28/03/2026 arretsurinfo.ch  5min #309225

« Où sont les alliés et amis de l'Iran ? Et ceux de Cuba ? »

Comme autrefois. Zhou Enlai avec le Mufti Mohammed Amin al-Husseini de la délégation d'observateurs palestiniens, Bandung, 1955. (Gouvernement d'Indonésie/ Wikimedia Commons.)

Par Patrick Lawrence

L'"internationalisme" est en crise.
Patrick Lawrence

Considérez les passages suivants d'un texte désormais officiellement inscrit au registre des travaux des Nations unies. Je les tire de la Résolution 2817 du Conseil de sécurité, adoptée par les 15 membres le 11 mars.

L'enjeu du vote ayant permis l'adoption de ce document concerne la présence — ou non — des principes de l'internationalisme : parité, souveraineté, solidarité, bien commun, justice mondiale. Dans un autre contexte, que j'aborderai sous peu, la même question se pose alors que le régime Trump impose de fait un blocus à Cuba au point de le mettre en danger d'effondrement.

Le Conseil de sécurité a agi en réponse à la demande de Bahreïn de convoquer une session spéciale sur la guerre américano-israélienne contre l'Iran et les frappes de représailles de ce dernier contre diverses cibles à Bahreïn et ailleurs dans le Golfe persique. Les clauses suivantes énoncent ce que le Conseil a décidé. Je n'en modifie que l'ordre des verbes :

¶ Déplorer le ciblage délibéré de civils et d'infrastructures civiles par la République islamique d'Iran, y compris des aéroports, installations énergétiques, infrastructures nécessaires à la production et à la distribution alimentaires, ainsi que des infrastructures civiles critiques, ainsi que l'usage indiscriminé d'armes dans des zones peuplées et ses conséquences sur la population civile, ainsi que les attaques et menaces contre des navires marchands et commerciaux dans et près du détroit d'Ormuz...

¶ Condamner avec la plus grande fermeté les attaques flagrantes de la République islamique d'Iran contre les territoires de Bahreïn, du Koweït, d'Oman, du Qatar, de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de la Jordanie, et considérer que de tels actes constituent une violation du droit international et une menace grave pour la paix et la sécurité internationales ;

¶ Condamner en outre les attaques contre des zones résidentielles, le ciblage d'objets civils, les pertes civiles et les destructions de bâtiments civils ; et exprimer la solidarité avec ces pays et leurs populations ;

¶ Exiger la cessation immédiate de toutes les attaques de la République islamique d'Iran contre Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie ;

¶ Exiger que la République islamique d'Iran cesse immédiatement et sans condition toute provocation ou menace envers les États voisins, y compris par le recours à des acteurs indirects ;

¶ Appeler la République islamique d'Iran à se conformer pleinement à ses obligations au regard du droit international, notamment du droit international humanitaire, en particulier en ce qui concerne la protection des civils et des biens civils en période de conflit armé...

Et ainsi de suite sur neuf clauses. Le texte a été adopté tel que cité : 13 membres ont voté pour, deux se sont abstenus.

Après avoir surmonté ma stupeur à la lecture de cette résolution, abordons les questions fondamentales qu'elle soulève.

D'emblée, la résolution 2817 constitue un exemple d'une clarté diabolique de ce que j'appelle la "méta-réalité" que les puissances occidentales imposent désormais à la communauté des nations, avec l'acquiescement ou la coopération de nombreux États clients. "Ciblage délibéré de civils ", "usage indiscriminé d'armes", "violation du droit international" : ce texte n'a aucun sens appliqué à ce que l'auteur considère comme l'autodéfense légitime de l'Iran. Inversez la résolution et appliquez-la aux États-Unis et au régime sioniste, et elle devient pertinente.

Il s'agit d'une construction en temps réel d'une réalité parallèle nécessaire à un empire en fin de cycle pour justifier une conduite injustifiable.

Peu de surprises parmi les 13 pays ayant soutenu la résolution : la France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont voté pour. Bahreïn n'aurait pas agi sans Washington. D'autres pays ont suivi.

Les surprises sont ailleurs :
135 pays ont soutenu la résolution à l'Assemblée générale, un record. Pourquoi ? Pourquoi l'Inde, historiquement non alignée ?

Et pourquoi la Russie et la Chine se sont-elles abstenues sans utiliser leur droit de veto ?

L'ambassadeur russe a dénoncé un texte biaisé, mais s'est abstenu — une décision jugée incompréhensible par l'auteur.

Des observateurs dénoncent un éloignement des grandes puissances vis-à-vis de la justice, de la vérité et du leadership responsable. Certains vont jusqu'à s'interroger : l'ONU est-elle morte ou simplement paralysée ?

Une autre question surgit : qu'est devenu l'internationalisme des pays non occidentaux ?

Cette interrogation s'impose face à la guerre contre l'Iran et au blocus de Cuba. Où sont leurs alliés ?

Ces conflits représentent, selon l'auteur, des affrontements entre l'Occident et le reste du monde, où se joue le futur ordre mondial.

Avant les attaques, Russie et Chine semblaient soutenir l'Iran (coopération militaire, exercices navals conjoints). Cela paraissait illustrer un nouvel internationalisme.

Mais aujourd'hui ? Leur absence de réaction forte soulève des doutes.

Cuba reste un symbole d'internationalisme (interventions en Angola, aide médicale internationale). Pourtant, aujourd'hui, elle subit un blocus sévère.

Quelques aides existent (pétrole russe, panneaux solaires chinois), mais elles sont jugées insuffisantes.

Conclusion de l'auteur : l'internationalisme existe encore, mais il est en crise.

Pourquoi ?

  • La fin de l'Union soviétique a affaibli les bases idéologiques de la solidarité internationale.
  • Le monde n'est plus structuré en blocs idéologiques clairs.
  • Le capitalisme global affaiblit le sentiment de cause commune.
  • La puissance américaine agit de manière de plus en plus coercitive.

Le résultat : une solidarité affaiblie face à un ordre international en mutation.

Certains suggèrent même de laisser mourir l'ONU et de créer une nouvelle organisation internationale.

Malgré le pessimisme, une forme d'espoir subsiste.

Note finale : des pays cessent leur coopération médicale avec Cuba sous pression américaine.
"La lutte continue" — une phrase que l'on entend peut-être de moins en moins.

Par  Patrick Lawrence 26 mars 2026

Source:  thefloutist.substack.com

Traduction  Arretsurinfo.ch

 arretsurinfo.ch