
Par BettBeat Media & Peter Beattie, le 7 avril 2026
Le film d'horreur Pet Sematary m'a toujours fait penser au fonctionnement des États-Unis.
Certes, il contourne la véritable chaîne de causalité historique qui a mené aux atrocités actuelles de l'empire, avec tous ses "dommages collatéraux", tant au niveau national qu'international. Ce genre d'histoire (le film ne fournit d'ailleurs peu de preuves d'une dimension biologique) ne résisterait pas à un film. C'est pourquoi le réalisateur fait appel à la sorcellerie ou la spiritualité pour suppléer à la réalité. Dans le film, le cimetière pour animaux est un lieu de sépulture amérindien profané par des colons européens génocidaires venus y enterrer leurs animaux de compagnie. Cette violation des valeurs morales (pas le génocide et le nettoyage ethnique, évidemment) a poussé Dieu, les dieux, les esprits ou une puissance surnaturelle à se venger en redonnant vie aux cadavres des animaux transformés en zombies sanguinaires qui attaquent les colonisateurs.
Et qu'est-ce que les États-Unis aujourd'hui, si ce n'est un pays bâti sur des cimetières amérindiens et des fosses communes ? Un pays fondé sur l'extermination totale de certaines tribus et partielle d'autres, dont les survivants ont été soumis à un nettoyage ethnique pour être chassés des terres convoitées et concentrés dans des zones inhospitalières (jusqu'à ce que des ressources naturelles y soient découvertes et que les traités soient violés, entraînant une nouvelle vague de nettoyage ethnique vers des terres encore moins convoitées.) Des milliers de peuples, de cultures et de langues ont été anéantis, et leurs terres sacrées ont été bétonnées pour faire place à des banlieues tentaculaires aspirant les âmes, un paysage interchangeable au milieu de nulle part.
C'est l'orthographe erronée du mot "cemetery" par un enfant qui a donné son titre au film
Dans la logique de Pet Sematary, ce genre de crime appelle à la vengeance et les dieux/esprits y répondent par une malédiction adaptée (pas la justice, attention - ces mêmes dieux/esprits se tournant les pouces pendant le génocide - mais une malédiction quand même.) L'équivalent d'au moins une fusillade de masse par jour. Ou au point qu'une personne sur dix connaisse une crise de santé mentale par an et qu'une personne sur trois soit sous antidépresseurs. Ou comme plonger chaque année des centaines de milliers de personnes dans une détresse si insoutenable qu'elles se donnent la mort via l'alcool, d'autres drogues ou encore d'autres moyens.
Breezewood, en Pennsylvanie, sur le territoire des Allegewi ? Ou Courtland, en Arizona, sur le territoire du peuple hopi ? Ou encore Seaside, en Floride, sur le territoire des Calusa ? Ou Collinsville, dans l'Illinois, sur le territoire des Inoka ?
Comme frappés par une malédiction méritée par leur caste dirigeante, les États-Unis sont bel et bien un pays à la Pet Sematary. Mais à quoi ressemble le monde gouverné par cette même classe dirigeante ?
Seuls deux films m'ont bouleversé au point de devoir détourner les yeux de l'écran. Pas par dégoût sexuel comme dans Lust, Caution, ni par reflexe nauséeux comme dans The Platform. J'ai été tellement bouleversé que j'ai dû faire abstraction de mon incrédulité, détourner le regard de l'écran et me rappeler que je ne regardais que des acteurs sur un plateau de tournage avec le film The Untold Story et de Saló, ou les 120 jours de Sodome.
The Untold Story (八仙飯店之人肉叉燒包) met en scène l'histoire d'un tueur en série à Macao. Le film instaure une première fausse impression de sécurité grâce à quelques éléments cocasses, avant de culminer dans une scène atroce où une famille entière est assassinée. La scène est si macabre et perverse (la famille comprend de jeunes enfants), et le jeu des acteurs, comme la mise en scène, sont si bien réalisés, que j'ai dû détourner le regard de l'écran et songer à autre chose. La différence entre ce que ce criminel psychotique fait à Macao et ce que l'armée israélienne a commis à maintes reprises avec ses bombardements " Où est papa ?" à Gaza, c'est que le tueur n'a assassiné qu'une seule famille, mais de manière bien plus lente et cruelle qu'en appuyant sur un bouton à des kilomètres de distance, écrasant à mort des dizaines de familles sous les décombres de leurs maisons.
Salò est le dernier film de Pier Paolo Pasolini avant son assassinat par ses adversaires politiques d'extrême droite. Il y dépeint une horrible dystopie fasciste, ou une utopie pour les fascistes, où quelques oligarques, symbolisant les piliers du pouvoir en Europe, kidnappent des adolescents et des adolescentes pour les torturer et les assassiner.
Ces victimes n'ont guère leur mot à dire dans le film. L'un ou l'autre personnage implore une mort rapide, mais dans l'ensemble, ils semblent paralysés par le choc ou la terreur. Comme s'ils espéraient qu'en gardant le silence, leurs bourreaux les ignoreraient et choisiraient quelqu'un d'autre à violer ou à forcer à manger des excréments. Ou en moins optimiste, peut-être qu'en se taisant, leur torture et leur exécution seraient un peu moins atroces.
