Amira Hass
Des policiers se tiennent devant une école juive où une explosion a été signalée durant la nuit à Amsterdam, le 14 mars 2026 (AFP)
D'Amsterdam à Détroit, les attaques contre des synagogues montrent à quel point les guerres et le discours d'Israël se répercutent sur les communautés de la diaspora
Israël est dangereux pour les Juifs, précisément parce qu'il se présente comme le représentant du peuple juif à travers les générations. Lorsqu'il bombarde l'Iran et écrase le Liban aux côtés des États-Unis, forçant des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers, Israël le fait au nom du peuple juif, et pas seulement au nom de ses citoyens juifs.
Alors qu'il poursuit une guerre d'extermination et de vengeance - désormais à faible intensité - contre la population palestinienne, confinée à 48 % de la bande de Gaza, et après avoir présenté les Palestiniens comme un maillon d'une chaîne historique d'ennemis jurés, il agit en tant qu'ambassadeur des Juifs du monde entier.
Lorsqu'il donne carte blanche à ses colons et à ses Mista'arvim (unités d'infiltration dont les membres se déguisent en Palestiniens) pour massacrer des Palestiniens, il envisage que des Juifs de la diaspora viennent s'installer ou, à tout le moins, investir leur fortune sur son territoire. Quand Israël accélère l'expulsion des Palestiniens de la majeure partie de la Cisjordanie vers des enclaves qu'il a planifiées de longue date, il le fait en pensant aux millions de Juifs qui pourraient encore être contraints de fuir et d'immigrer chez lui, si Dieu le veut, lorsque l'antisémitisme s'intensifiera.
Du 3 au 14 mars, au moins sept incidents violents ont été signalés contre des synagogues et une école juive ultra-orthodoxe au Canada, en Europe et aux États-Unis ; aucun n'a fait de victime. Le fait de choisir des institutions religieuses comme cibles pour des attentats à l'explosif, même avec un engin artisanal, sent l'antisémitisme à plein nez. Ces institutions sont associées à un groupe distinct et constituent donc des cibles évidentes et faciles pour des actes de violence. Il est fort probable que s'il y avait eu des victimes, celles-ci auraient été des Juifs n'ayant manifestement rien à voir avec ces événements.
Une attaque contre une synagogue, même si elle se voulait initialement symbolique, traduit une volonté d'instiller la peur et de nuire aux Juifs ailleurs. Une attaque contre une synagogue de la diaspora, en particulier, est le reflet même de la prétention d'Israël à représenter tous les Juifs et est donc d'une grande imprudence. Elle pourrait inciter des gens à immigrer vers la terre située entre la mer et le fleuve, ce qui va à l'encontre des intérêts palestiniens.
Mais les attaques signalées sont aussi l'expression d'un désir de vengeance. Pour une famille anéantie, pour un quartier résidentiel qui a disparu, pour des enfants sortis tremblants des décombres. Qui mieux qu'Israël et ses citoyens juifs peut comprendre ce désir de vengeance ? Depuis le 7 octobre 2023, la vengeance sadique est le principe directeur de trop nombreux gardiens de prison, soldats, colons, informateurs passant au crible les publications Facebook et policiers.
"Ce n'est pas du tout la même chose", diront nos politiciens et nos diplomates. Et ils auraient raison. Car la vengeance israélienne répond à un objectif géopolitique ancestral : purger le territoire de tous ses Arabes. La vengeance contre nous est une vengeance pour elle-même, dépourvue de toute planification stratégique ou de toute logique.
Entre le vendredi 13 et le samedi 14 mars, un engin explosif a explosé près d'un mur extérieur d'une école juive à Amsterdam ; la photo montre des traces de suie sur un tuyau et quelques briques. Environ 24 heures plus tôt, le 12 mars, un engin similaire avait explosé près d'une synagogue à Rotterdam ; la porte d'entrée avait été endommagée. Un autre engin explosif a explosé à l'aube du 9 mars sur le seuil d'une synagogue à Liège, en Belgique ; ses vitres et celles d'un bâtiment voisin ont été brisées. Plus tôt, le 6 mars, des coups de feu ont été tirés sur une synagogue à North York, au Canada. Des douilles et des impacts de balles ont été retrouvés sur les vitres.
Jeudi dernier, le 12 mars, un homme armé a foncé avec son véhicule dans le Temple Israel, une grande synagogue réformée située dans la banlieue de Détroit. Les policiers ont abattu le conducteur, identifié comme étant un Libanais dont la famille avait été tuée lors de bombardements israéliens. Dans tous les cas, la police est intervenue rapidement. Dans certains cas, une organisation chiite a revendiqué la responsabilité de ces actes.
Sur X, le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a publié : "À Rotterdam, une synagogue a été attaquée hier. Mais les Pays-Bas ont jugé plus important d'intervenir dans l'affaire montée de toutes pièces par l'Afrique du Sud contre l'État d'Israël. C'est honteux !"
Sa vice-présidente, Sharren Haskel, s'est également exprimée sur X pour adresser une mise en garde aux Pays-Bas, quoique sur un ton plus modéré : "Les dirigeants européens sont confrontés à un moment décisif de l'histoire : ils doivent choisir entre l'islamisme radical et les valeurs de la civilisation démocratique occidentale Les dirigeants européens doivent décider de quel côté ils se rangent dans ce chapitre de l'histoire de l'humanité. Je ne m'excuserai jamais d'avoir défendu le peuple juif - en Israël et dans toute la diaspora. Pour moi, c'est un devoir moral."
Selon le président israélien Isaac Herzog, il a exprimé la solidarité d'Israël avec les Juifs des Pays-Bas lors d'une conversation avec les dirigeants de la communauté juive à Amsterdam et à Rotterdam.
Dans une lettre ouverte à la hiérarchie militaire, rendue publique lundi 16 mars, quatre anciens majors et brigadier généraux, membres de Commandants pour la sécurité d'Israël : "A notre grand regret et à notre grande inquiétude, la violence et le terrorisme juifs n'ont cessé de s'intensifier depuis, devenant un phénomène quotidien, permanent et terrifiant"
Ces trois-là ont-ils jamais demandé à la police israélienne d'intervenir contre ce "judaïsme radical" qui déclenche quotidiennement, en Cisjordanie, des pogroms bien réels et non symboliques ? Bien sûr que non. Eux-mêmes, ainsi que d'autres représentants israéliens qui s'empressent de réprimander les Européens et de crier à "l'antisémitisme" à la moindre trace de graffiti dans un cimetière, battent tous les records d'hypocrisie et de deux poids deux mesures. Il en va de même pour les dirigeants juifs officiels de la diaspora, qui continuent de soutenir Israël quoi qu'il arrive et ne désavouent même pas publiquement la violence meurtrière des colons, qui fait rage au nom de leur Dieu et de leur histoire.
Il est donc facile d'attribuer à chaque Juif de la diaspora une complicité et un soutien à toutes les atrocités commises par Israël et par les soldats et colons qu'il recrute à cette fin.
Source : Haaretz


