03/04/2026 reseauinternational.net  10min #309833

George Ibrahim Abdallah : la promesse de l'aube qui n'est jamais en retard

par Lyna Al Tabal

NdT : Bien que publiée le 1er avril, cette information est tout ce qu'il y a de plus authentique : "La libération conditionnelle accordée en juillet au militant libanais propalestinien George Ibrahim Abdallah a été annulée mercredi par la Cour de cassation, une décision toutefois théorique puisque l'ancien chef des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) s'est depuis établi au Liban. "En cas de condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, la libération conditionnelle ne peut être accordée tant que le condamné n'a pas été placé sous le régime de la semi-liberté, du placement à l'extérieur ou du placement sous surveillance électronique pendant une période d'au moins un an", a rappelé la plus haute juridiction dans son arrêt. Cette disposition s'applique à tout étranger qui n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Or, la cour d'appel de Paris qui avait accordé une libération conditionnelle sous condition de quitter le territoire et de n'y plus paraître, avait considéré que George Ibrahim Abdallah, n'ayant "aucune attache en France", devait "être assimilé" à un individu "sans titre de séjour", un raisonnement qu'a rejeté la Cour de cassation.
Voici le commentaire d'une compatriote et admiratrice de GIA,  Lyna Al Tabal, dans sa chronique sur le site ouèbe d'Abdelbari Atwan, Rai Al Youm.- Tlaxcala

 جورج عبد الله... وعدُ الفجر الذي لا يتأخر Original

*

"Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours."

Romain Gary, La promesse de l'aube

Quelle aube, George... et quel prix à payer.

Permets-moi aujourd'hui d'emprunter à "La promesse de l'aube" de Romain Gary pour parler de l'amour... l'amour de la terre. La patrie t'a attendu longtemps, comme un héros venu du futur, portant en ses traits notre identité.
Si George Ibrahim Abdallah était dans un autre pays qui vénère la résilience, il serait peut-être devenu président de la république, couronné de sa patience légendaire. Mais lui, par la force du droit et non par un décret venant de vous, il est le président d'une vraie patrie...
Oui, il est le président d'une patrie qui réside dans la résilience de son peuple, dans l'entêtement de ses montagnes, et dans la fierté de ses gens qui ne se sont jamais agenouillés. Vous possédez les papiers et les recours, lui possède la souveraineté sur les cœurs de millions de personnes dans cette patrie petite par sa taille, grande par George Ibrahim Abdallah.
Alors... continuez à poursuivre son ombre avec vos décisions paperassières, et laissez-nous le président qui n'a jamais transigé, l'homme qui est revenu pour nous dire que le Liban, malgré tout, reste la terre des hommes libres.

Cet article ne parle pas d'une faille juridique, ni d'une dissection de jurisprudence, ni même d'une carence du "système" français. Cet article parle de l'adolescence d'une grande puissance qui a décidé de pratiquer la vindicte politique, et d'un homme qui a été détenu quarante ans pour sortir et constater que ce sont eux qui sont encore derrière les barreaux de leur rancune.

Aujourd'hui, la Cour de cassation française a décidé de renouer avec l'absurdité judiciaire. Et après toutes ces années de brimades infligées à un homme contre qui seule la doctrine de la résilience a été prouvée. Aujourd'hui, la Cour s'est réveillée de sa léthargie pour dire : "Désolé, nous nous sommes trompés dans le calcul !"...
Mais rafraîchissons un peu la mémoire des juges parisiens, ceux qui tremblent au mot "terrorisme" chaque fois que le nom de George Ibrahim Abdallah est évoqué... L'histoire est une grande ironie, n'est-ce pas ?
Oui, Charles de Gaulle était un "terroriste" dans les petits papiers nazis, et Nelson Mandela a passé des décennies derrière les barreaux comme "danger pour la sécurité de l'État". La seule différence, c'est que de Gaulle est devenu le symbole d'une république qui juge George aujourd'hui, et Mandela a reçu les excuses du monde.
Quant à George, il est le juge qui juge votre conscience morte, et refuse de vous accorder un blanc-seing par un seul mot d'excuse.
Êtes-vous toujours à la poursuite d'une histoire qui refuse de se plier à vos procédures juridiques boiteuses ?
De Gaulle, Mandela et Georges... tous les trois sont passés par les cellules du "terrorisme" pour entrer dans le livre de l'éternité, tandis que les noms de vos juges ne resteront que de pâles notes de bas de page dans une affaire que vous avez perdue moralement dès le premier jour.

