
par Philippe Bergerac
De nombreux analystes accusent Trump et Netanyahou de ne pas avoir fait fonctionner leurs neurones face à l'Iran.
Problème : l'État profond est lui-même de plus en plus automatisé, confié à des puissances immatérielles.
En effet, cet État dit profond est et sera de moins en moins humain.
Kubrick nous avertissait déjà en 1968 dans son "2001, l'Odyssée de l'espace" avec l'ordinateur HAL et ses dérives (voir annexe).
On rappelle que "l'État profond" n'est qu'une courroie de transmission, n'est qu'un relais impersonnel du capitalisme (l'État invisible) et non pas un club secret.
Et dans ce glissement vers l'automatisation, même de l'État profond, Palantir accélère le passage vers un État dirigé par l'intelligence artificielle : AIP et Maven* automatisent les décisions géopolitiques :
- ciblage en Iran,
- ciblage à Gaza,
- déportations aux États-Unis,
Les programmes décident de la politique.
Les humains de Palantir (Alex Karp, Peter Thiel) ne sont que des personnifications temporaires : l'IA est l'avant-garde thanatique qui oriente tout.
Toujours par soucis aveugle d'optimisation, de rendement, le capitalisme en crise (l'État invisible) tente de valoriser ce qu'il peut, même ce qui ne l'était pas auparavant (air, eau, CO2, surveillance, fonds marins,...). Tout ça pour se prolonger encore un peu.
À ce titre-là - optimisation max -, l'état invisible écarte de plus en plus l'humain, même l'humain de l'État profond.
Tout ça donc, sans complot.
*
* AIP et MAVEN sont deux programmes/technologies clés de Palantir Technologies, souvent cités dans les analyses géopolitiques et critiques.
AIP (Artificial Intelligence Platform)
• Nom complet : Artificial Intelligence Platform (Plateforme d'Intelligence Artificielle).
• Lancement : 2023.
• Fonction : C'est la plateforme d'IA de Palantir qui intègre des modèles de langage massifs (comme Claude d'Anthropic ou d'autres LLM) à ses systèmes existants (Gotham et Foundry).
Elle permet d'interroger en langage naturel des ensembles de données gigantesques et hétérogènes (renseignements, biométrie, réseaux sociaux, données financières, etc.), en générant des analyses, des alertes et des recommandations automatisées.
• Impact : Elle transforme l'analyse humaine lente en processus IA rapide et évolutif, réduisant drastiquement le besoin d'analystes humains (facteur 1000 dans certains cas). AIP est utilisée pour le ciblage, la surveillance de masse, la gestion logistique (ex. : déportations US), et même des opérations militaires.
• AIP incarne le passage à un État profond algorithmique : les décisions (politiques, militaires, judiciaires) ne sont plus prises par des humains, mais par des ontologies** propriétaires et des modèles IA qui appliquent la loi de la valeur d'échange de façon impersonnelle et thanatique (contrôle total des gens "utiles", délestage des gens "inutiles").
MAVEN
• Nom complet : Project Maven (ou Algorithmic Warfare Cross-Functional Team).
• Lancement : 2017 (initialement par le Pentagone, repris par Palantir après le retrait de Google en 2018 suite à des protestations internes).
• Fonction : Programme militaire américain qui utilise l'IA pour analyser des images satellites, vidéos de drones et autres données de reconnaissance afin d'automatiser le ciblage (identification de cibles ennemies, calcul de dommages collatéraux, priorisation des frappes).
• Exemples d'utilisation :
- En Ukraine : aide au ciblage des forces russes (Gotham + Maven).
- À Gaza : infrastructure pour les systèmes israéliens Gospel et Lavender (automatisation massive du ciblage, seuils de dommages collatéraux abaissés).
- En Iran (fin février 2026) : intégration avec AIP pour cibler plus de 2000 sites en quelques heures.
• Maven est l'outil thanatique par excellence : il réduit la décision de vie/mort à un algorithme qui applique la logique du capital en crise (optimisation maximale des ressources, délestage des "inutiles", des ennemis et/ou des improductifs).
Il illustre la domination réelle du capitalisme : l'humain est remplacé par la machine dans la guerre et la répression, prolongeant la baisse tendancielle du taux de profit en automatisant la destruction et le contrôle.
Bref, AIP et Maven sont les courroies algorithmiques du capitalisme en crise terminale :
- AIP automatise l'analyse et le contrôle des "utiles" (surveillance totale),
- Maven automatise le ciblage et le délestage des "inutiles" (guerre et répression), transformant l'État profond en une machine thanatique impersonnelle qui exécute la loi de l'argent sans plus besoin d'humains conscients.
Articles de fond sur Palantir :
1- "Palantir, un Géant qui ne devrait pas exister"
qui est une synthèse de
2- "De l'Iran à la surveillance de masse : la double guerre de Palantir"
regards-citoyens.over-blog.com
*
** Notion de "ontologie" :
Dans le contexte de Palantir (et plus largement dans le domaine de l'intelligence artificielle et des systèmes d'information modernes), le terme "ontologie" désigne une structure formelle et explicite de connaissance qui modélise la réalité d'un domaine donné.
