28/03/2026 2 articles legrandsoir.info  32min #309144

La gauche à la godille dans le détroit d'Ormuz (1) (Première partie)

Jean-Pierre PAGE

"L'Empire n'est stable que s'il parvient à vendre ses mensonges ! En prenant conscience de cela, nous avons une chance de résister à la main meurtrière de la ploutocratie, du marché libre, une meilleure chance de construire une démocratie réelle et viable au milieu d'une famille de nations dans un monde pacifique et durable". Michael Parenti. (2)

C'est quoi la gauche ? Où est-elle ? Où va-t-elle ? Au fond, à quoi sert-elle ?

Les circonstances historiques que nous vivons invite à se poser ces questions ! Surtout, si l'on tient compte de l'ampleur de la crise systémique du libéralisme, conjugué au déclin occidental. (3) L'agression dont l'Iran fait l'objet de la part d'Israël et des États-Unis en est une nouvelle illustration.

En fait, la résistance politique et militaire de l'Iran confirme surtout que nous vivons dorénavant dans "un monde qui n'est plus dominé par une seule puissance ou un seul bloc : nous sommes entrés dans un monde multipolaire. Et cela personne ne pourra l'arrêter" (4). Le bouleversement des repères que cela entraîne n'est pas sans laisser sans voix bien des experts autoproclamés.

Que n'avions-nous pas entendu des semaines auparavant, l'or des manifestations de Téhéran en forme de révolutions de couleurs sur le "régime des mollahs", "l'opposition quasi unanime de tout un peuple à cette autocratie", "le rejet de la modernité et du respect des genres". Les réjouissances dans les beaux quartiers de Paris, Los Angeles, Londres ou se mêlait drapeaux de la monarchie iranienne, ceux d'Israël et des États-Unis, sac Vuitton et foulard Hermès annonçaient la fin imminente d'une théocratie sanguinaire. Depuis, sur les plateaux TV, la diaspora reprend des arguments identiques à ceux des expertes ukrainiennes, le fils du shah a quitté la scène, leurs soutiens politiques à gauche comme à droite sont comme tétanisés, en proie aux interrogations, à la perplexité, aux doutes.

Que se passe-t-il ?

Malgré des milliers de morts et de blessés, malgré les bombardements délibérés sur des zones civiles, la destruction d'hôpitaux, d'écoles, d'un collège de jeunes filles et la mort de 170 d'entre elles, cette guerre hors du commun est avant tout le révélateur de la résilience de tout un peuple, son attachement au respect de sa souveraineté, de son indépendance, de son libre choix.

Cette guerre contre l'Iran n'est pas une péripétie. Elle est d'une autre nature que ce que nous avons connu précédemment. A travers ses contradictions, ses victoires et ses défaites, ses avancées et ses reculs, l'Iran confirme au fond le niveau de développement d'une, la cohérence et la cohésion élevé d'une société éloigné des fantasmes véhiculés par des caricatures médiatiques, des propos racistes, néocoloniaux et arrogants. Pour comprendre, on gagnerait à rappeler l'héritage de Mohamed Mossadegh, le "vieux lion rugissant", qui engagea avec la nationalisation du pétrole iranien la première grande bataille économique des pays pauvres contre l'impérialisme. Renversé par le coup d'état de la CIA de 1953, il rappelait dans son testament politique, "Le seul crime que j'ai connu est la nationalisation du pétrole. J'ai lutté contre le plus grand empire du monde. J'ai lutté également contre la plus grande entreprise d'espionnage du monde. Mais ces gens que j'ai combattu veulent montrer au peuple d'Orient ce qu'ils réservent à un homme qui ose les braver" (5). En fait, plus de soixante dix plus tard, l'Iran fait la démonstration aujourd'hui, qu'il doit être respecté pour ce qu'il est et considéré comme une puissance qui compte au même titre que la Russie, la Chine, l'Inde et d'autres nations, en fait toutes les nations. L'Iran est entrain de mettre en échec ses agresseurs qui sont déjà confrontés à une défaite qui prendra inévitablement un caractère historique. On ne tue pas les idées, Mohamed Mossadegh est bien vivant, "on ne nous interdira pas de penser par nous mêmes !". (6)

Il n'est pas sans signification dans ce contexte, que l'Iran aura ainsi et déjà contribué à la libération de l'Irak de toute présence américaine d'occupation. Le 23 mars, les troupes américaines stationnés dans la plus grande base US de cette vaste région d'Asie de l'Ouest (7) : le Victory Base Camp ont fini par se retirer. Cela n'est pas sans rappeler la fuite en débandade des États-Unis de Saïgon (Ho Chi Minh ville) et plus près de nous de Kaboul.

Face à cette situation inédite et aux conséquences multiples que cela entraîne déjà, la gauche, institutionnelle ou non, ne tire aucune leçon de ces évènements. En France ou en Europe, elle apparaît comme déconnectée, débranchée sans perspectives, face aux défis d'un monde qui change en vitesse accélérée !

Qu'en est-il ?

La gauche (définition prise au sens large et discutable de ce terme) par son absence d'initiatives, sa confusion, son absence d'autocritique, son arrogance, ses préoccupations politiciennes partisanes et électoralistes, se montre en fait incapable d'incarner une alternative aux stratégies de l'oligarchie financière mondialisée, aux guerres impériales, à leurs prétendues justifications et encore moins une rupture avec un capitalisme arrivé à son stade finissant d'impérialisme. (8) En France, la gauche est ailleurs, tout à son agenda électoral. A peine fermée la parenthèse des élections municipales, s'ouvre la parenthèse des élections présidentielles.