Permettez-nous de clarifier ce qui s'est passé avec une simplicité provocante : la peine a été exécutée. La libération a eu lieu, l'expulsion a eu lieu, et George Ibrahim Abdallah a respiré l'air de Beyrouth...
Juridiquement, le point a été mis à la fin de la ligne et l'encre a séché... mais eux, à Paris, ont soudain décidé de réviser ce point. C'est risible !... Ils essaient de récupérer "l'aube" qui s'est levée malgré leurs geôles...

Dans les couloirs du Palais de justice parisien, il y a un coma judiciaire qui ne veut pas finir : la Cour s'est réveillée pour pratiquer les rituels de la magie noire politique et revenir invoquer les esprits de décisions du passé. Comme si le temps était une procédure susceptible de recours, ou comme si la loi était une machine à voyager dans le temps dont ils détiennent les clés.
Mais la vérité les gifle à nouveau : en physique de la dignité, comme en "physique quantique", vous ne pouvez pas revenir en arrière, le futur est la seule destination, et George Ibrahim Abdallah est le seul à avoir possédé le billet pour y accéder tandis que vous êtes restés coincés dans les décombres du passé.
Une bêtise noire par excellence...

Permets-moi, camarade, de t'avouer quelque chose que tu ne sais pas sur moi : je ne me suis réconciliée avec cette patrie que lorsque je t'ai rencontré et que je t'ai parlé. Je ne me suis réconciliée avec mon moi maladroit qu'en puisant la force en toi. Tu étais le soutien qui renforce ma détermination chaque fois que je me suis sentie découragée. Et tu continues, par ta patience étonnante, à réparer ma volonté chaque fois qu'elle est sur le point de s'effondrer, et tu me donnes assez de ta fierté pour que je me relève et affronte ce monde avec toute sa méchanceté...
Tu n'as pas eu tort de tenir bon... C'est nous qui avons eu tort, c'est nous qui avons trébuché pendant quarante et un ans d'égarement pour assimiler la leçon la plus importante, pour comprendre enfin que la liberté est un entêtement solide, qui réside dans une cellule étroite à Lannemezan, une cellule de neuf mètres carrés seulement, que tu me décris en riant... Neuf mètres, George, ont suffi à engloutir la fierté d'une grande puissance.
Nous, George, avec toutes nos institutions, notre silence suspect, notre incapacité flagrante, c'est nous qui avons pris du retard pour te rattraper. La patrie elle-même, celle qui a pris du retard sur toi, a trébuché dans son égarement pendant que toi, tu marchais avec confiance vers l'aube.
Tu ne t'es jamais arrêté, tu continues à accomplir seul ta mission, à payer de tes années de vie le prix de notre honneur collectif. Tu étais, dans l'obscurité de ta cellule, plus clairvoyant que nous tous sous notre faux soleil, plus attaché à la terre, et plus libre que des villes entières.
C'est nous qui avons eu besoin de quarante et un ans pour comprendre une leçon simple : que la première inclinaison est la dernière défaite.
Regarde-nous, George, regarde cette nouvelle génération... Regarde ces enfants émerveillés par toi. Ceux qui n'ont pas lu sur toi dans les livres d'histoire scolaire falsifiés, ils ont vu en toi le vrai super-héros qui n'a pas besoin de cape volante.
Tu as été jugé sans la moindre preuve matérielle, et la cour s'est contentée d'un seul crime : tu ne t'es pas brisé. Ils t'ont puni pour l'intention de ta résilience qui les terrifiait. Et la presse de l'époque a comploté pour confectionner un accusé sur mesure pour des agendas politiques transcontinentaux...
Aujourd'hui, après tout ce temps, écoutez ceci attentivement : même si toutes les cours de cassation du monde se réunissaient, elles ne pourraient pas "casser" le noir de votre vindicte politique de la blancheur des cheveux de George Ibrahim Abdallah qui a envahi notre enfance et notre jeunesse alors qu'il était derrière vos barreaux.
Vous combattez aujourd'hui des moulins à vent. Vous haletez sur les traces d'un homme qui a brisé vos verrous, qui a quitté sa cellule et quitté vos frontières légalement et moralement.
Me permettrez-vous, messieurs les robes noires, de vous rappeler des évidences que vous avez oubliées ?
N'est-il pas temps que vous cherchiez une justice qui n'ait pas honte d'elle-même ?
Parce que vous êtes une justice tardive... Oui, vous êtes des tortues d'une justice toujours en retard, et la justice tardive est en soi une injustice dans les règles de l'art.
Dans la jurisprudence du droit que vous prétendez protéger, l'exécution est le point de non-retour. Je vais le répéter à vos oreilles dans un langage juridique simple, même si la Cour de cassation considère que la décision de la cour d'appel était erronée, le jugement qui a été exécuté ne peut être repris, car l'exécution en droit est le point de non-retour. Point final.
Écrivez ce que vous voulez comme décisions, signez tous les recours contre le passé qu'il vous plaira, George Ibrahim Abdallah n'habite plus dans vos textes morts, il est devenu "l'aube" que personne ne peut reprendre.
Merci à toi, Georges, car tu nous as attendus, et merci car tu es venu du futur pour nous dire que "l'aube", si tardive soit-elle, ne manque jamais sa promesse aux hommes libres.
C'est nous qui avons pris du retard... Toi, tu es toujours arrivé seul et résilient à ton rendez-vous avec l'histoire.

