03/04/2026 les-crises.fr  8min #309815

Les États-Unis mènent la guerre d'Israël contre l'Iran

Les dirigeants politiques américains déclarent ouvertement que les États-Unis combattent l'Iran pour le compte d'Israël.

Source :  Jacobin, Branko Marcetic
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Au moins trois hauts responsables américains proches de Donald Trump ont désormais déclaré publiquement que les États-Unis avaient été contraints par Israël à entrer en guerre. (Joe Raedle / Getty Images)

Depuis des décennies, des journalistes, des analystes et des militants travaillent sans relâche pour découvrir des preuves que Israël tire parti de sa "relation spéciale" avec les États-Unis pour influencer la politique américaine. Ils ont retracé l'argent dépensé par son groupe de pression, dévoilé des preuves d'ingérence politique et cartographié minutieusement les réseaux d'influence qu'il utilise pour arriver à ses fins à Washington

Et puis les responsables de Trump l'ont tout simplement admis récemment.

Donald Trump a plongé le pays dans une guerre avec l'Iran qui s'intensifie rapidement, et de nombreux commentateurs ont fait valoir que celle-ci n'avait pas grand-chose à voir avec la défense des intérêts américains, mais qu'elle était menée, financée et payée de leur vie par les Américains parce qu'Israël le voulait. Grâce à une combinaison de reportages, de déclarations publiques et d'aveux explicites de la part de personnes proches de la Maison Blanche, nous pouvons désormais affirmer que cela est objectivement vrai.

Au moins trois hauts responsables américains proches de Trump ont désormais déclaré publiquement que les États-Unis avaient été contraints par Israël de déclencher cette guerre. Expliquant lundi aux journalistes pourquoi Trump avait décidé de lancer la guerre ce week-end, le secrétaire d'État Marco Rubio l'a formulé de manière remarquablement explicite :

"Il était tout à fait clair que si l'Iran était attaqué par qui que ce soit - les États-Unis, Israël ou n'importe qui d'autres - ils riposteraient, et riposteraient contre les États-Unis. Les ordres avaient été transmis aux commandants sur le terrain. Nous savions qu'Israël allait passer à l'action, nous savions que cela précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas de manière préventive avant qu'ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus importantes."

Plus tard dans la journée, à la sortie d'une réunion classifiée sur la guerre, le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a déclaré aux journalistes quelque chose de presque identique :

"Comme Israël était déterminé à agir avec ou sans les États-Unis, notre commandant en chef, l'administration et les responsables que je viens de citer ont dû prendre une décision très difficile. Et ils ont déterminé, grâce aux renseignements précis dont nous disposions, que si Israël tirait sur l'Iran et prenait des mesures contre ce pays pour détruire ses missiles, ceux-ci riposteraient immédiatement contre le personnel et les biens américains. Si nous avions attendu que toutes ces éventualités se produisent, les conséquences de notre inaction auraient pu être dévastatrices."

Hier matin, le sénateur ultra-faucon Tom Cotton (Républicain-Arkansas), l'un des alliés les plus fidèles de Trump au Congrès, s'est rendu sur Fox News où il a été invité par l'animateur à réfuter ces déclarations - et il les a au contraire confirmées :

"Israël était confronté à un risque existentiel et était prêt à frapper l'Iran seul. Si cela s'était produit, l'Iran aurait très probablement pris pour cible nos troupes."

Inutile de dire que cela ne ferait pas bonne impression pour une administration qui prône "l'Amérique d'abord". Naturellement, Trump, Rubio et d'autres s'efforcent désormais de limiter les dégâts, en revenant sur ces déclarations et en affirmant qu'il s'agissait en fait d'une décision entièrement prise par Trump, qui n'a été entraîné en rien.

Lorsqu'ils les ont formulées, il semblait plus qu'évident que les responsables américains tentaient de se renvoyer la balle quant à la responsabilité de ce qui ressemblait de plus en plus à un fiasco impopulaire. Mais ceux qui espèrent écarter cette question et passer à autre chose seront déçus par les commentaires formulés plus tôt dans la journée par Donald Trump, alors qu'il s'est entretenu avec les journalistes pour faire le point sur la guerre et la menace que représente l'Iran.

"Je pense que si nous ne l'avions pas fait en premier, ils l'auraient fait à Israël et nous auraient tiré dessus si cela avait été possible" a-t-il déclaré.

Il se trouve également que les affirmations initiales des alliés de Trump sur le rôle d'Israël ont été détaillées dans un long article du New York Times rédigé à partir des déclarations de divers conseillers de la Maison Blanche, de responsables américains et israéliens, ainsi que de militaires et de membres des services de renseignement. Décrivant en détail le travail en coulisses du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou "pour maintenir le président américain sur la voie de la guerre" et "s'assurer que les nouveaux efforts diplomatiques ne compromettent pas les plans", le journal a rapporté une conversation entre le président et Tucker Carlson, animateur de podcast de droite et sceptique à l'égard de la guerre, qui a tenté de le convaincre de ne pas entrer en guerre.

"Le président a déclaré qu'il comprenait les risques d'une attaque, mais il a fait savoir à Carlson qu'il n'avait d'autre choix que de se joindre à une frappe lancée par Israël", indique l'article.