Pourtant l'enjeu est bien là ! F. Engels a dit un jour : "La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie." (9) Résoudre cette contradiction dans l'état actuel des choses, la gauche en France, en Europe et sans doute ailleurs n'en a ni le désir, ni la volonté. C'est bien là son problème. Dans la plupart des cas, elle se rallie à des positions de circonstances, aux idées dans l'air du temps. En France, cette conversion ne cache rien d'autre qu'un renoncement en forme d'adhésion à une union sacrée, pourtant de sinistre mémoire. (10) Chassez le naturel il revient au galop !

Comme on le voit, les engagements politiques internationaux de la gauche ne sont pas sans limites. Ainsi, s'en tenant aux conséquences, elle se refuse à prendre en compte ce qui caractérise les causes et le contenu de la conflictualité internationale, tout comme l'émergence d'un nouvel ordre mondial. Le plus souvent, à la recherche de justifications, elle confond contradiction principale et secondaire. (11) Ainsi, malgré cette nouvelle accélération de l'histoire à laquelle nous assistons, la gauche s'interdit par dessus tout à voir en quoi par exemple, le 24 février 2022 et depuis (12), a contribué à modifier profondément l'ordre des choses et à clarifier les enjeux véritables qui sont devant l'humanité toute entière. Ce nouveau changement d'étape à laquelle nous sommes entrain d'assister en Asie de l'Ouest vient pourtant le confirmer.

Comme on l'a vu, en ce qui concerne, la guerre en Ukraine, la plupart des organisations de gauche en France et en Europe se sont retrouvées à travers un certain consensus. Elles ont fait preuve d'une hostilité désuète et russophobe à l'égard de la Russie dont d'ailleurs l'origine est bien antérieure à 2022. Au nom d'une prétendue solidarité avec la "résistance ukrainienne" la gauche a voté contributions financières et crédits militaires sans limites. Il faut, a t'on dit soutenir Kiev jusqu'au bout. On a donc fait le choix de fermer les yeux sur le régime néofasciste, corrompu et répressif de Zelenski, sur les sacrifices des peuples ukrainien et russe et y compris par exemple sur l'engagement courageux des frères Kononovych, ces deux militants antifascistes opposants aux nostalgiques de Stepan Bandera et qui ont été arrêtés, torturés, emprisonnés, privés de tous leurs droits et en isolement sous bracelet électronique en attendant leur procès, leur probable transfert de force sur la ligne de front, voir leur exécution par les nazis d'Azov ou de Pravy Sector. (13)

En fait, la gauche en France a fait le choix politique de renoncer à faire pression sur le gouvernement Macron pour mettre en échec ses implications directes, politiques, militaires et financières dans ce conflit majeur, pour lequel on continue à affirmer qu'il faut se battre jusqu'au dernier ukrainien. Enfin et surtout, la gauche a continué à refuser de voir les raisons véritables de cette guerre au centre de l'Europe, en s'en tenant à des appréciations formelles. A cause de prétextes, elle a préféré sacrifier une vision indépendante de l'action de la France. Ce qui la conduit à absoudre de leurs responsabilités Macron et son gouvernement, celui des États-Unis, celles de l'OTAN et de cette Union Européenne transfigurée ?

Cette position se retrouve dans un registre identique avec l'agression contre l'Iran. Toutefois, dans un cas elle prend partie, dans l'autre, la gauche adhère au principe de deux poids deux mesures. Comment ?

Face à une situation quotidiennement en évolution, la gauche à quelques exceptions près persiste dans son aveuglement à ignorer, voir à refuser de voir les causes tout comme à prendre en compte les principes de souveraineté qui sont violés, ceux de non ingérence, de non interférence et même parfois le simple respect du simple droit international. Dans le cas de l'Iran rappelons que ni l'ONU, ni même le Congrès des États-Unis n'ont été consulté et ont encore moins approuvé cette aventure militaire américano- israélienne qui a succédé quelques semaines plus tard au kidnapping du président du Venezuela et de son épouse. Dorénavant, on banalise les assassinats politiques auxquels procède Israël et les États-Unis, c'est vrai des dirigeants iraniens comme on le fait des palestiniens et des patriotes libanais du Hezbollah, sans que cela indigne quelque représentant de la gauche que ce soit.

Pour l'Iran, un combat existentiel.

Cette nouvelle guerre à l'actif de D.Trump et d'Israël est pour l'Iran et sa civilisation plusieurs fois millénaire un combat existentiel, ce qui n'est pas sans justifier pour cette nation sa doctrine militaire d'utiliser le temps comme une arme (14) et sa géographie comme une forteresse naturelle. (15) Le moins que l'on puisse dire c'est que depuis des années, la longue préparation des iraniens à la guerre et à son éventualité probable, vient d'être démontré à travers une résistance et un courage indiscutable.

L'ampleur et l'efficacité de la riposte politique et militaire de l'Iran, sa capacité à déstabiliser les agresseurs israélo-américains est devenue une évidence dont l'image s'impose quotidiennement à travers les bombardements sur Israël, sur les bases militaires US de la région, par la fermeture du détroit d'Ormuz et jusqu'à frapper la base américano/britannique de Diego Garcia dans l'Océan Indien considérée comme une installation indispensable aux opérations de sécurité nord américaine au Moyen Orient.. "Connais ton ennemi et connais toi, toi même. Eussiez vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux !" (16) C'est ce que l'Iran a mis en œuvre en sachant apprendre de son ennemi.

