
Par Pepe Escobar, le 8 avril 2026
C'est toujours de civilisation dont il s'agit.
"Ce soir, une civilisation entière va périr pour ne jamais renaître". L'histoire retiendra cet énoncé d'un oeil aussi implacable que le soleil. Une approche barbare étonnante, gracieusement diffusée par le président des États-Unis via un message sur les réseaux sociaux.
En résumé, la "civilisation" concernée a légué au monde le Big Mac, tandis qu'elle menaçait d'anéantir une civilisation ancienne à l'origine de l'algèbre, qui a influencé l'art, les sciences et la pensée politique de manière inégalée, vu naître des personnalités telles que Cyrus le Grand, Avicenne, Omar Khayyam et l'illustre poète Jalaladdin Rumi, conçu des jardins sublimes, des tapis, des merveilles architecturales et des théories philosophiques et éthiques.
Mais surtout, les responsables politiques de l'ensemble de l'Occident "civilisé" n'ont pas pipé mot devant cette explosion de barbarie, sans même feindre l'indignation, prouvant une fois de plus leur faillite morale et politique absolue et irréversible.
Les Iraniens ont répondu à Barbaria à leur façon. Plus de 14 millions de personnes se sont portées volontaires pour former des chaînes humaines autour de leurs centrales électriques dans tout le pays, protégeant ainsi leurs moyens de subsistance tout en faisant front contre la puissance de feu de la caste Epstein.
Alors qu'un suspense insoutenable se profilait, le Babouin de Barbaria a bifurqué en mode TACO [tendance à proférer des menaces, comme les taxes exorbitantes, avant de les reporter ou les annuler], immortalisé par les LEGO [vidéo d'animation iranienne façon Lego sans paroles mêlant Donald Trump, tirs de missiles, avions de combat et autres protagonistes du conflit].
Il est inconcevable que le Pakistan ait pu offrir des "garanties" à l'Iran sur un cessez-le-feu mettant fin à la guerre. Selon plusieurs sources diplomatiques, il s'avère que Pékin, à la dernière minute, s'est positionné comme garant, assurant à Téhéran que les États-Unis accepteraient au moins certaines des exigences de l'Iran incluses dans son plan en 10 points.
Cette information a été confirmée par l'ambassadeur iranien en Chine, Abdolreza Rhamani Fazili. Les négociations débutent ce vendredi à Islamabad.
Confronté aux conséquences inévitables et désastreuses de sa propre erreur stratégique, POTUS, le babouin enragé de Barbaria, a pris le Pakistan pour une issue de secours. Cette manœuvre a été confirmée par une autre gaffe monumentale du Premier ministre pakistanais lui-même : il a oublié de supprimer le nom de l'expéditeur du tweet/post X de la Maison Blanche avant de publier.
Le régime pakistanais actuel, dirigé de facto par le général Asim Munir - qui a Trump en numérotation rapide - a peut-être tiré profit de son statut géopolitique unique, et continuera sans doute : une nation nucléaire musulmane comptant une importante minorité chiite, jouissant de bonnes relations avec le Conseil de coopération du Golfe (CCG), voisine de l'Iran avec qui elle entretient de bons rapports, signataire d'un pacte de défense avec l'Arabie saoudite, partenaire stratégique de la Chine, et sans aucune base américaine sur son sol.
Mais Islamabad n'a jamais été qu'un simple intermédiaire, jamais le moteur d'une quelconque "médiation". Quelles que soient les manœuvres de diversion de la Maison Blanche, c'est la Chine qui a défini les contours d'une éventuelle détente.
La mafia Epstein implore un répit
Nous avions atteint un stade critique pour le culte de la mort en Asie occidentale, simultanément écrasé par l'Iran et le Hezbollah au sud du Liban. Malgré l'avalanche de propagande médiatique, leurs appels au secours ont joué un rôle significatif dans le revirement de Trump vers un cessez-le-feu.
Le cartel Epstein dans son ensemble l'a supplié. Sans lien aucun avec la géopolitique, mais avec un enfer opérationnel : l'empire du chaos est à court de ressources militaires.
Le symptôme ultime a été le retrait de l'USS Tripoli, sous le feu de l'ennemi, vers les confins de l'océan Indien, avec ses 2 500 Marines à bord. Ce retrait a marqué la fin de la présence de la marine américaine sur le théâtre des opérations, à l'exception des sous-marins équipés de missiles de croisière Tomahawk dont à peu près la moitié rate sa cible avec une (non)précision stupéfiante.
Et les problèmes sont loin d'être résolus. Un enfer financier se profile, quelle que soit la décision prise à Islamabad et au-delà, avec 10 000 milliards de dollars de bons du Trésor à refinancer en 2026. Le pétrodollar est quant à lui en passe de disparaître.
Le culte de la mort n'en finit pas de sévir.
Il ne faut jamais l'oublier. Le cartel Epstein ne sait pas coopérer. Le culte de la mort ne négocie pas : il se contente de créer des opportunités pour continuer à tuer tout ce qui bouge.
Les signes avant-coureurs sont bien là. S'il y a violation du cessez-le-feu - ce qui est déjà le cas - l'Iran et le Hezbollah riposteront massivement sans attaquer les intérêts américains.
