09/04/2026 mondialisation.ca  7min #310525

Piégé en Iran, Trump ne peut être arrêté que par le peuple américain!

Par  Yorgos Mitralias

Tandis que, en dépit du cessez-le feu de deux semaines, la guerre continue de faire rage accumulant des milliers de morts et des destructions au Moyen (Golfe Persique) et au Proche (Liban) Orient, tout indique désormais que ce Trump malmené par les Iraniens, fou furieux, délirant, auto-piégé et menacé de se trouver bientôt en position de... Shah et Mat (comme par hasard, l'expression dérive du persan shâh mât, signifiant "le roi est pris en embuscade/désemparé"), est disposé de commettre -et de revendiquer ! - les pires crimes de guerre et contre l'humanité pour ne pas perdre la face et rester cramponné au pouvoir. Comme d'ailleurs tout indique qu'il n'y a aucun pays capable et décidé d'arrêter Trump et ses délires apocalyptiques.

Alors, un constat presque unanime est en train de faire son chemin : le salut contre le péril existentiel pour l'humanité représenté par Trump ne peut venir que de l'intérieur de son pays, du peuple américain lui-même ! De ce peuple américain qui d'ailleurs non seulement s'oppose déjà très majoritairement aux guerres et aux politiques de Trump, mais qui commence aussi à descendre massivement dans les rues de tout le pays pour manifester contre le "roi" Trump et son messianisme cauchemardesque. Et ce n'est pas un hasard que le premier à admettre et à tenir très sérieusement compte de cette perspective est Trump lui-même. Un Trump qui fait déjà tout en son pouvoir pour prévenir cette éventualité, qui pourrait se manifester de façon désastreuse pour lui aux élections plus que critiques de mi-mandat en novembre prochain.

Alors, étant donné tout ce qu'on sait déjà du total mépris que Trump nourrit pour les lois et la constitution de sa propre classe bourgeoise et capitaliste, on peut légitimement se poser la question suivante qui n'est pas du tout rhétorique : qui oserait prétendre que Trump est disposé d'accepter sans réagir violemment une défaite électorale qui aura comme conséquence que des nouvelles majorites parlementaires (au Senat et a la Chambre des Représentants) votent son "impeachment", donc sa destitution du pouvoir ?

Cependant, bien naïfs ceux qui croiraient que Trump va attendre tranquillement le résultat de ces élections de mi-mandat avant de réagir violemment. En réalité, il est plus que probable que prévoyant ce résultat désastreux pour lui, Trump n'hésitera pas de tout faire pour que ces élections n'aient pas lieu. De quelle manière ? Mais, en inventant une (nouvelle) guerre ou n'importe quelle grande crise qui servirait comme prétexte pour déclarer le pays en état d'exception. Ce qui lui permettra non seulement de restreindre drastiquement les droits et les libertés démocratiques, mais aussi de réaliser son vieux rêve : gouverner son pays, la première superpuissance du monde en dictateur ! Ce qui évidemment, ne va pas se passer sans provoquer des réactions (violentes) en chaine, notamment au sein de la majorité présidentielle et du mouvement MAGA déjà fracturé gravement. (1) Sans oublier ni l'armée américaine où sont rendues publics les premiers appels à la désobéissance aux ordres (illégales) de la Maison Blanche, ni les élites économiques du pays désormais divisées, ni le reste de la société américaine et surtout ceux d'en bas, qui voudront peut être en découdre une fois pour toutes...

Désormais, il ne s'agit plus ni d'un scenario de politique fiction, ni d'une lointaine éventualité. On est déjà en pleins préparatifs de cet affrontement et à seulement 8 mois des élections de mi-mandat. Alors, force est de constater que la situation actuelle se presente pleine d'inattendus et de surprises qui brouillent la façon traditionnelle de voir la scène politique des Etats-Unis dominée par le bipartisme monopolisant le pouvoir et la Maison Blanche. En effet, la tendance observée depuis plusieurs ans, marquée par la désaffection des américains envers les deux partis traditionnels, ainsi que par l'extrême polarisation politique de la société américaine, continue et même s'accentue actuellement au point d'atteindre des records historiques. Mais, ce qui est peut être encore plus important c'est que cette désaffection est plus prononcée parmi les Démocrates bien que leur parti ne soit plus au gouvernement.