En fait l'Iran ne dépend pas de l'arme nucléaire, car il possède des technologies militaires parmi les plus avancées du monde capables de neutraliser tous les systèmes électroniques, plongeant comme on le voit des régions entières dans un arrête total de leurs infrastructures y compris les plus modernes. C'est ce qui vient d'être démontré l'or de la riposte sur Dimona et Arad, deux villes stratégiques abritant les installations nucléaires israéliennes après que Tel-Aviv ait fait bombarder le Centre de recherches nucléaire iranien de Natanz. Cette double attaque faisant dire à Netanyahu que "la soirée fût très difficile". On ne saurait mieux dire. L'incapacité des systèmes de la défense israélienne a neutralisé cette riposte iranienne étant démontré une nouvelle fois. Le trop fameux dôme de fer devenant totalement décrédibilisé. Nous ne sommes plus en 1945 et la perspective d'une guerre de grande ampleur signifierait qu'y compris le territoire américain pourrait être touché.

Plutôt que de se féliciter des échecs du criminel de guerre Netanyahu, de son complice D. Trump et de leurs actes, ne devait-on pas se féliciter de la résistance iranienne ? Or au contraire, une partie importante de la gauche en France et en Europe met en garde hypocritement sur ce qui pourrait apparaître comme un soutien à l'Iran, ce qu'elle s'est bien gardé de faire pour l'Ukraine en soutenant Zelenski.

Le ni-ni, ou l'internationalisme sélectif.

Le ni-ni en bandoulière, la gauche préfère affirmer qu'il faut faire la paix, imposer une négociation avec Téhéran (17). Dans le meilleur des cas, elle parle de "légitime défense" pour ajouter de suite ne pas regretter la mort du guide de la révolution islamique iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei et de sa famille alors qu'il s'agit d'un crime odieux de surcroit d'un chef religieux et théologien réputé du chiisme. (18) Le devoir de la gauche serait donc de rejeter dans un même mouvement, Trump, Netanyahu et Mojtaba Khamenei, "ni le shah, ni les mollahs" (19). Cet opportunisme politicien, cet internationalisme sélectif à la petite semaine sur lequel se retrouve ensemble une gauche qui se prétend intransigeante et internationaliste de surcroit solidaire des palestiniens jusqu'à une gauche conciliatrice et compromise avec des institutions comme celle du CRIF (20) mais qui selon les circonstances électorales sait se retrouver, aboutit à nier au fond le respect des droits souverains d'un état comme ceux de son peuple à se défendre. Mais aussi de manière plus spécieuse à légitimer le concept de responsabilité à protéger (R2P) pour mieux admettre la nécessité d'un changement de régime (regime change) en Iran. Fût-ce au prix de la mise en cause de la souveraineté de ce pays, d'un carnage, de destructions sans nom y compris de sites archéologiques inscrits au patrimoine de l'humanité et d'une guerre sans fin. (21)

La gauche accable donc les dirigeants iraniens ce qui la conduit à s'égarer, sans s'opposer concrètement aux actions de brigandage, aux destructions criminelles et aux sanctions illégales du couple D. Trump et Netanyahu.

Indifférente à une situation pourtant d'une gravité extrême, la rhétorique équivoque de la gauche interprète également l'agression comme visant la Chine à travers ce qui serait une guerre par procuration. La pauvreté de cette réflexion évacue comme toujours la question principale, celle d'un capitalisme arrivé en phase terminale et réduirait cette guerre à une nouvelle version de l'affrontement entre la Chine, la Russie et les États-Unis, alors qu'il s'agit d'un affrontement entre l'Occident et le reste du monde, entre capitalisme et barbarie. Pour faire bonne mesure ne va t'on pas jusqu'à stigmatiser d'un même mouvement deux bureaucraties Chine et Russie se retrouvant dans un même engagement face aux États-Unis.

Cette vision de l'état du monde de la part de la gauche est d'une grande légèreté. Elle vient d'ailleurs le plus souvent se substituer à l'action concrète en contribuant à neutraliser les forces qu'il faudrait mettre en mouvement en faveur de la paix et de la solidarité avec le peuple iranien en lutte pour le respect de son identité, de ses convictions et de son indépendance.

La gauche se montre ainsi incapable de prendre en compte en quoi et pourquoi nous assistons à une telle évolution du rapport des forces international, à ce basculement inédit. Dans les débats, la plupart du temps ses représentants oscillent entre acceptation, ignorance et opportunisme. Au besoin, on admettra qu'une partie de celle-ci puisse à la rigueur parler d'impérialisme, mais toujours pour en faire un constat, jamais pour en tirer les leçons et les conséquences politiques concrètes. En fait, la gauche préfère se cantonner dans des incantations émotionnelles entre ce qui serait à ses yeux le bien et le mal. Or, comme on le sait, parler de bien et de mal est une catégorie morale, de mauvaise morale et de mauvaise politique.

