27/03/2026 mondialisation.ca  10min #309121

Guerre d'Iran ou troisième guerre mondiale?

Par  Dominique Muselet

Dans un article du 20 mars dernier intitulé «  "Notre" guerre mondiale » Philippe Grasset cite Raphael Machado: « Dès que la guerre-Epstein (ou guerre d'Iran) a commencé, beaucoup de gens ont demandé :

"Est-ce que cela peut mener à la Troisième Guerre mondiale ?" Mentalement, j'ai pensé : "Mener ? Que manque-t-il encore pour que tout le monde comprenne où nous en sommes ?"

Si nous avons du mal à voir que nous sommes entrés dans la 3ème guerre mondiale, c'est que dans l'imaginaire collectif, une guerre mondiale est synonyme d'apocalypse nucléaire. Mais, selon Machado, de la même manière que ce n'est qu'après coup que les guerres de 1914 et 1939 ont été appelées 1 ère et 2ème guerres mondiales, « il se pourrait que, dans un futur situé entre 100 et 500 ans, des historiens en viennent à désigner la période débutant, peut-être, avec l'opération militaire spéciale ou la guerre du Donbass comme la "Troisième Guerre mondiale" ».

Philippe Grasset quant à lui, estime que « si la Troisième Guerre Mondiale est un autre nom donné à la  Grande Crise (l'effondrement du système), effectivement, nous y sommes déjà ! »

Brian Berletic, sur son site  The New Atlas, arrive à la même conclusion, en regardant les documents et les faits.

Brian Berletic est, à mon sens, un des meilleurs analystes géopolitiques actuels. Il alerte, depuis une quinzaine d'années, sur l'implacable détermination des Etats-Unis à maintenir leur hégémonie sur le monde, en dépit de leurs dénégations opportunistes relayées par la propagande européenne. Ils sont prêts pour cela à sacrifier leurs proxys, comme on le voit en Ukraine, en Europe, en Israël, au Liban et dans les Etats du golfe.

Comme Brian Berletic le prouve à l'aide de documents étasuniens, le but est, quasiment depuis la chute de l'URSS, d'isoler et d'étrangler la Chine, en la privant de ses importations d'énergie et de ses alliés. Et cela sous toutes les administrations étasuniennes confondues, qu'elles soient républicaines ou démocrates

Comme  Lavrov qu'il cite, Brian Berletic considère que nous sommes entrés dans la 3ème guerre mondiale et il le démontre avec brio. Ce qu'il ne nous dit pas, malheureusement, c'est qui va gagner : l'Occident collectif (+ Japon, Corée du sud, Philippines) ou les BRICS... Pour lui, c'est sans doute encore trop tôt pour le savoir.

Mais pour l'ancien ambassadeur et ancien haut responsable du ministère de la Défense  Chas Freeman les Etats-Unis sont certainement en passe de perdre au moins cette étape de leur guerre éternelle pour l'hégémonie, parce que, à la différence de l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, l'Iran a, comme la Russie, les capacités de se défendre et, comme la Russie, il ne négociera que lorsqu'il aura atteint ses objectifs.

La « nouvelle attaque surprise que les États-Unis prévoient de lancer pendant le week-end, dans l'espoir qu'une fois les marchés fermés, leurs troupes disposeront de deux jours pour s'emparer d'infrastructures économiques stratégiques susceptibles de rassurer les négociants en pétrole, voire de jeter les bases d'une prise de contrôle du détroit d'Ormuz, est une pure folie ! » ajoute-t-il.

Pour lui, le résultat de cette guerre sera catastrophique, l'Iran va se doter de la bombe nucléaire, bientôt suivi de la Turquie et de l'Egypte, et instaurer un droit de passage sur le détroit d'Ormuz.

Mais revenons à Brian Berletic. Voilà le résumé qui se trouve sous sa vidéo, passionnante de bout en bout :

Les médias occidentaux admettent qu'après près d'un mois de guerre d'agression menée par les États-Unis contre l'Iran, ce dernier continue de tirer environ 30 missiles par jour rien que sur Israël, ce qui indique que l'Iran dose ses tirs de missiles et que les tentatives américaines visant à réduire considérablement les capacités balistiques iraniennes ont jusqu'à présent échoué ;
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a publiquement établi un lien entre les multiples guerres d'agression menées par Washington, de l'Amérique latine à l'Europe de l'Est et au Moyen-Orient, et le début de la Troisième Guerre mondiale, y voyant une tentative de « préserver les vestiges de sa domination » ;
Les unités expéditionnaires des Marines américains (MEU) continuent de se rapprocher du Moyen-Orient, prêtes soit à prendre d'assaut des sites situés sur ou le long des côtes iraniennes, soit à participer à l'interception des navires que l'Iran a autorisés à passer par le détroit d'Ormuz ;
Les frappes de drones de la CIA américaine, à partir de l'Ukraine, se sont concentrées sur Saint-Pétersbourg, en Russie, et en particulier sur les installations d'exportation d'énergie, notamment les terminaux pétroliers et les pétroliers dans le port voisin. Cela s'inscrit dans le cadre d'un blocus énergétique mondial que les États-Unis tentent d'imposer en premier lieu à la Chine, mais aussi comme moyen d'affaiblir ou de détruire les économies des partenaires les plus proches de la Chine ;
Les États-Unis et l'UE se partagent les tâches sous couvert d'un discours de « rupture », ce qui permet aux États-Unis de justifier le fait de concentrer davantage de leurs ressources sur l'Iran (et, en fin de compte, sur la Chine), tandis que l'UE utilise ce discours pour justifier une implication plus importante et plus directe dans la guerre avec la Russie au sujet de l'Ukraine, notamment le « blocus » récemment annoncé par le Royaume-Uni contre la « flotte fantôme » russe (fantôme parce qu'elle n'est pas assurée par la Lloyds Bank de Londres) et les saisies continues de navires de cette « flotte fantôme » par d'autres membres de l'UE.
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 L'UE s'apprête à sanctionner 120 pétroliers de la soi-disant «flotte fantôme» russe, 4 octobre 2025

