Roy Cohn [Roy Marcus Cohn était avocat et procureur notamment lors des procès de Julius et Ethel Rosenberg. Il a été conseiller juridique en chef du sénateur Joseph McCarthy, NdT] a enseigné à Donald Trump les six règles pour gérer et dominer les situations et les gens. Voici ces règles, que l'on peut voir utilisées encore aujourd'hui par cet homme à des fins brutales (extrait du livre "The Last American President" - Le dernier président américain).
Source : Berrett-Koehler Publishers
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
1. Ne jamais s'excuser ni admettre une faute, jamais. Cohn considérait la contrition comme une faiblesse et préférait mourir (littéralement, comme on l'a vu) plutôt que de reconnaître une erreur ou une faute. Comme l'a noté le journaliste Ken Auletta, qui a longuement couvert Cohn, "L'idée que l'on puisse admettre une erreur ne fait pas partie du code génétique de Roy." Ce principe allait devenir si fondamental dans l'approche de Trump que même face à des preuves irréfutables - un aveu enregistré d'agression sexuelle sur la bande d'Access Hollywood, par exemple - il préférait nier, détourner l'attention et attaquer plutôt que d'admettre le moindre écart de conduite.
2. Contre-attaquez toujours, et toujours avec plus de force que celle que vous avez subie. Lorsqu'il était critiqué ou accusé, Cohn réagissait invariablement en ripostant plus fort, en intensifiant les tensions, afin que son détracteur regrette d'avoir jamais prononcé son nom. Comme Cohn l'a lui-même expliqué à un journaliste : "Je fais ressortir le pire chez mes ennemis, et c'est ainsi que je les amène à se déconsidérer eux-mêmes." Cette tactique est devenue la marque de fabrique de Trump, qu'il s'agisse d'attaquer les parents de soldats tombés au combat qui le critiquaient, de se moquer d'un journaliste handicapé qui remettait en cause ses affirmations, ou de menacer ses détracteurs de poursuites judiciaires et de représailles.
3. Utiliser le système judiciaire comme une arme, et non comme un recours pour obtenir justice. Cohn a enseigné à Trump que les poursuites judiciaires étaient des instruments d'intimidation, et non des moyens de résolution des litiges. Il intentait des procès non pas pour gagner - même si gagner était appréciable - mais pour punir, harceler et réduire au silence. Le but était les frais et le stress liés au litige, pas l'issue juridique. Trump allait finir par être impliqué dans plus de 3 500 procès - un nombre sans précédent pour un homme d'affaires ou un homme politique américain - utilisant les tribunaux non pas pour obtenir justice, mais pour épuiser des adversaires disposant de moins de ressources.
4. Manipuler les médias sans pitié. Cohn était passé maître dans l'art de faire publier des articles, de cultiver ses relations avec les journalistes et de susciter la controverse pour servir ses propres fins. Il savait que la perception l'emportait sur la réalité, que les affirmations audacieuses restaient souvent sans réponse et que la plupart des gens se souviendraient de l'accusation, mais pas du démenti. Trump a élevé cette approche au rang d'art, appelant des journalistes sous des pseudonymes tels que "John Barron" pour faire publier des articles favorables à son sujet, mettant en scène de faux événements pour attirer l'attention des médias, puis utilisant Twitter pour contourner complètement les filtres médiatiques et injecter ses messages non filtrés directement dans la conscience publique.
5. Utiliser la peur à la fois comme bouclier et comme épée. Cohn comprenait que les personnes qui ont peur - des communistes, de la criminalité, du changement social, de "l'autre" - sont plus faciles à manipuler et plus disposées à accepter des solutions autoritaires. Il a aidé McCarthy à instrumentaliser la "peur rouge", attisant la paranoïa selon laquelle des communistes clandestins sapaient l'Amérique de l'intérieur. Trump adaptera cette tactique au XXIe siècle, attisant les craintes concernant les immigrés, les musulmans, la criminalité dans les "quartiers défavorisés" et, plus tard, une conspiration de "l'État profond", se positionnant toujours comme la seule solution à ces menaces terrifiantes.
6. Construisez autour de vous une forteresse de loyauté. Cohn exigeait une dévotion absolue de la part de ses clients et de ses associés, et il leur rendait la pareille, du moins jusqu'à ce qu'ils ne lui soient plus utiles. Il a créé un réseau d'obligations mutuelles et de peur qui lui servait à la fois d'épée et de bouclier dans ses combats. Les exigences de loyauté tristement célèbres de Trump - envers James Comey, les membres de son cabinet, les législateurs républicains - et la rapidité avec laquelle il punissait ce qu'il percevait comme de la déloyauté, tout cela fait écho à l'approche du pouvoir de Cohn.
Source : Berrett-Koehler Publishers, 31-07-2025
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