En fait, les jugements de valeur auquel la gauche aime à se livrer ne servent qu'à couvrir une impuissance. D'autant que ces mêmes pays qu'il s'agisse de l'Iran, de la Chine ou de la Russie se retrouvent ensemble au sein d'alliances anti hégémoniques comme les BRICS+ ou l'OCS (22). Il n'est jamais inutile de relire Zbigniew Brejinski (23) quand il mettait en garde les administrations US sur la constitution d'alliances anti hégémoniques contestant la toute puissance des USA. En particulier entre la Russie et la Chine, entre elles et l'Inde, entre ces trois et l'Iran et catastrophe prévisible pour la suprématie américaine sur le monde de ces quatre là avec le Japon. La Chine et la Russie qui ont condamné sans ambiguïtés l'agression contre l'Iran ne cachent pas leur soutien inconditionnel et leur solidarité dans tous les domaines.

Les apparences sont souvent trompeuses, beaucoup à gauche avaient interprété négativement les récents changements au Proche Orient comme un recul face aux USA et Israël. En fait la guerre contre l'Iran met en évidence une autre réalité. Rien n'est figé, tout change et évolue en permanence. A travers le combat acharné du peuple iranien une tendance positive se dégage, certes elle n'est pas sans risques mais elle n'est pas non plus sans opportunités.

En fait, preuve en est les États-Unis et Israël ne sont pas invincibles. En tenir compte est essentiel pour les combats à venir. Cette conviction peut devenir contagieuse. Déjà elle est perçue comme telle par de nombreux peuples et états dans le monde, pour s'en féliciter.

Ce que l'on retiendra !

En fait, ce que dès à présent l'on retient et retiendra de cette guerre contre l'Iran est que les États-Unis ne sont plus en mesure de jouer le rôle de superpuissance et de "nation indispensable" (24) qu'ils revendiquent dans la conduite des affaires du monde. D'une certaine manière le roi est nu et dorénavant cela se sait et se voit. On le doit entre autre à la détermination et au courage de l'Iran et de son peuple. Quelles conséquences politiques doit en tirer la gauche ? Baisser la garde ou élever le niveau de ses exigences.

D'autant que la crise systémique du capitalisme va prendre une nouvelle ampleur, la contradiction de classe s'aiguiser plus encore avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer, car l'enjeu est bien là. Le système est entré dans cette phase de l'histoire où il joue sa survie, d'où le danger extrême qu'il représente. Il est évident qu'aucune alternance paisible et démocratique ne sera possible avec la ploutocratie. Les gens qui l'incarnent et la dirigent ne cèderont jamais le pouvoir. Il faudra leur prendre. Ce sont à ces obstacles qu'il faut s'attaquer radicalement et non superficiellement. C'est ce à quoi la gauche devrait s'atteler en sachant anticiper. Elle devrait le faire là ou elle se trouve en articulant son militantisme de l'entreprise au quartier et jusqu'au niveau international.

Il y a urgence pour "la gauche" à en finir avec ce qui la détourne du combat qu'elle doit avant tout mener contre son propre ennemi. N'est-ce pas, ce que formulait Karl Liebknecht, le compagnon de Rosa Luxemburg en mai 1915 quand il affirmait : "L'ennemi principal du peuple allemand est en Allemagne. C'est cet ennemi dans son propre pays qu'il s'agit pour le peuple allemand de combattre dans une lutte politique en collaboration avec le prolétariat des autres pays dont la lutte est dirigée contre ses propres impérialismes" (25).

C'est pourquoi, sous la pression de l'oligarchie, des conglomérats et en particulier du complexe militaro industriel cette guerre contre l'Iran est décisive. Elle est surtout économique, en mode survivance d'un système devenu de plus en plus anachronique

C'est dans ce contexte à haute tension que la guerre contre l'Iran a entraîné une hausse spectaculaire du prix du gaz et du pétrole, des engrais, des semences et par voie de conséquence de l'approvisionnement alimentaire dont dépendent les pays du Golfe. La menace sur la désalinisation vitale de l'eau dans cette région et par conséquent sur la fonction économique et politique des pays de cette région en est une autre illustration. Par conséquent, cette montée des enjeux dans cette région provoque des sueurs froides à l'économie occidentale où disons plutôt à l'économie des États-Unis déjà mal en point, ce dont Trump est parfaitement conscient. Il a été élu aussi à cause de ce constat et par delà ses facéties, c'est ce qui le mobilise qu'elle qu'en soit le prix.

D. Trump doit tenir compte de la pression et même de l'ultimatum des marchés. Le risque d'un prix du baril à un niveau sans précédent provoquerait un effondrement immédiat du dollar US et de l'économie américaine. La menace sur les câbles internet sous-marins plane toujours. 99% du trafic du Qatar et 95% du Koweït dépendent de ces fibres optiques. Couper ces câbles reviendrait à geler 10 000 milliards de dollars de transactions quotidiennes. L'Iran a réussit à imposer "une dissuasion économique", il en a les moyens. D. Trump doit donc éviter la faillite.

Déjà, pour les six pays qui composent le Conseil de coopération des États arabes du Golfe - l'Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, Oman, Bahreïn et le Koweït le réveil est douloureux. Les hydrocarbures représentent 30 % du PIB, les deux tiers de leurs exportations et 64 % des recettes fiscales en moyenne. (26) Selon le Financial Times et Reuters, ces mêmes pays viennent de lancer simultanément un examen approfondi de tous leurs accords financiers avec les États-Unis, ce qui pourrait aboutir à une fracture des alliances avec Washington bien qu'ancrées dans la région depuis des dizaines d'années.

