Par Camille Adam
La Commission européenne multiplie les initiatives contre la désinformation, notamment via le développement d'un réseau européen de fact-checkers (1) et en exprimant le souhait de baser ses décisions en la matière sur la science. Pourtant, si elle prenait au sérieux ce nouveau commandement et qu'elle écoutait vraiment la science - et en particulier le champ de la psychologie sociale - elle devrait démanteler sur-le-champ cette politique.
En France, une petite musique s'installe : les fausses informations pourraient altérer la sincérité des scrutins. Les personnes affirmant cela n'osent pas aller au bout de ce qu'elles pensent et de ce que le droit français prévoit dans ce cas de figure : l'annulation de l'élection en cas de "faibles écarts de voix". Ce n'est pas encore formulé aussi clairement, mais en faisant un lien entre la sincérité du scrutin et les fausses informations tout en invoquant à tout bout de champ le "scénario roumain" (une élection présidentielle annulée sur ce fondement), comment ne pas conclure que c'est bien ce que certains de nos élus ont en tête ?
Les fausses informations et les comportements électoraux : un lien quasi inexistant
L'idée selon laquelle les fausses informations altèrent le débat public et par extension la sincérité du scrutin semble aller de soi. Pourtant, cette idée est largement battue en brèche par les études en psychologie sociale.
Depuis l'émergence des fausses informations dans le débat public et l'idée que l'élection de Donald Trump avait été permise par celles-ci, la science s'est emparée de la question pour déterminer si cette intuition avait un quelconque fondement. La question principale est donc la suivante : les fausses informations peuvent-elles avoir une influence sur les votes ? Les études sont aujourd'hui nombreuses et le recul suffisant pour que l'on puisse parler de consensus sur la question.
Sans suspense, la réponse est la suivante : les fausses informations n'ont pas d'impact sur le vote des électeurs. Pourquoi cela ? Les mécanismes sont maintenant bien identifiés.