Netanyahou lui-même a clairement indiqué son rôle central dans la décision de Trump de lancer la guerre lors d'une interview sur Fox News diffusée quelques heures après que Rubio et Johnson se soient entretenus avec les journalistes.

Les États-Unis mènent cette guerre terrible et qui s'intensifie rapidement non pas avec Israël, mais en son nom.

"J'en parle depuis des décennies et j'ai essayé de persuader les administrations successives de prendre des mesures fermes" a déclaré Netanyahou à Sean Hannity. Mais "il fallait un président résolu comme Donald J. Trump pour prendre ces mesures" car, a-t-il laissé entendre, tous les autres présidents qu'il avait tenté de pousser à entrer en guerre avaient refusé.

Dans d'autres déclarations, Netanyahou a abandonné toute prudence et s'est simplement réjoui de sa victoire.

"Cette coalition de forces nous permet de faire ce que je souhaite faire depuis quarante ans : frapper le régime terroriste en plein cœur" a-t-il déclaré le jour où Trump a lancé la guerre. "C'est ce que j'ai promis, et c'est ce que nous ferons."

D'autres articles antérieurs ont corroboré les affirmations des sources du Times selon lesquelles la guerre avait été planifiée depuis des mois conjointement avec Netanyahou et le gouvernement israélien, jusqu'au choix précis de la date très significative à laquelle elle a été lancée : la veille de la fête juive de Pourim, que Netanyahou a joyeusement soulignée au moment de déclencher la guerre.

"Il y a deux mille cinq cents ans, dans l'ancienne Perse, un tyran s'est dressé contre nous avec le même objectif, celui de détruire complètement notre peuple" a-t-il déclaré. "Aujourd'hui encore, lors de Pourim, le sort en est jeté, et ce régime maléfique finira lui aussi par tomber."

Selon les sources, cette date avait été choisie une semaine ou plusieurs semaines avant l'attaque américaine et israélienne. Dans les deux cas, cela suggère que la date de début de la guerre de Trump n'était pas liée à des besoins urgents en matière de sécurité américaine, mais plutôt dictée par Israël.

Le fait que le gouvernement israélien détermine effectivement si, quand et où les troupes américaines sont déployées est considéré comme tellement évident que les responsables israéliens sont désormais interrogés sur les futures opérations américaines, comme s'ils étaient ceux qui prenaient les décisions. Il suffit de regarder cette récente interview de Sky News avec un membre israélien de la Knesset, Benny Gantz :

Journaliste : Pensez-vous qu'il sera finalement nécessaire d'envoyer des troupes sur le terrain ?

Gantz : Je ne l'exclurais pas pour ces raisons et d'autres, mais nous devons voir comment les choses évoluent.

Journaliste : Et cela inclura-t-il des soldats israéliens sur le terrain, selon vous ?

Gantz : Je n'exclus rien. Nous attendons depuis quarante-sept ans.

Relisez ça. La journaliste de Sky News interroge le politicien israélien sur les troupes israéliennes seulement après lui avoir demandé s'il serait nécessaire d'envoyer des troupes terrestres. Il n'y a que deux pays en guerre avec l'Iran en ce moment. Ça veut dire qu'elle demandait à un politicien israélien si des troupes américaines seraient déployées, et il a répondu qu'il n'excluait pas cette possibilité.

Le fait qu'un politicien étranger commente la possibilité que vous et vos compatriotes soyez envoyés combattre dans une guerre étrangère est surréaliste et ne peut sembler normal qu'à quelqu'un qui a vécu dans une colonie impériale à une époque révolue. Ce qui rend la situation particulièrement bizarre ici, c'est que c'est la superpuissance, les États-Unis, qui est traitée comme une colonie.

Si l'on ajoute à cela l'incapacité de l'administration à formuler une justification cohérente pour la guerre, son invention de menaces contre le territoire américain que des fuites officielles ont rapidement démenties, et ses objectifs de guerre en constante évolution, on en arrive à une conclusion inévitable : les États-Unis ne mènent pas cette guerre terrible et qui s'intensifie rapidement avec Israël, mais pour le compte de celui-ci.

Au mieux, c'est parce que les politiciens américains en sont venus à identifier de manière malsaine leurs propres intérêts à ceux d'un pays étranger. Au pire, c'est parce qu'ils ont été contraints par ce pays étranger qui menaçait de mener seul une action militaire, action qui est presque entièrement financée par le soutien américain - en d'autres termes, le gouvernement américain fournit les moyens mêmes qui servent à entraîner le pays dans une guerre dont il ne veut pas. Aucun de ces deux scénarios ne suggère que la "relation spéciale" entre les États-Unis et Israël soit aujourd'hui autre chose qu'un fardeau pour un public américain désespérément fatigué de la guerre.

*

Branko Marcetic est un des rédacteurs de Jacobin, il est aussi l'auteur de Yesterday's Man : The Case Against Joe Biden [L'homme du passé, le dossier contre Joe Biden, NdT]. Il vit à Chicago, dans l'Illinois.

Source :  Jacobin, Branko Marcetic, 04-03-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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