On se souvient de la citation attribuée à Henry Kissinger "s'il est dangereux de se présenter comme un ennemi des États-Unis, il peut être aussi fatal d'être un ami des États-Unis" (27). Car suivre aveuglément les États-Unis à un prix. Qu'en est-il aujourd'hui ? La belle image des pétro monarchies du Golfe construite depuis des années sur l'idée d'un havre de sécurité et de fortune facile, de surcroit sous la protection militaire des États-Unis vient de s'effondrer. De plus les américains ne renoncent pas à faire payer la facture aux pas du Golfe.

Depuis l'agression contre l'Iran et la résistance de celle-ci, outre la fermeture du détroit d'Ormuz, de nombreuses infrastructures gazières et pétrolières de la région sont en feu, les aéroports les plus importants ne sont plus en état de fonctionner, les gratte-ciels de Dubaï sont en feu, les investisseurs en fuite. Doha n'est plus cet havre de sécurité et de douceur de vivre, les bases militaires US sont en piteux état, démontrant ainsi leur inefficacité et inutilité, certaines sont abandonnées, plusieurs ambassades US incendiées sont rendues impraticables, la Navy US et ses prestigieux porte-avions, les plus grands du monde ont été contraints de fuir le théâtre des opérations. Avec près de 200 milliards de dollars US, le bilan financier de cette guerre est considérable et cerise sur le gâteau les équipements et armements sont en ruptures de stock aux États-Unis, en Israël comme chez les alliés Européens.

Le business comme interlocuteur privilégié de Trump.

Là est l'autre la raison principale qui a conduit à la manipulation à laquelle s'est livré D. Trump le 23 mars, en évoquant non seulement des négociations imaginaires avec l'Iran mais y compris les progrès substantiels des discussions. Cette baliverne a été immédiatement démentie par Téhéran. L'interlocuteur privilégié de D. Trump est le business, ses repères la température de Wall Street et les indices boursiers du CAC 40, du Dow Jones, du Nasdaq. Le but était donc clair, il fallait éviter un krach boursier, faire en sorte que le marché se ressaisisse et faire baisser les prix des carburants après leur hausse de plus de 30 %. L'effet d'annonce a été immédiat sur les bourses entre autre asiatiques très dépendantes des hydrocarbures du Golfe. Cette initiative de D. Trump est venu confirmé la fonction qui est la sienne au service exclusif de la finance, à commencer par la sienne et sa capacité à illusionner son public, à dire une chose et son contraire pour arrivé à ses fins. Il est ainsi capable d'annoncer avoir reçu un cadeau de prix de la part de l'Iran et ensuite décider le débarquement aléatoire sur le sol iranien de 3000 marines.

Par conséquent, avec D. Trump c'est toujours Business as usual, il s'agit entre autre de prendre par la force le contrôle des matières premières comme des corridors terrestres et maritimes et des revenus considérables qui leur sont liés (28). Seulement, cela se heurte aux yeux du monde à une résistance inattendue par son ampleur et ses résultats et cela entraîne un sérieux doute sur les capacités et la crédibilité des États-Unis. Par ailleurs, il n'y a pas que la fermeture du détroit d'Ormuz qui déstabilise les agresseurs de l'Iran, il y a également le détroit de Bab el Mandeb ouvrant sur la Mer Rouge et le Canal de Suez qui est sous la bonne garde des Houtis alliés de Téhéran et l'héroïque résistance des patriotes libanais du Hezbollah qui défendent pied à pied le Sud Liban.

Si ces corridors maritimes parmi les plus importants du monde sont des enjeux au cœur de la conflictualité mondiale, leurs fermetures sont pour l'heure, effectives. Le cout en est considérable pour les économies occidentales dont les États-Unis et la viabilité des pays du Golfe Persique et pèsent sur l'étendue de la crise aux États-Unis et en Europe. Il faut donc surmonter ce handicap et contribuer par ailleurs à freiner et faire régresser le mouvement en faveur de la dédollarisation craint par dessus-tout par les institutions financières US. Cette crainte est attisée par le choix fait par plusieurs pays notamment l'Inde et même le Japon d'acquitter leurs échanges et le transport des tankers pétroliers en yuan renminbi chinois. Quel avenir alors pour les pétro dollars qui ont alimenté depuis tant d'années l'économie US, en particulier les recherches sur l'AI ?

Aussi l'apparente légèreté à laquelle D. Trump s'est engagé dans cette aventure aléatoire en espérant un retour rapide sur investissements politiques et financiers aura été de suivre le délire criminel de ses plus proches conseillers, des secrétaires d'état et de Netanyahu. La promesse que tout serait réglé en quelques jours par l'élimination des principaux dirigeants iraniens, a été contredite par l'ampleur de la résistance iranienne et le soutien de tout un peuple à ses dirigeants.

Ce qui apparaît de manière plus évidente comme la dépendance à l'égard d'Israël n'est pas sans suscité non seulement des interrogations mais égaiement des désaccords en forme de ruptures. Déjà le génocide à Gaza avait suscité un retournement de l'opinion public américaine à l'égard du régime sioniste. Cette fois, c'est le premier cercle qui réagit.

La mort du mouvement MAGA ?

