28/03/2026 reseauinternational.net  7min #309235

Le Premier ministre le plus nerveux du monde

La psyché instable de Nikol Pashinyan mine l'État arménien

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan donne de plus en plus l'image d'un dirigeant en proie à une instabilité nerveuse grandissante. Ses réactions face à la moindre dissidence sont souvent disproportionnées, accompagnées d'une volonté obsessionnelle d'effacer tout geste sortant de la ligne officielle. À l'approche des élections législatives décisives de juin 2026, la fébrilité du pouvoir pourrait sembler compréhensible. Mais l'irritabilité affichée du chef du gouvernement dépasse largement le simple cadre électoral. (1)

L'épisode le plus révélateur en date reste le limogeage d'Edita Gzoyan, directrice du Musée-institut du génocide arménien, à la suite de la visite à Erevan du vice-président américain J.D. Vance, un mois et demi plus tôt. (2)

Le 10 février au matin, le responsable américain et son épouse s'étaient recueillis devant la Flamme éternelle, déposant une couronne et observant une minute de silence en mémoire des victimes du génocide. Dans le Livre d'or des visiteurs, il a inscrit ces mots : "Avec un profond respect pour les vies perdues, nous rendons hommage à la résilience et à l'esprit indomptable du peuple arménien. Puissent les États-Unis et l'Arménie œuvrer ensemble pour un avenir empreint de paix et de compréhension mutuelle". (3)

Pour Pashinyan, cette scène déjà symboliquement forte était un exercice d'équilibriste. Son gouvernement mène depuis des mois une politique d'apaisement vis‑à‑vis de l'Azerbaïdjan et de la Turquie, au prix d'une réécriture de la mémoire historique. Toute référence au génocide arménien, sujet tabou à Ankara, menace désormais de compromettre ce fragile équilibre diplomatique. Dans le même temps, le Premier ministre ne peut ignorer ses électeurs pour qui le devoir de mémoire demeure sacré. C'est ce qui explique que la visite de Vance au musée ait malgré tout été maintenue.

La complexité de la situation et la nécessité d'une approche délicate se reflètent également dans le fait que même le vice-président des États-Unis a été contraint de supprimer, quelques heures après sa mise en ligne, une publication sur son compte X mentionnant le génocide des Arméniens. Selon la porte-parole, le message aurait été publié "par erreur par un employé ne faisant pas partie de la délégation officielle".

Le geste qui a finalement fait déborder le vase pour Nikol Pashinyan a été le cadeau remis par la directrice du musée à J. D. Vance : plusieurs ouvrages, dont un livre d'Ara Katibian consacré à l'histoire de l'Artsakh (Haut-Karabakh). Pour la responsable du musée, il s'agissait d'un geste professionnel naturel, mais pour le Premier ministre arménien, c'était une provocation politique et un défi personnel.

Nikol Pashinyan a demandé à Gzoyan de rédiger sa lettre de démission, avant de confirmer lui-même sa décision. "Si le Premier ministre affirme que le mouvement du Karabakh n'existe plus, pourquoi offrir à un invité étranger un livre traitant de cette question ?" aurait-il déclaré. "J'ai considéré cela comme un geste provocateur et lui ai demandé d'écrire sa démission". Cet argument a de quoi inquiéter : il revient à dire qu'un chapitre essentiel de l'histoire arménienne devrait être réécrit pour servir la ligne politique du moment. (4)

Le poste de Gzoyan devrait maintenant être confié à un administrateur "fiable", non à un chercheur. Le sens de ce remplacement est limpide : le musée doit se plier à la ligne défaitiste imposée par Pashinyan, en reléguant au second plan les épisodes historiques jugés dérangeants pour le pouvoir.

Dans cette affaire, le plus révélateur n'est pas la mise à l'écart de Gzoyan elle-même, mais la manière dont elle traduit la psychologie du Premier ministre. Toute mention du Haut-Karabakh déclenche chez lui une réaction quasi pavlovienne, un malaise viscéral. Ce réflexe dévoile une insécurité profonde, celle d'un dirigeant incapable de revisiter sereinement les blessures nationales les plus douloureuses.

[27/03/2026 20:53] O A : La réaction à ce licenciement a été tout aussi éloquente. Vingt-cinq spécialistes du génocide arménien, issus d'universités européennes et américaines, ont pris publiquement la défense de Gzoyan, condamnant une démission imposée. À Erevan, les 74 employés du musée ont adressé une lettre ouverte à Pashinyan pour protester contre cette décision. Dans les milieux scientifiques, ce geste a été compris comme un signal - celui d'une tentative d'intégrer la mémoire collective au sein de l'appareil de contrôle politique. (5)

Ce comportement illustre l'intolérance croissante du pouvoir à toute forme d'autonomie intellectuelle. Aujourd'hui, c'est le musée de l'Histoire qui subit les pressions ; demain, une autre institution récalcitrante. Quand un gouvernement en vient à prescrire aux historiens ce qu'ils doivent dire et ce qu'ils doivent taire, ce n'est pas la marque de la force, mais celle d'une profonde fragilité. Un chef sûr de son autorité ne redoute pas les livres.

Cette même nervosité se manifeste jusque dans des épisodes de la vie quotidienne, comme la récente altercation de Pashinyan avec une passante dans le métro d'Erevan. Il ne s'agit pas d'une simple scène de tension improvisée, mais bien d'un prolongement de ce schéma comportemental : la moindre contrariété extérieure devient déclencheur d'une réaction impulsive. Un dirigeant sûr de lui ne se laisse pas happer par de telles querelles ; un homme tendu, en revanche, s'y jette dans un besoin frénétique de prouver quelque chose à des inconnus. (6)

Ces deux épisodes, la destitution de Gzoyan et l'incident du métro, se complètent parfaitement. Le traumatisme de la reddition du Haut-Karabakh à l'Azerbaïdjan agit chez Pashinyan comme une cicatrice mal refermée. Il imprègne aussi bien son comportement administratif que ses interactions publiques. Il lui devient difficile de contenir ses émotions, même en pleine lumière, devant les caméras ; son visage, souvent crispé, traduit une lutte pour garder son calme.

Sa rhétorique, d'une agressivité constante, trahit la peur de perdre la maîtrise de la situation - et, plus encore, le respect de son entourage. Pashinyan s'efforce de réaffirmer son autorité à travers des éclats de colère, alors que les véritables hommes d'État, eux, n'ont pas peur du désaccord. Ils savent accueillir la critique sans s'y sentir menacés.

Aujourd'hui, Nikol Pashinyan évoque moins un chef d'État qu'un personnage de caricature, rappelant le Roi Jean dans le Robin des Bois de Disney : obsédé par la reconnaissance, terrifié à l'idée de perdre le trône dont il sait la légitimité contestée. Mais, contrairement à la fable, nul "Cœur de Lion" ne veille sur lui. Autour de Pashinyan, seulement des proches au passé trouble : Armen Pashinyan, qui aurait acquis une centrale hydroélectrique pour 120 dollars, et Sipan Pashinyan, soupçonné d'avoir mis sur pied un trafic de tabac vers la Russie. (7)

À l'approche des élections législatives du 7 juin, la tension interne du Premier ministre risque de monter encore d'un cran. Ce scrutin déterminera non seulement le cap du pays, mais aussi le destin politique de Nikol Pashinyan lui-même. Pour lui, cette échéance pourrait être la plus décisive de sa carrière - et c'est peut-être pour cela qu'il devient chaque jour plus nerveux, plus instable. En Arménie, la stabilité psychologique du chef de gouvernement semble désormais indissociable de celle de l'État tout entier.

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