Un ancien diplomate belge a été renvoyé en procès pour l'assassinat, en 1961, de Patrice Lumumba, devenu premier ministre du Congo après l'indépendance du pays. Cet homme de 93 ans est la première personne à être jugée dans cette affaire. Tous les autres suspects sont décédés.
Un tribunal bruxellois a ordonné mardi le renvoi en procès d'un ancien diplomate belge de haut rang pour l'assassinat de Patrice Lumumba, premier ministre du Congo, dans une ultime tentative pour faire la lumière sur les circonstances encore obscures de cet assassinat.
Lumumba, devenu Premier ministre du Congo aujourd'hui appelé République démocratique du Congo lors de son indépendance de la Belgique en 1960, a été destitué quelques mois plus tard et assassiné par des rebelles sécessionnistes soutenus par la Belgique le 16 janvier 1961.
Une enquête parlementaire belge sur l'assassinat de Lumumba a conclu en 2002 que la Belgique était "moralement responsable" de sa mort. Cependant, le procès du comte Étienne Davignon, 93 ans, ancien commissaire européen et alors diplomate subalterne, constitue la première poursuite judiciaire liée à cet assassinat.
Selon l'enquête, Davignon, inculpé de crimes de guerre, a participé à la détention ou au transfert illégal de Lumumba et l'a privé de son droit à un procès impartial. Il lui a également infligé des "traitements humiliants et dégradants". Il est aussi accusé d'implication dans les assassinats de deux alliés politiques de Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito
À noter que tous les autres suspects dans cette affaire sont décédés.
Davignon était absent du tribunal mardi, et son avocat n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.
Bien que son gouvernement de Patrice Lumumba n'ait duré que trois mois, celui-ci est devenu une figure emblématique de la lutte anticoloniale, alors que les nations africaines aspiraient à l'indépendance face à la domination européenne dans les années 1960. Il demeure un héros populaire encore aujourd'hui.
Son assassinat a marqué un tournant tragique pour le Congo, pays riche en ressources minérales telles que le cuivre, le cobalt, l'or et l'uranium, mais dont la population a vécu sous le joug de la dictature et la menace de conflits armés meurtriers pendant la majeure partie de son histoire post-indépendance.
Bien qu'il ait publiquement proclamé sa neutralité, les ouvertures de Lumumba envers l'Union soviétique au plus fort de la Guerre froide ont alarmé les gouvernements occidentaux, et certains historiens ont accusé l'agence d'espionnage américaine CIA d'être impliquée dans sa mort.
Ce sont les membres survivants de la famille de Lumumba qui ont initialement porté l'affaire devant les tribunaux, lesquels ont depuis été confiés au parquet fédéral belge.
"C'est un pas dans la bonne direction", a déclaré Yema Lumumba, petite-fille de Lumumba, à Reuters après le jugement. "Ce que nous voulons, c'est que la vérité soit établie et que les responsabilités soient clairement définies."
Après sa mission au Congo, Davignon, issu de la noblesse belge, est devenu un diplomate de renom, notamment en tant que premier directeur de l'Agence internationale de l'énergie et commissaire européen de 1977 à 1985.
Il a ensuite présidé la société holding belge Société Générale de Belgique et siégé aux conseils d'administration de nombreuses sociétés cotées.