Cela est confirmé par de fortes oppositions parmi les plus proches soutiens de D. Trump. "Nous constatons aujourd'hui que le président des États-Unis est influencé par un gouvernement étranger", c'est ce qu'a déclaré Carrie Prejean Boller, membre de l'administration Trump, une fidèle parmi les fidèles. Pour elle "le mouvement MAGA (Make America Great Again) est mort". En fait se multiplient les réactions négatives de militaires, de vétérans et des familles des morts sur la désinvolture avec laquelle le ministère de la guerre et la Maison blanche traitent de la guerre en recourant à des blagues, en utilisant des jeux vidéos banalisant les combats. (29) C'est particulièrement le cas avec la démission spectaculaire de Joe Kent, le puissant Directeur du Centre National de lutte contre le terrorisme. (30) Dans sa lettre de démission ce dernier a expliqué ne plus pouvoir soutenir la guerre en cours en Iran, estimant que ce pays ne représentait aucune menace pour les États-Unis. Il a affirmé également que ce conflit avait été déclenché sous l'influence de l'entité sioniste et de son lobby (AIPAC) (31) aux États-Unis.

Qu'à cela ne tienne pour les fanatiques en poste à Washington, il faut maintenir la pression et la justification de cette croisade y compris à travers son caractère messianique illustré comme on a pu le voir à travers une cérémonie évangéliste et surmédiatisé dans le bureau ovale de la Maison Blanche. "Il s'agit d'une guerre de religion, et nous déterminerons le cours du Moyen Orient pour mille ans", a ainsi affirmé l'ultra interventionniste et illuminé sénateur républicain américain Lindsey Graham dont on notera la référence à A. Hitler et sa prophétie d'un Reich de mille ans - das tausendjahrige Reich. Tout cela, c'est le monde imaginaire et délirant dans lequel vivent les dirigeants américains.

Malgré cet appel pressant à secourir l'Amérique et son président (32), Dieu semble être aux abonnés absents. Cette référence religieuse dans la guerre n'est pas sans illustrer l'ampleur du déclin occidental, tout en mettant en évidence le danger que cela représente.

Face à ces mises en cause dans son propre camp, Trump en pleine crise d'hubris (33), d'ivresse de sa fonction et de démesure, est devenu instable et imprévisible. Face à un public qu'il considère acquis, il multiplie les rodomontades. En fait, l'administration US semble n'avoir d'autres choix que la fuite en avant en se cramponnant à une lecture de plus en plus contredite par la réalité. Tout en annonçant la fin de la guerre et une victoire totale sur l'Iran, elle entend passer à une autre étape : un débarquement et l'invasion de ce pays grand comme trois fois la France. Le scepticisme est général sur la réussite de cette action en particulier chez les militaires et cadres du Pentagone. Dans le même temps en plein délire irresponsable son fanatique secrétaire d'état à la guerre a donné comme orientation aux forces armées US "pas de quartier". D'une certaine manière Pete Hegseth exprime jusqu'à la caricature, cette faillite morale d'une administration pour qui la fin justifie les moyens et le choix délibéré d'ignorer tous les principes de la guerre, de la Convention de La Haye, tout comme le statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (CPI). En fait, ces comportements et déclarations traduisent une fébrilité et un désarroi devant une situation qui échappe au pouvoir installé dans le bureau ovale de la Maison Blanche.

En fait, comme les iraniens refusent les contacts et tout cessez-le-feu sans engagement sur le fond. D. Trump n'a d'autres recours que de passer d'une extrémité et par ailleurs de multiplier les appels à V. Poutine afin de trouver un atterrissage honorable après avoir multiplier les effets d'annonce au sujet d'une coalition enthousiaste selon ses mots pour permettre le libre passage du détroit d'Ormuz avec des pays dont la plupart d'entre eux ont déjà répondu négativement, tout particulièrement ceux membres de l'OTAN, sans parler de la Chine à qui D. Trump s'est adressé imprudemment pour la solliciter.

Pour sa part l'UE, si elle se montre compréhensive n'en est pas à s'impliquer directement sinon pour s'en tenir à des déclarations de principe qui ne font pas l'affaire de D. Trump. Quant à l'importante présence des forces militaires françaises dans cette région, elle n'est pas sans signification et les pressions qu'E. Macron exerce sur le gouvernement Libanais pour qu'il agisse contre les forces combattantes du Hezbollah ne sont pas sans exposer directement la France. D'autant qu'après l'humiliation dont son ministre des affaires étrangères a fait l'objet, Macron se précipite pour assurer au Président d'Israël sa totale et pleine solidarité.

Devant ces gesticulations, l'Iran fait preuve de sang froid et garantit la circulation à tout navire à l'exception de ceux des USA, d'Israël ou associés indirectement à ceux-ci. Par ailleurs, elle s'est proposée à percevoir un droit de passage, mais à payer en yuan renminbi chinois.

Éradiquer l'Iran

Selon D. Trump, il s'agissait avec cette guerre d'une "petite excursion", a little excursion for fun (sic) selon sa formule afin de mettre un terme définitif tantôt au programme nucléaire iranien, tantôt de procéder à un changement de régime, tantôt de protéger les États-Unis d'un bombardement nucléaire iranien...en Californie (34).

Pour B. Netanyahu quant à lui, il ne saurait y avoir de compromis possible. Il a attendu cette confrontation depuis tant d'années et est prêt à aller jusqu'à mettre en cause l'existence même d'Israël. C'est le syndrome de Massada (35) qui habite les extrémistes israéliens, pas de retour en arrière possible. Déjà après le génocide de Gaza, la question se pose de la viabilité de cet état paria et criminel comme Israël totalement isolé internationalement, à l'économie détruite et dont déjà une partie de sa population l'a abandonné. Israël c'est No Future.

