
"Lorsque les États-Unis assassinent de manière aussi effrontée et illégale l'ayatollah Khamenei, en Iran, cela ne laisse-t-il pas penser qu'ils ont joué un rôle dans le magnicide du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, comme beaucoup le soupçonnent ?" (source : Haïti Liberté)
par Kervens Louissaint
Lorsque l'administration Trump participe à l'assassinat du guide suprême iranien Ali Hosseini Khamenei ou envoie la Delta Force de l'armée américaine kidnapper le président vénézuélien Nicolas Maduro, elle ne fait que manifester ouvertement et visiblement ce que toutes les administrations américaines pratiquent en coulisses : la projection de la puissance mondiale par tous les moyens nécessaires, même si cela implique de violer le droit international.
Et c'est précisément là que se pose une question cruciale : comment les États-Unis peuvent-ils orchestrer des opérations aussi complexes et audacieuses à travers le monde - frappes ciblées, arrestations de chefs d'État, changements de régime - et en même temps affirmer qu'ils n'ont pas participé à l'assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021 ?
Officiellement, il ne s'agissait pas de l'administration Trump, mais de l'administration Biden ; pourtant, la question n'est pas tant de savoir qui est au pouvoir, mais plutôt de reconnaître que les choix stratégiques de la politique étrangère américaine transcendent les clivages partisans.
Les structures de "l'État profond", les agences de renseignement et le "complexe militaro-financier-industriel" fonctionnent en permanence, quel que soit celui qui occupe la Maison-Blanche.
C'est là un point essentiel pour comprendre le paradoxe haïtien : depuis 1915, les États-Unis exercent un contrôle direct ou indirect sur les aspects fondamentaux de la vie politique, économique et sécuritaire d'Haïti. Aujourd'hui, ils prétendent demander au peuple haïtien de collaborer à la "capture de certains chefs de gangs", alors qu'ils sont eux-mêmes les acteurs historiques les mieux placés pour neutraliser ces forces sur le terrain.
Certains prétendent que Washington, capable d'éliminer et d'enlever des chefs d'État à l'étranger, n'a pas tué ni capturé les dirigeants de la coalition armée Viv Ansanm parce qu'ils seraient de connivence. Cet argument est simpliste, facile, voire fallacieux.
Actuellement, l'empire américain mène des guerres sur plusieurs fronts contre la Russie (en Ukraine), la Palestine (via Israël), le Yémen, le Venezuela, Cuba et désormais l'Iran. Il a délégué la tâche d'écraser la contestation du gouvernement de facto par Viv Ansanm (désormais dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé) à Vectus Global (anciennement Blackwater), la société d'Erik Prince, avec le soutien de la Force de répression des gangs (GSF), mandatée par l'ONU. Ces deux forces mercenaires collaborent étroitement avec la Police nationale haïtienne (PNH).
La principale personne que les États-Unis veulent éliminer est l'ancien policier Jimmy "Barbecue" Cherizier, en raison de son idéologie, de sa formation militaire, de sa capacité à unir deux groupes armés rivaux, à les organiser, à leur faire comprendre qu'ils servent la même cause, qu'ils appartiennent à la même classe sociale, que leurs intérêts sociaux sont les mêmes et, de plus, qu'ils partagent le même ennemi commun.
Il les a convaincus, contre toute attente, d'arrêter de se battre et d'unir leurs forces pour lutter ensemble contre leur ennemi commun : le "système" (capitaliste) et ses tentacules criminels et antinationaux, à savoir l'oligarchie bourgeoise et la classe politique parasitaire.
L'impérialisme a rapidement saisi le danger du message de Cherizier et la nécessité d'empêcher que son idéologie de classe ne se propage dans l'ensemble des masses et ne les conduise à se rallier à Viv Ansan Cette nécessité est devenue particulièrement urgente après que le peuple haïtien a salué et applaudi la destitution du Premier ministre de facto Ariel Henry par la coalition armée en février 2024. Constatant qu'il était une cause perdue, les États-Unis ont renoncé à tenter de le réinstaller.
L'étape suivante pour Washington a été la création du Conseil présidentiel de transition (CPT) et de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), dirigée par le Kenya. Ces deux initiatives ont lamentablement échoué à instaurer la paix et à organiser des élections.
Le secrétaire d'État de Trump, Marco Rubio, a proposé que la Force de sécurité du Golfe (GSF) soit plus de cinq fois plus importante (5 500 hommes) que la Force de sécurité militaire (MSS), beaucoup plus autonome et partiellement financée par l'ONU. Ces objectifs n'ont pas encore été atteints.
Les massacres perpétrés par drones et escadrons de la mort par Vectus Global, en collaboration avec le PNH et le GSF, dans les quartiers de Viv Ansanm sont abominables. Environ 90% des victimes sont des civils innocents. Ces groupes armés sont des combattants aguerris qui possèdent les tactiques et l'expérience nécessaires pour déjouer de nombreuses attaques ; ainsi, comme à Gaza, la population est la principale victime.
Pour l'instant, alors qu'elle est engagée dans d'autres conflits, Washington utilise les mercenaires d'Erik Prince pour mener ses combats en Haïti, bien que Rubio ait déclaré que les États-Unis pourraient déployer des troupes terrestres en Haïti dans le courant de l'année. Ceci constitue une violation de la Constitution haïtienne de 1987 et de la Charte des Nations unies.
Ceci met en lumière une règle immuable de la géopolitique impérialiste : la moralité proclamée n'est qu'un vernis, un masque servant à justifier des actions qui visent avant tout le contrôle, la domination et la terreur.
Les armes, les institutions, le droit international, voire les demandes de coopération, sont des instruments permettant de traduire et de légitimer des instincts et des intérêts. Sous le vernis de la démocratie ou de l'humanitarisme, la réalité demeure inchangée : le pouvoir se mesure à ce qu'un acteur peut réellement imposer, et non aux règles qu'il prétend respecter.
En résumé, qu'il s'agisse de l'Iran, de la Palestine, du Venezuela, de Cuba ou d'Haïti, le problème ne réside ni dans l'exception Trump, ni dans le président actuel, mais dans la structure sous-jacente et persistante du pouvoir américain, capable d'agir à l'échelle mondiale tout en dictant aux autres ce qu'il souhaite qu'ils croient ou fassent. Comprendre cette vérité est essentiel pour saisir l'histoire récente d'Haïti, ainsi que le cynisme persistant et le double discours de ses maîtres néocoloniaux.
source : Haïti Liberté via China Beyond the Wall