La guerre en Iran vue de la Chine

Sur Fréquence Populaire Média,  Arnaud Bertrand explique que la perception de la guerre de Pékin s'ancre dans l'histoire longue chinoise, notamment celle du « siècle de l'humiliation », ce qui la porte naturellement du côté de l'Iran. Mais la Chine a prudemment condamné les attaques iraniennes sur les pays du Golfe parce que, si 90 % du pétrole iranien va en Chine, elle importe encore plus de pétrole de l'Arabie saoudite.

La Chine n'est pas trop inquiète car elle n'importe que 15 % de son énergie, tandis que l'Europe importe 59% de son énergie. En plus la Chine est voisine de la Russie et elle a de grosses réserves stratégiques. Les Européens sont dans une bien plus mauvaise situation, car outre les problèmes d'approvisionnement en énergie, ils risquent d'avoir à accueillir des foules de réfugiés iraniens.

L'Iran n'a pas encore gagné la guerre mais l'Empire semble être en bien mauvaise posture. On voit se préciser la fin de la Pax América et l'émergence d'un monde multipolaire avec les BRICS, la remise en cause du pétrodollar, la montée du yuan, et de nouvelles alliances énergétiques et financières qui redessinent les rapports de force globaux, selon Arnaud Bertrand.

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La facturation mondiale

Tout en transformant rapidement l'Union européenne en proxy militaire de l'Empire pour le soutenir dans ses derniers efforts en date - et espérons-le ses derniers efforts tout court - pour parvenir à la domination mondiale, la Commission européenne poursuit le développement d'institutions civiles destinées à assoir la dictature mondiale que l'Occident collectif rêve d'instaurer.

La dernière en date, est la facturation électronique. La mesure a été votée au Parlement européen avec plus de 90 % d'approbation et elle sera appliquée en septembre prochain dans les Etats membres. Désormais, les entreprises n'auront plus le droit de produire leurs propres factures, elles devront passer par  Peppol, un réseau international qui bénéficie d'un monopole de droit privé. C'est cette entité qui rédigera et enverra toutes les factures à la place des entreprises. C'est un moyen pour le pouvoir de centraliser toutes les données des entreprises - ce qui est contraire à la constitution - et d'avoir accès à toutes les factures - ce qui n'était jamais arrivé dans l'histoire.

Le processus est certes efficace et rapide mais cette rapidité se fait aux dépens de :

  • la sécurité publique : par exemple, n'importe qui pourra, grâce à l'annuaire public qui a été mis en place, envoyer des factures à n'importe qui ;
  • la liberté publique car connaître toutes les factures permettra à l'Etat de contrôler et même de manipuler la gestion des entreprises, sans compter que cette plateforme pourra, sur la demande des autorités, couper arbitrairement l'accès à n'importe quelle entreprise, qui sera alors réduite à la faillite, exactement comme les banques privées peuvent déjà le faire.

Il a fallu dix mois, au lieu des 30 jours légaux, et beaucoup de menaces, à  Frédéric Baldan, un essayiste belge, pour obtenir de l'administration publique

en charge de la facturation électronique, les documents concernant cette association de droit privé par laquelle tous les entrepreneurs européens seront bientôt désormais obligés de passer. Elle est supposée être « pan-européenne pour l'intégration européenne » selon ses statuts, mais on s'aperçoit en fait qu'elle est gérée par toute une constellation d'entreprises et de gouvernements étrangers (des Emirats arabes unis à Taiwan en passant par la Chine).

Cette loi inconstitutionnelle, qui constitue une ingérence inédite dans la gestion des entreprises privées et qui, de plus, facilite la guerre économique, a pour seul objectif de donner à la Commission un meilleur contrôle des entreprises, dans le but de faire avancer son projet totalitaire de gouvernance mondiale. Elle est un des éléments de la guerre contre les pays, les peuples et les individus qui ne veulent pas se laisser réduire en servitude par l'oligarchie financière au service de laquelle œuvrent sans répit l'administration étasunienne, l'UE et notre petit soldat à nous, Emmanuel Macron.

« C'est du délire ! » : Frédéric Baldan vous alerte sur la fin des factures par courrier ! Voir la vidéo en cliquant sur le lien suivant :

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Macron joue au chef de guerre - La semaine de Naïm (Humour)

Dominique Muselet

Montreuil, le 27 mars 2026

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Dominique Muselet auteure et traductrice, Paris, France. Elle est associée de recherche au Centre de recherche sur la Mondialisation.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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