A ce stade Trump et Netanyahu veulent en finir avec l'Iran, démanteler ce grand perturbateur régional coupable selon eux d'avoir bloqué l'ordre régional depuis trente ans. Pour Israël et après le génocide à Gaza le projet sioniste historique, le rêve messianique de Grand Israël doit être accéléré. Pour cela redessiner le Moyen-Orient est capital Pour Netanyahu et les fous de dieu qui entourent D.Trump cette perspective doit s'accorder également avec des retours financiers sur investissements qui ne se réduisent pas à Gaza, même transformé en riviera pour la villegiatura de l'oligarchie mondialisée.

C'est aussi pourquoi, les États-Unis et Israël ont l'objectif proclamé de détruire l'Iran, d'éradiquer une civilisation qui a apporté une contribution essentielle à l'histoire de l'humanité depuis ses origines perses et pour ce faire appliquer la solution finale à tout un peuple comme cela est fait à l'égard de la nation palestinienne. Trump a déclaré vouloir "faire disparaître l'Iran de la surface de la terre".

On le voit donc, pour Washington il n'y a plus de règles internationales sinon les siennes. Le recours à l'interventionnisme systématique de Washington précédemment mis en œuvre quelques semaines plutôt au Venezuela et annoncé demain pour Cuba est justifié avec cynisme, mis en valeur comme une nouvelle référence en matière de droit international. En fait, il s'agit de gangstérisme, de pratiques de voyou et d'une version renouvelée de la diplomatie de la canonnière. Selon D. Trump "Nous sommes la nation la plus importante au monde, notre armée est la plus puissante". Par conséquent, c'est ce qui nous autorise à faire ce que nous voulons, car ce qui est bien pour les USA est forcément bon pour le reste du monde ! Dans sa manière de voir la place qui est la sienne dans le monde, il est un fait, que "les États-Unis forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation".

La somnolence de la gauche.

Cette évolution du monde et ses défis ne dérangent pas la somnolence de la gauche. Pourtant, ces violations délibérées et à répétition des bases mêmes du système international sont loin de traduire une position de force. Elles masquent mal le caractère désespéré des agissements qui sont ceux du pouvoir arrogant en place à Washington !

Pour la gauche, ne pas prendre en compte ces bouleversements et leurs significations, n'est-ce pas au fond se complaire dans la paresse à l'égard de tout ou partie de l'idéologie dominante en contribuant à l'ordre des choses existantes ? Si, la guerre est inhérente au système capitaliste, ce qui lui permet le plus souvent de donner un coup de torchon afin de remettre les compteurs à zéro, refuser de s'engager, de prendre partie contre la menace que représente les États-Unis pour le devenir de l'humanité n'est-ce pas faire le choix du mauvais côté de la barricade ou se complaire dans l'impuissance.

Pour les néo conservateurs US, il s'agit toujours de se cramponner à cette vision leur permettant de réaffirmer la suprématie des États-Unis aujourd'hui mis à mal internationalement par la fin d'un monde unipolaire. Il y a pour Washington le besoin d'exprimer une autorité pour le moins défaillante, un leadership sérieusement écorné et malmené sur les affaires du monde, une crédibilité en berne. Par conséquent, cela ne se réduit pas aux seuls comportements imprévisibles de D. Trump, mais est bien plus substantiel et antérieure à sa présidence. Par ailleurs, les néo conservateurs veulent en finir avec le multilatéralisme considéré comme une anomalie. Il faut imposer la loi de la jungle, celle du plus fort, dynamiter le système onusien considéré comme obsolète. C'est le but du Conseil de la paix qui pour l'heure ne fait pas recette ? (36) Ce qui n'est pas surprenant. J. Biden en 2023 et à ses dépens avait eu son Sommet mondial pour la démocratie. Sur ce point, la proximité des deux est en effet évidente. (37)

Depuis longtemps, les stratèges du deep state n'ont jamais fait mystère de leur volonté de redessiner la vaste région stratégique d'Asie de l'Ouest au besoin par les guerres et par la transgression systématique de la Charte des Nations Unies.

L'abandon de la démocratie.

En fait, l'évolution de la situation chaotique sur le terrain à laquelle D.Trump cherche à échapper traduit plus profondément une crise à ce point systémique qu'elle menace la société américaine toute entière ou celle-ci fait face à la guerre, à la crise sociale et politique. Elle n'a jamais été aussi polarisée, divisée, et au bord de l'éclatement ? (38) Cette situation se dégrade si rapidement qu'elle fait craindre les risques d'une guerre civile aux États-Unis. (39) C'est ce que souligne un professeur de sciences politiques de l'Université Laval de Montréal. En fait et elle a jamais existé, "l'Amérique a abandonné la démocratie et est devenu un empire de la terreur" (40)

Comment D. Trump abordera sa prochaine rencontre à la mi-mai avec Xi Jinping dans un contexte ou les États-Unis apparaissent fragilisés et divisés, la question se pose ? La rencontre aura lieu bien lieu. L'ambition de mettre un terme au partenariat stratégique entre la Russie et la Chine et à une influence qu'il faut contenir (contain) voir faire régresser (roll back) se heurte dorénavant à la réalité des bouleversements qu'influence de manière déterminante l'étroite proximité de la Russie et de la Chine.

