
© Getty Images
Donald Trump avec les dirigeants du conseil de coopération du Golfe.
Les attaques iraniennes accélèrent la recomposition stratégique dans le monde arabe. Les États du Golfe envisagent une alliance sécuritaire et économique renforcée. La guerre pourrait redéfinir les équilibres régionaux et relancer la question palestinienne.
La scène survenue à Riyad illustre l'extension rapide du conflit iranien à l'ensemble du Moyen-Orient. Alors qu'une réunion diplomatique rassemblant plusieurs pays arabes et musulmans tentait de contenir l'escalade ce 19 mars, des missiles iraniens ont visé la capitale saoudienne, provoquant stupeur et colère. Le ministre turc Hakan Fidan a directement interpellé son homologue Abbas Araghchi, dénonçant une stratégie risquant d'entraîner toute la région dans une guerre élargie.
Depuis le début des hostilités, les États du Golfe, principales cibles de l'Iran, durcissent leur position. Ces attaques répétées ont profondément ébranlé les équilibres régionaux et renforcé l'idée d'une réponse collective. Pour ces pays, il ne s'agit plus seulement de contenir une menace immédiate, mais de repenser leur sécurité à long terme en dépassant divisions internes et rivalités historiques.
Une nouvelle configuration énergétique
Cette guerre a balayé de nombreux postulats. La fermeture du détroit d'Ormuz, longtemps jugée improbable, est devenue réalité, tout comme l'exposition directe des monarchies du Golfe à des frappes massives. Pourtant, ces États ont montré une résilience inattendue. Cette crise pourrait ainsi devenir un catalyseur pour la construction d'un nouvel espace stratégique reliant le Golfe au Machrek, en réponse à l'expansion régionale de Téhéran.
Sur le plan économique, des alternatives émergent. L'Arabie saoudite a activé son oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge, contournant Ormuz, tandis que des projets de corridors terrestres vers la Méditerranée via la Jordanie et la Syrie sont envisagés. Le Qatar pourrait, lui, renforcer son rôle gazier mondial en développant de nouvelles routes d'exportation vers l'Europe. Quant au Liban, il pourrait tirer parti de ces recompositions s'il parvient à stabiliser sa situation interne.
Au-delà des enjeux énergétiques et sécuritaires, la guerre relance aussi la question palestinienne. Plusieurs capitales arabes souhaitent reprendre l'initiative sur ce dossier, longtemps instrumentalisé par l'Iran, afin de réaffirmer un leadership régional. Dans ce contexte, Riyad pourrait jouer un rôle pivot dans la structuration d'un nouvel ordre régional, fondé sur une coopération accrue et une autonomie stratégique renforcée.