Il est toutefois bien trop tôt pour affirmer que le Babouin de Barbarie a perdu la guerre sur les plans moral, juridique, politique, économique et stratégique.
Après tout, l'Empire du Chaos sera toujours intrinsèquement dans l'incapacité de parvenir à un accord, surtout quand son bilan fait état de deux attaques consécutives contre l'Iran pendant des négociations diplomatiques, ayant causé la mort du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, et de dizaines de négociateurs potentiels.
C'est toujours la même rengaine (reprenons en chœur !) : c'est une guerre totale contre les trois principaux soutiens d'un monde multipolaire, à savoir l'Iran, la Chine et la Russie.
La Chine mène sa barque, et quelques faits avérés
Avant le cessez-le-feu, la Chine importait 1,2 million de barils de pétrole iranien par jour, essentiellement via 26 pétroliers fantômes dont les transpondeurs étaient désactivés. Le paiement était effectué en yuans au péage du détroit d'Ormuz via le CIPS. Tout cela contournait le système SWIFT, les sanctions, le pétrolard et les assurances occidentales.
C'est donc un nouveau système alternatif de règlement des paiements de facto mis en place au goulot d'étranglement le plus vital de la planète.
Cette structure énergétique parallèle complexe n'est pas affectée par le cessez-le-feu, si tant est qu'il tienne. Mais le fait majeur est que la Chine bénéficie d'un répit supplémentaire : la menace de mettre fin à toute exportation de pétrole iranien, après l'épisode de la "Journée des centrales électriques" déclenchée par Barbaria, paraît pour l'instant écartée. On comprend mieux la logique derrière la garantie in extremis de la Chine à l'Iran.
Comparons cela aux "objectifs" avoués de l'Empire du chaos : provoquer un changement de régime, s'emparer de l'uranium enrichi, anéantir le programme de missiles et priver l'Iran de son pouvoir de projection. Ces objectifs ont tous viré à l'erreur stratégique monumentale, culminant avec le nouveau statut du détroit d'Ormuz.
L'Iran et Oman vont se coordonner pour prélever un péage sur chaque navire empruntant le détroit pendant le cessez-le-feu, et certainement au-delà, avec un cadre juridique précis. Imaginez des pétroliers américains traversant le détroit d'Ormuz après s'être acquittés d'un péage en yuans : une image hautement réjouissante, et ô combien ironique !
Il est toutefois évident que l'Empire du Chaos cherche à gagner du temps, alors que l'Iran conserve la main.
Voici le point essentiel à retenir du Conseil suprême de sécurité nationale en Iran :
"L'Iran a décidé, au plus haut niveau, de prendre part à deux semaines de négociations à Islamabad, uniquement sur la base des 10 conditions iraniennes. Mais attention, cela ne veut pas dire que la guerre est finie. L'Iran n'acceptera de mettre un terme au conflit qu'une fois ces principes confirmés en détail".
Passons brièvement en revue ces 10 points, "acceptés" en théorie par Trump
- engagement de non-agression
- contrôle de l'Iran sur le détroit d'Ormuz
- accord sur l'enrichissement de l'uranium
- annulation de toutes les sanctions primaires
- annulation de toutes les sanctions secondaires
- abrogation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU
- abrogation de toutes les résolutions du Conseil des gouverneurs de l'AIEA
- versement de réparations à l'Iran
- retrait des troupes américaines de la région
- arrêt de la guerre sur TOUS les fronts, y compris contre le Hezbollah au LIBAN.
L'Iran ne transigera pas sur la quasi-totalité de ces points. Le versement de réparations pourrait se transformer en recettes de péage du détroit d'Ormuz. Cependant, la levée des sanctions n'aura pas lieu. Le Congrès américain n'y consentira jamais. Une garantie des États-Unis de ne plus attaquer l'Iran relève de la science-fiction. En outre, l'Empire du chaos ne peut strictement rien garantir pour Gaza ou le Liban.
Pour l'Iran, il s'agit néanmoins d'un pari extrêmement risqué, et d'un test de taille pour la Chine en tant que principal garant. L'Iran a subi des destructions colossales, en particulier dans son industrie pétrochimique. Même avec d'importants investissements chinois, il faudra des années pour s'en remettre.
Les Trois Petits Cochons - Vance, Witkoff et Kushner - pourraient se rendre à Islamabad ce vendredi. Le ministre des Affaires étrangères, Araghchi - n'entamera de négociations sérieuses qu'avec l'un d'eux : Vance.
La civilisation survit donc, pour l'instant. Pour finir, quelques faits : 1) Les États-Unis ne sont plus une superpuissance. 2) L'Iran redevient une grande puissance mondiale. 3) La plupart des pétromonarchies du Golfe, manquant de courage, finiront tôt ou tard par expulser les bases militaires américaines. 4) Le Qatar et Oman concluront un accord de sécurité avec l'Iran.
Mais le problème principal demeure, et il concerne la planète entière : comment éradiquer ce cancer qui ronge l'Asie occidentale ?
Traduit par Spirit of Free Speech