Mais qu'à cela ne tienne, D. Trump pratique l'auto persuasion à la manière du Docteur Coué : "Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux". A ce stade, ce bilan négatif pour Washington l'est tout autant pour les Européens.

Quant à cette gauche elle sous estime très largement les enjeux par aveuglement russophobe et hostilité à la Chine. Pourtant, il faudra prendre en charge l'impact économique considérable qu'aura cette guerre, dont il va falloir payer également une partie importante de l'addition. Sans opposition véritable, les dirigeants européens l'ont déjà annoncé, ils s'engageront de toute façon avec docilité et avec toutes les conséquences économiques, financières et sociales que l'on peut imaginer pour les peuples en Europe. Tout en ajoutant que certains pays comme l'Espagne, l'Italie, la Hongrie, la Slovaquie ont pris déjà des mesures pour ne pas avoir à supporter le cout politique, économique et financier des pulsions nord américaines et de la vassalisation sans limites des dirigeants de Bruxelles.

Il faut être lucide, il n'existe aucune chance pour D. Trump d'obtenir une victoire face à l'Iran. Là, est déjà le désastre politique auquel les États-Unis doivent chercher à échapper ce qui ne peut qu'aggraver la crise au sein du deep state. L'avenir politique de Donald Trump en est devenu incertain et pas uniquement dans la perspective des prochaines élections de mi mandat.

Dans ces conditions, comment ne pas prendre en compte la signification des échecs répétés de l'Imperium, d'autres désastres annoncés. D'ores et déjà le conflit avec l'Iran se joue sur la durée et l'on peut mesurer déjà combien le monde ne sera plus le même à l'issue de cette guerre qui confirmera que dorénavant l'initiative à changer de camp.

Une gauche en berne.

Longtemps producteur d'idées nouvelles, la crédibilité de la gauche est en berne dans la plupart des pays du vieux continent, singulièrement dans ceux qui ont été associés pendant longtemps à une volonté de changement radical et à une rupture. De renoncements en capitulations, de trahisons en ralliements à l'idéologie dominante, de paresse en conformisme, la gauche s'est institutionnalisée durablement. Elle s'est installée dans l'abandon des principes et valeurs qui avaient irrigués son histoire sociale et politique tout au long du siècle dernier marqué par les grands mouvements de mobilisations populaires et de conquêtes sociales de l'entre deux guerres puis de l'après seconde guerre mondiale.

Le constat qui précède, peut apparaître comme accablant à son égard, pourtant il correspond a une réalité et un vécu. Ainsi de larges secteurs de l'opinion constatent qu'à ce point de compromis et de compromissions, la question se pose de savoir ce qui distingue la gauche de la droite ? Ce révisionnisme entretient dans la population des sentiments contradictoires, de mécontentements, d'incompréhension, d'impuissance, de découragement et contribue à favoriser une forme de désengagement politique qui se vérifie entre autre dans les consultations électorales. L'abstentionnisme est ainsi devenu la première force politique dans de nombreux pays européens, dont la France. C'est ce que vient de confirmer une nouvelle fois les résultats des élections municipales en France.

Retrouver une crédibilité ?

L'une des raisons et pour l'essentiel, est que la gauche s'est délestée de ses références idéologiques et historiques, de ses outils d'analyse, de ses principes et même de ses valeurs. Par voie de conséquence, il en va de ses responsabilités avec le monde du travail et ses combats émancipateurs tout comme vis-à-vis de ses obligations internationalistes. De là, son incompréhension totale du monde tel qu'il est devenu. Elle subit plus qu'elle suit les évènements, la pauvreté de ses analyses en porte témoignage.

Nous sommes entrés dans une période de clarification, au pied du mur il faut choisir, tout est affaire de choix pour la gauche comme pour d'autres

Pour retrouver une crédibilité, celle-ci doit cesser de godiller, se transformer en montrant en quoi elle est différente et pourquoi elle doit être porteuse d'un projet d'émancipation, de rupture et par dessus-tout dire lequel. Cette nécessaire clarification exige pour elle de faire son bilan, en forme d'examen de conscience et d'autocritique.

L'enjeu et les défis sont là. Ils donnent raison à ce que disait Miguel d'Escoto Brockmann (41) quand il présidait la 63e session de l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 2008 : "Notre survie dépendra du degré de détermination que nous engageons pour la défense de la vie et de la vitesse avec laquelle nous remplissons notre devoir urgent visant à créer une Organisation indépendante de l'Empire, et capable de lutter efficacement contre les différentes crises convergentes qui nous assaillent et par dessus tout, contre l'Origine principale, c'est à dire les États-Unis qui sont possédés par le démon de la Full Spectrum Dominance, du contrôle absolu de la planète terre."

On ne choisit pas son époque il faut être à la hauteur de ce qu'elle exige.

Jean-Pierre PAGE
Ancien responsable du secteur international de la CGT.

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Jean-Pierre PAGE

Le texte ci-dessous est inspiré d'une contribution sous la forme d'un article sur la "gauche" que j'avais rédigé à la demande du Club Valdaï puis d'un débat à partir de celui-ci organisé le 16 février 2026 par le même Club Valdaï de Moscou.

La discussion a eu lieu à Moscou. Y étaient invités :

- Jean-Pierre Page : syndicaliste.
- Oleg Barabanov, directeur de programme, Valdai Discussion Club