**

Intervention de George Ibrahim Abdallah à un rassemblement de l'Appel national à une résistance intégrale contre l'agression du Liban, Beyrouth, 31 mars 2026

Premier orateur
On est très heureux qu'il prenne la parole. Lui, c'est l'exemple vivant : face à l'ennemi, il tient bon. Et il gagne, malgré toutes les difficultés.

GIA

La résistance, elle fait ce qu'elle doit. Elle fait tout ce qu'elle peut.

La résistance globale, ça veut dire que les forces nationales, les forces vives du pays, doivent être à leur place, elles aussi.

Si le fedayin se sacrifie dans le sud du Liban, naturellement, pour agir, pour défendre cette entité, pour défendre les masses de notre peuple... alors il est temps que les partis historiques de notre pays prennent leurs responsabilités historiques.

Il faut qu'ils soient là. Il faut qu'ils soient prêts à réagir, quoi que fasse la bourgeoisie libanaise. Il faut qu'ils prennent une vraie position, une position qui rassemble les gens autour des valeurs nationales.

La résistance, ce n'est pas juste un droit. C'est un devoir pour tout patriote dans ce pays. C'est la défense de base de l'identité même du Liban.

On le sait bien : ce monde est traversé par d'énormes contradictions. Notre région subit une attaque impérialiste et sioniste totale. Toutes les entités de notre nation risquent la destruction.

Ce qui est arrivé en Syrie, et ce qui arrivera ailleurs, ça nous guette tous.

Soit on accepte la somalisation, et on se soumet à cette logique. Soit on fait face.

Le Liban, il a tout pour résister. Ses fédayins ont une volonté de fer. Ils ont les idées claires pour que la résistance réussisse.

Nos partis, il est temps qu'ils se mettent à leur niveau.

L'attaque qu'on a subie, elle a échoué, complètement échoué. On le voit bien.

Si on avait eu à choisir, on n'aurait choisi que cette résistance.

Et qu'on se le dise : si l'Iran est vaincu aujourd'hui, l'histoire nous balaie tous, sans exception.

Soit on reste debout, on regarde devant. On regarde l'Égypte retrouver sa place, la Turquie retrouver sa place, le Pakistan retrouver sa place, aux côtés de l'Iran. Une défaite totale de tous les alliés de l'impérialisme dans notre monde. Et comme ça, on construit le monde nouveau.

C'est ça, le devoir de la résistance. Au Liban, et partout dans notre nation arabe.

Salut à tous les héros du Yémen. Salut à tous les héros de l'Irak.

Les fils de la Palestine, leurs prisonniers... Dans les forteresses de la dignité, les sentiments de liberté, ils font face au char sioniste.

J'appelle nos partis : prenez vos responsabilités. Rien que dans nos rues, déjà.

J'appelle les masses égyptiennes : levez-vous. On attend, on met beaucoup d'espoir dans votre mouvement.

On attend. Et on attend du reste des masses de notre nation arabe.

La victoire, ses premiers signes sont là, devant nos yeux.

Qu'il pleure, celui qui doit pleurer. Qu'il s'agite, celui qui doit s'agiter.

Désormais, l'histoire est écrite avec le sang de nos fils. Avec le sang de nos proches. Avec le sang de nos résistants.

La victoire est pour nous. La victoire, c'est sûr.

Et la paix soit sur vous.

source : Tlaxcala via  Fausto Guidice

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