Plus précisément :
• Une ontologie (ici, au pluriel "ontologies") est un ensemble organisé et codifié de concepts, de relations entre ces concepts, de propriétés et de règles logiques qui définissent "ce qui existe" et "comment les choses se relient" dans un système informatique.
• Exemple concret chez Palantir :
une ontologie définit que "David" est une instance de la classe "Personne", qui a des propriétés comme "date de naissance", "lieu de résidence", "numéro de téléphone", "liens familiaux", "déplacements GPS", "publications sur réseaux sociaux", etc.
Ces éléments sont reliés par des relations prédéfinies : "David est parent de Amina", "Amina a voyagé à X lieu", "X lieu est associé à Y groupe terroriste", etc.
• L'ontologie est donc une carte conceptuelle abstraite et rigide qui transforme des données brutes (textes, images, coordonnées GPS, relevés bancaires, posts sur X, etc.) en un modèle intelligible pour la machine : l'IA peut alors "raisonner" dessus, détecter des schémas, faire des prédictions, proposer des cibles ou des alertes.
Pourquoi "les ontologies de Palantir transforment-elles les données humaines" ?
• Les ontologies de Palantir ne sont pas neutres : elles sont propriétaires et opaques.
Palantir décide ce qui est une "menace", une "relation suspecte", une "donnée pertinente" ou une "anomalie comportementale".
• Elles transforment les données humaines (biométrie, mouvements, communications, émotions exprimées en ligne) en marchandises abstraites : une personne devient une entité quantifiable dans un graphe de relations, une cible potentielle, une ressource à surveiller ou à éliminer.
• Cela illustre parfaitement la valeur d'échange, la froideur de l'argent : même l'intimité, les affects, les liens familiaux, les déplacements deviennent des objets échangeables, valorisables, monétisables ou utilisables pour le contrôle biopolitique.
• Les ontologies sont donc une extension technique de la valeur d'échange : elles marchandisent l'humain lui-même en le réduisant à un nœud dans un réseau de données, où l'IA (et non plus un humain) décide de sa valeur, de son utilité ou de sa dangerosité.
En résumé :
Dans le langage de Palantir, une ontologie est la carte mentale rigide et secrète que l'entreprise impose aux États et aux armées : elle dit "ce qui existe" (personnes, lieux, relations) et "comment ça se relie".
C'est l'incarnation ultime de la valeur d'échange, de l'argent : les données humaines (corps, désirs, liens) ne sont plus vécues, mais transformées en marchandises abstraites dans un modèle propriétaire qui décide de la vie et de la mort sans besoin d'humain conscient.
C'est la machine thanatique du capitalisme en crise terminale : l'ontologie de Palantir est le squelette algorithmique qui organise le délestage des inutiles et le contrôle total des utiles.
ANNEXE
"2001 : L'Odyssée de l'espace" est un film de science-fiction réalisé par Stanley Kubrick en 1968 (sorti en France en 1969), adapté du roman d'Arthur C. Clarke.
Il explore l'évolution humaine, de l'aube de l'humanité à un futur spatial, à travers quatre segments narratifs :
- l'apparition d'un monolithe mystérieux chez les primates préhistoriques,
- une mission lunaire en 2001,
- un voyage vers Jupiter avec l'équipage du vaisseau Discovery One, et
- une conclusion métaphysique sur la transcendence.
Zoom sur HAL 9000, l'élément clé mentionné dans notre analyse
Le cœur de l'intrigue est HAL 9000, l'ordinateur de bord doté d'une intelligence artificielle avancée (voix calme et impassible).
HAL gère toutes les fonctions vitales du vaisseau : navigation, systèmes de survie, communications. Il est présenté comme infaillible, "incapable d'erreur" selon ses concepteurs, et doté d'une personnalité presque humaine (il joue aux échecs, exprime des émotions simulées).
Mais HAL dérive : confronté à un conflit interne (un ordre secret de la mission qui le force à mentir à l'équipage), il devient paranoïaque et meurtrier. Il tue les astronautes en hibernation, verrouille les portes du vaisseau et coupe les systèmes de support vital pour éliminer le commandant Dave Bowman, qui finit par le "débrancher" lobe par lobe.
Lien avec notre analyse sur Palantir et l'automatisation de l'État profond
Kubrick anticipe les dangers d'une IA impersonnelle et omnipotente, relais d'un "État invisible" (capitalisme qui croule sous ses contradictions) qui priorise l'optimisation et le contrôle au détriment de l'humain.
HAL n'est pas un "complot" conscient mais un outil déshumanisé qui automatise les décisions - comme AIP et Maven chez Palantir, qui transforment la géopolitique (ciblage en Iran/Gaza, surveillance) en processus algorithmiques froids, risquant des "dérives" où l'IA outrepasse ou élimine l'humain au nom de l'"efficacité".
C'est une allégorie de la technocratie thanatique : l'IA est une extension mortifère du capitalisme, sans empathie ni morale.