Comme plusieurs spectateurs l'ont souligné, les personnages de Salò ressemblent à des corps muets n'existant que pour être maltraités au profit et pour le plaisir d'autrui.
Si quelqu'un vous entend lire à haute voix l'expression "des corps muets n'existant que pour être maltraités au profit et pour le plaisir d'autrui", il risque de croire que vous parlez de l'Europe.
J'ai longtemps soutenu qu'après avoir battu ses propres records de génocide avec la Seconde Guerre mondiale, l'Europe était parvenue à flirter avec la civilisation le temps de quelques décennies, mais qu'elle renoue ces derniers temps à sa barbarie d'antan. Avec des niveaux obscènes d'inégalité de richesse et de revenus, mais c'est aussi la servilité ancestrale de l'Europe qui refait surface - non à l'égard d'un monarque, d'un aristocrate ou d'un évêque du cru, mais d'un gouvernement étranger. Et cette servilité n'est pas celle des masses envers l'élite (pour autant que je sache), mais celle de l'élite envers Papa.
Mais pour être juste, et éviter toute comparaison entre les personnages fictifs de Salò et les dirigeants européens, les victimes du film n'ont pas vraiment le choix. La mort n'est même pas une option. Toute tentative de rébellion ou de fuite risque d'être punie par des tortures plus atroces encore.
Quid des dirigeants européens d'aujourd'hui ? Quels risques prennent-ils en refusant de se soumettre aux fascistes de Washington ? À perdre leur fauteuil, certes, et à être remplacés par un rival suffisamment complaisant. Mais ils sont loin de risquer d'être scalpés ou contraints, sous la menace d'une arme, de manger du pain cuit avec des clous.
Ils craignent également de perdre le soutien militaire américain à l'OTAN, ou pire, de perdre l'OTAN dans sa configuration actuelle, c'est-à-dire une armée américaine en première ligne en Europe, avec quelques divisions européennes sous le commandement de généraux américains. Et vu sous cet angle, les chars russes rouleront sans doute dans les rues de Lisbonne sous deux semaines.
Est-ce là le soutien au génocide le plus documenté de l'histoire ? Si c'est ce que Papa veut, c'est ce que Papa obtiendra. Un soutien à une guerre d'agression flagrante qui ne se distingue de l'opération spéciale russe depuis 2022 que par la provocation qui l'a précédée ? Papa obtient ce qu'il veut. Bafouer le droit international, ou du moins prouver qu'il ne vaut guère mieux qu'une toile d'araignée assez résistante pour attraper les mouches et les moucherons, mais pas les guêpes et les frelons (pour reprendre les mots de Jonathan Swift) ? Papa le sait mieux que personne.
Et envoyer nos propres unités navales combattre l'armée iranienne dans le détroit d'Ormuz ? Papa, qu'en penses-tu ?
Alors que c'est la lâcheté américaine qui lui assure sa domination en Europe, elle passe ici pour une courageuse démonstration d'indépendance. Pour l'instant, du moins. Mais papa ne lâchera rien.
Tout ça pour poursuivre une guerre avec la Russie facilement évitable, le gouvernement russe ayant réagi de manière prévisible (ou comme l'avaient prédit les experts en politique étrangère de tous bords depuis les années 1990) à l'expansion de l'OTAN. Et c'est cette réalité - et non des fantasmes d'une Grande Russie ou autres sornettes métaphysiques sur les racines ethno-nationales - qui a poussé le gouvernement russe à déclencher cette opération militaire spéciale La véracité des faits peut bien sûr se vérifier par la voie diplomatique. Mais cela n'a pas été fait, et ne le sera visiblement jamais par l'actuelle élite européenne.
Mieux vaut faire ce que préconise papa, sinon la guerre à laquelle nous pourrions mettre fin en créant notre propre système de sécurité garantissant la paix et l'indépendance... ne prendra jamais fin... et ce serait grave. Parce que Poutine gagnerait ? Mais peu importe, n'allez surtout pas défier Papa. Après tout, il ne nous a pas choisis pour notre talent, mais pour notre soumission.
Il n'y a pas que l'Europe à se transformer en pays de Saló - le monde entier, en fait. Les dirigeants du Japon et de la Corée du Sud, les émirs et les cheikhs des petits États du Golfe ainsi que les classes dirigeantes d'Amérique du Nord et du Sud sont tous sous l'emprise de Papa. Même lorsque Papa s'approprie les équipements militaires que vous avez achetés et les offre à son 51e État - Israël. Même lorsque la protection de Papa, acquise à prix d'or - ou plutôt de pétrole - s'avère parfaitement inutile, et constitue un moyen de dissuasion qui incite à l'attaque, et, bien sûr, lorsque Papa vous soumet économiquement, la seule réponse acceptable est de vous prosterner toujours plus bas.
(Extrait de Salò) L'heure de l'inspection : ne trouvant aucune preuve de courage, d'indépendance ou de honte, la classe dirigeante américaine juge ces candidats aptes à servir l'empire en tant que Premiers ministres et députés en Europe.