C'est ainsi que selon une enquête de la CNNi publiée il y a quelques jours, (2) ceux qui disent vouloir voter en faveur des Démocrates aux élections de mi-terme, apprécient leur parti Démocrate bien moins que ceux qui voteront Républicains apprécient le leur. En somme, les Démocrates iront aux urnes massivement pour voter contre Trump plutôt qu'en faveur de leur parti bien déconsidéré à leurs yeux ! Et la même chose vaut aussi pour ceux catalogués comme "indépendants", qui comptent aller aux urnes en masse pour punir les Républicains de Trump, tout en s'opposant à la mollesse avec laquelle le parti Démocrate s'oppose à l'administration Trump.

La leçon à tirer des résultats de cette enquête, confirmés d'ailleurs quotidiennement par les péripéties de la vie politique et sociale du pays, est que le bipartisme américain est en train de traverser sa crise la plus grave, sa crise historique. Et surtout, que la crise encore plus profonde du parti Démocrate et de son "establishment", rend non seulement possible mais aussi impérieuse la création d'un troisième parti de masse représentant de façon autonome et indépendante les salariéEs et ceux d'en bas.

Cependant, force est de constater que les voix en faveur de la creation de ce troisieme parti des travailleurs se comptent, pour l'instant, aux Etats-Unis sur les doigts d'une main. Pratiquement personne parmi les personnalités de la gauche indépendante ou semi-indépendante du parti Démocrate, n'ose encore appeler publiquement ni à rompre définitivement avec ce parti, ni à construire une nouvelle grande formation socialiste. Et cela bien que les organisations progressistes comme celle de Working Families et socialistes comme les Democratic Socialists of America (DSA) revendiquent plus de 600.000 membres la première, et plus de 100.000 membres la seconde. Et aussi et surtout, bien que les divers clones politiques du maire de New York Zohran Mamdani soient en train de se multiplier un peu partout au pays, a l'instar de cette nouvelle etoile montante des Démocrates au... Texas, le jeune pasteur totalement atypique James Talarico qui fait un malheur en déclarant une véritable guerre aux "Chrétiens Nationalistes", avec des thèses très radicales sur des questions brulantes qui vont des droits des travailleurs, des femmes et des LGBT à la défense sans concessions des Palestriniens contre Israël, la denonciation de la guerre contre l'Iran, et la condamnation sans détours des politiques en faveur des combustibles fossiles au nom du combat contre la catastrophe climatique.

Toutefois, ne désespérons pas car cette absence des positionnements claires et nettes en faveur du troisième grand parti de gauche risque d'être de courte durée. Pourquoi ? Mais, parce que nous croyons dur comme fer que Trump ne s'avouera jamais vaincu, et fort de ces 32%-33% des américains bien bétonnés, qui le suivent aveuglement et soutiennent depuis 10 ans même ses pires "folies", fera absolument tout pour rester cramponné au pouvoir. Et cela même s'il perd les élections de mi-terme avec résultat qu'il soit destitué par les nouvelles majorités au Senat et à la Chambre des Représentants. Dans une telle situation, qui préfigurera une véritable guerre civile, la création de ce troisième parti des travailleurs et de tous ceux et celles disposéEs de se battre contre Trump et sa réaction fasciste, apparaitra comme une évidence presque existentielle. Alors, le devoir des gens de gauche un tant soit peu clairvoyants et responsables, est de ne pas attendre la dernière minute, mais d'entreprendre dès maintenant les préparatifs pour la création de cette grande formation de combat de ceux d'en bas. Car désormais chaque minute compte et l'ennemi de classe est puissant, terriblement féroce et ne cache plus ses intentions apocalyptiques...

Yorgos Mitralias

Notes :

(1) Voir notre article Libertariens contre Néoconservateurs-La guerre fracture le sommet du trumpisme ! :  pressegauche.org

(2) A new CNN poll reveals how people mad at both parties see the midterms :  edition.cnn.com

*

Yorgos Mitralias :Journaliste, Giorgos Mitralias est l'un des fondateurs et animateurs du  Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l'Audit de la Dette. Membre de la  Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l'appel de soutien à cette Commission.

La source originale de cet article est  CADTM

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