvement. En 1972, le chah et Nixon se rencontrent et décident de confier la supervision du conflit à la CIA. En trois ans, les Kurdes recevront plus de 16 millions de dollars en financement et équipement militaire. Le résultat : un massacre chez les Kurdes, et la cause est imputée uniquement à l'Irak, les États-Unis étant intervenus à temps pour cacher l'implication d'Israël. Mais... en mars 1975, on arrête toute forme de soutien. Sentant le danger que représentent les États-Unis dans la région, le chah et Saddam Hussein concluent une entente. Les Kurdes sont abandonnés par les États-Unis et Israël, et la frontière de l'Iran leur est fermée... ¹
En 1979, l'ayatollah Khomeini prend le pouvoir. L'occupation de l'ambassade des États-Unis et la prise d'otages permet aux Iraniens de découvrir des documents qui attestent une alliance entre le Mossad, le Service de sécurité national Turc (TNSS) et la Savak du régime Pahlavi.
Malgré tout... L'accord le plus retentissant entre l'Iran et Israël dura deux ans, en pleine guerre avec l'Irak, débuté en 1980, quand un petit nombre d'initiés de la CIA, principalement le directeur William Casey, à l'insu même de cette agence, vendirent des armes aux Iraniens, malgré l'embargo décrété par Jimmy Carter. Avec le soutien de Robert McFarlane et Michael Ledeen, respectivement conseiller et consultant à la sécurité nationale, ainsi que l'attaché militaire Oliver North Grâce à l'aide du diplomate israélien David Kimche, on fera croire à son gouvernement que les élus états-uniens sont d'accord. Une fois l'affaire éventée, grâce aux écoutes du FBI, on condamnera un seul responsable et, bien sûr, on occultera le rôle d'intermédiaire d'Israël. C'est par cet État que les armes transitaient. On y changeait d'ailleurs souvent les missiles antichars Tow ou Hawk, pour les remplacer des modèles anciens, moins puissants ! Le tout, sous couvert de négocier la libération d'otages états-uniens et, en Amérique, financer les contre-révolutionnaires luttant au Nicaragua contre les sandinistes. ²
Par la suite, les Iraniens feront en sorte que les entreprises israéliennes cessent de s'enrichir par la vente d'armes à l'Iran, dont le budget militaire avait plus que doublé entre 1974 et 1977, pour atteindre dix milliards de dollars.
Mais en 1977, une collaboration spéciale entre Israël et l'Iran eut lieu. Elle intégre l'article de cette série consacré au programme nucléaire iranien.
Maryse Laurence Lewis
Références :
1. Bush, l'Iran et la bombe, Éric Laurent, Éditions Plon, 2007.
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Maryse Laurence Lewis, Mondialisation.ca, 2026