Steven WILSON
Alors que le conflit entre l'Iran, Israël et les États-Unis entre dans sa quatrième semaine en ce mois de mars 2026, l'Afrique subit les contrecoups d'une guerre qui redessine les équilibres mondiaux. Entre flambée des prix de l'énergie et menaces sur la sécurité alimentaire, le continent tente de naviguer en eaux troubles.
Le premier impact, le plus immédiat, se lit sur les tableaux d'affichage des stations-service. Depuis le début de l'offensive le 28 février, les cours du pétrole ont bondi de près de 50 %, frôlant les 120 dollars le baril. Cette situation crée un paradoxe africain : si les pays producteurs comme le Nigeria, l'Angola ou la Libye voient leurs recettes d'exportation augmenter, ce gain est rapidement annulé par l'importation massive de produits raffinés de plus en plus coûteux.
Pour les pays non producteurs, la situation est critique. Au Sénégal, au Kenya et en Côte d'Ivoire, les tarifs des transports ont déjà augmenté de près de 30 %. Cette hausse de l'énergie alimente une inflation galopante qui touche les produits de première nécessité, érodant brutalement le pouvoir d'achat des ménages.
Des routes maritimes et des chaînes d'approvisionnement perturbées
La menace pesant sur le détroit d'Ormuz - par où transite environ 20 % du pétrole mondial - a forcé de nombreux navires à se dérouter par le Cap de Bonne-Espérance. Ce détour rallonge les délais de livraison et fait exploser les coûts du fret maritime. L'Afrique du Sud, bien que géographiquement éloignée du conflit, voit ses infrastructures portuaires saturées par ce nouveau flux de trafic mondial.
L'agriculture africaine est également menacée. Le conflit perturbe l'acheminement des fertilisants et des intrants agricoles, dont une partie transite par les routes sensibles du Golfe. À cela s'ajoute l'inquiétude pour les milliers de ressortissants africains travaillant dans les pays du Golfe (Émirats, Qatar, Arabie Saoudite), dont les transferts de fonds vers leurs familles restées au pays représentent un pilier économique désormais vulnérable.
Une diplomatie sur le fil du rasoir
Sur le plan géopolitique, l'Union Africaine (UA) et la CEDEAO ont multiplié les appels à la "retenue maximale". Les positions divergent toutefois : L'Afrique du Sud, fidèle à sa ligne au sein des BRICS, condamne les frappes et appelle à une désescalade urgente. Le Maroc et l'Égypte surveillent de près la sécurité de leurs espaces aériens et la protection de leurs ressortissants, tout en craignant une déstabilisation régionale qui s'étendrait à l'Afrique du Nord. Djibouti et la Somalie se retrouvent dans une position délicate, hébergeant des bases militaires étrangères qui pourraient devenir des cibles collatérales de représailles.
Pour les experts, ce conflit illustre la fragilité des économies africaines face aux chocs exogènes. Si la guerre devait se prolonger, elle pourrait forcer le continent à accélérer sa propre transition énergétique et à renforcer ses circuits commerciaux internes pour moins dépendre d'un Moyen-Orient en flammes.
Komla Yawo