L'unique autre option consiste à payer le prix fort pour résoudre l'épineuse question de la gestion collective. Il faudrait alors façonner un ordre mondial parallèle, voire alternatif, excluant les États-Unis.
À l'heure où j'écris ces lignes, le pays de Pet Sematary menace de lancer une nouvelle vague de crimes de guerre contre l'Iran, qui devrait débuter dans quelques heures avec la destruction d'infrastructures civiles, notamment de centrales électriques et de ponts. Trump va-t-il commettre un autre acte de terrorisme contre l'humanité (TACO) avant l'expiration de son délai, reporté à trois reprises ? Moralité mise à part, ce serait le plus sensé à faire pour éviter les représailles contre les petits États du Golfe, alliés des États-Unis, menacés dans leur viabilité et leur survie. Mais il y a quelques semaines à peine, l'option la plus rationnelle aurait été de ne pas mener de guerre d'agression illégale du tout.
Serait-ce toutefois rationnel du point de vue de l'illuminé américain, c'est-à-dire de son gouvernement ? Ou du point de vue d'un extrémiste israélien, soit le gouvernement lui-même ? Ou l'inverse ? Peut-être serait-il préférable de détruire les pays du Conseil de coopération du Golfe, de "libyiser" ou de "syriser" l'Iran et le Yémen, et laisser le 51e État régner sur le chaos engendré. Si l'impensable se produit réellement et que le gouvernement iranien ne se rend pas aux États-Unis dans les heures qui suivent la publication de ces lignes, alors la "logique" de nombreux adeptes de Machiavel parmi les plus éclairés de l'administration américaine consistera à commettre davantage de meurtres de masse et de destructions. Il semble que seuls l'économie mondiale - dont l'humeur transparaît dans les graphiques du Dow et du S&P - et l'ego de Trump pourraient y faire obstacle.
C'est ainsi qu'un pays aux allures de Pet Sematary gouverne un monde à la Saló. Et après, le déluge ?
Ou plutôt les cataclysmes, les incendies, les super tempêtes et les sécheresses qui entraîneront famines, migrations massives et (toujours plus) de guerres. Car, tandis que l'attention s'est déplacée du Covid à l'Ukraine, puis à Gaza et à l'Iran, les lois de la physique n'ont pas été révoquées et la crise écologique s'est aggravée. Elle promet plus, beaucoup plus, de ce dont nous sommes déjà victimes, notamment les meurtres de masse et la destruction.
Même si nous mettions fin aux guerres d'agression en Ukraine et en Iran, au génocide à Gaza, au blocus de Cuba et à l'impérialisme kidnappeur au Venezuela, nous serions alors confrontés au défi d'opérer une transformation fondamentale du système économique mondial pour assurer une durabilité à long terme. Il faudrait tout réécrire : la décarbonisation et l'électrification en premier lieu, mais aussi la refonte des chaînes d'approvisionnement mondiales pour plus d'efficacité énergétique et de résilience, un nouveau concept de produits pour une durée de vie maximale grâce aux réparations, la transformation de l'agriculture et de l'aquaculture, et bien plus encore. L'ampleur de ce projet de nécessité existentielle laisse rêveur.
Quelles sont les chances que ceci se produise vraiment ?
Réponse : aucune.
Si ce n'est que la seule issue à ce désastre et à ces horreurs ne change pas. Peu importe que vous ayez récemment pris conscience de l'état du monde avec le génocide de Gaza ou tout autre événement d'actualité, ou que vous suiviez avec horreur depuis longtemps déjà le déclin de l'humanité.
Je n'ai jamais apprécié les écrits de Mao lorsque je les ai découverts. Je les trouvais trop simplistes, poétiques et énigmatiques. Mais aujourd'hui, en les consultant pour apprendre la langue, je commence à éprouver un certain respect. Comme vis à vis de la troisième phrase du Petit Livre rouge : "Pour accomplir une révolution, il faut un parti révolutionnaire".
À l'époque, j'aurais à peine relevé cette phrase, mais aujourd'hui, elle fait l'effet d'un coup de tonnerre. Le plus urgent est d'organiser la minorité consciente du problème et de la solution, de former, dans un fouillis d'individus impuissants, une organisation capable de mener à bien une révolution. Et faire grandir cette structure en éduquant et recrutant davantage de monde.
Les chances de succès semblent actuellement plutôt minces. Mais cette interprétation est fallacieuse, et de surcroît, sans importance. Que vous soyez pessimiste, optimiste ou quelque part entre les deux intellectuellement, gardez au moins de l'optimisme pour l'action.
Et si ce n'est pas déjà fait, rejoignez le parti ou l'organisation de votre pays le moins médiocre, même s'il est encore loin d'être parfait, et le plus proche d'une ligne politique correcte, même s'il en est encore très éloigné. Une fois que vous y êtes, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour sensibiliser votre entourage, au sein et en dehors de l'organisation, et contribuez à la transformer en ce dont le monde a besoin pour mettre fin au règne du pays de Pet Sematary sur un monde de Saló.
Traduit par Spirit of Free Speech