10/04/2026 reseauinternational.net  24min #310621

La base sicilienne de Sigonella dans les scénarios de guerre internationaux actuels

par Antonio Mazzeo

L'analyse des trajectoires des aéronefs avec et sans pilote des forces armées usaméricaines stationnées sur la base sicilienne de Sigonella confirme le rôle clé de cette infrastructure dans les scénarios de guerre internationaux les plus sanglants, depuis le conflit russo-ukrainien (plus proprement désormais russo-OTANESQUE), jusqu'au génocide perpétré par Israël contre la population palestinienne de la bande de Gaza, en passant par les raids israéliens contre la Syrie, le Liban, le Yémen et l'Iran.

Grâce à l'activité de surveillance d' ItaMilradar, il est possible de reconstituer certaines des opérations les plus significatives du point de vue stratégico-militaire, effectuées par les drones de renseignement et les patrouilleurs maritimes usaméricains. Il s'agit de véritables interventions de guerre qui impliquent dangereusement la Sicile en violation de la Constitution italienne et des normes du droit international, accélérant les processus de militarisation du territoire et exposant de plus en plus l'île à d'éventuelles représailles de la part des pays et/ou acteurs armés ciblés par des incursions usaméricaines et de l'OTAN.

Les "Global Hawk" de Sigonella contre la Russie

La dernière mission surveillée par le site spécialisé ItaMilRadar remonte à la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 janvier 2026. Un drone RQ-4B "Global Hawk" de l'US Air Force dénommé "FORTE10", après avoir décollé de la base de Sigonella, a effectué une longue mission de renseignement et de reconnaissance en Europe centrale et orientale.

Après avoir quitté la base sicilienne, le "Global Hawk" a traversé l'espace aérien de la Grèce et des Balkans, pour ensuite se diriger vers la Pologne et la Lituanie. À la fin de la mission, le drone est retourné à Sigonella.

"Bien qu'aucun détail public ne soit disponible sur l'opération, la géométrie de la trajectoire suggère qu'il s'agissait d'une mission ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) classique à longue portée sur des objectifs en Europe orientale et nord-orientale", écrivent les analystes d'ItaMilRadar. "La trajectoire de vol a inclus de longues lignes droites et des changements de direction au-dessus de la Pologne et de la région baltique. Le type de profil montre que le RQ-4B a collecté d'importantes données de renseignement dans plusieurs régions en une seule sortie".

"Ce qui rend cette mission notable, ce n'est pas sa nouveauté mais sa régularité", ajoute ItaMilRadar. "Après des semaines de vols répétés de"FORTE"dans des zones géographiques similaires, la mission de la nuit du 14 au 15 janvier confirme que ces activités ISR à longue portée font partie d'une tendance opérationnelle constante plutôt qu'une simple réaction à un événement isolé. Le vol d'aujourd'hui s'inscrit dans un schéma plus large déjà observé les jours précédents, avec des appareils usaméricains et de l'OTAN qui maintiennent une conscience situationnelle (situation awareness) continue autour des frontières de l'Ukraine, de la Biélorussie et de l'enclave russe de Kaliningrad".

ItaMilRadar souligne également comment l'utilisation de la NAS (Naval Air Station) Sigonella comme base de départ et d'arrivée de ces missions met en évidence le rôle de hub stratégique qu'elle a assumé dans le cadre des opérations ISR de l'Alliance atlantique. "Depuis le sud de l'Italie, des plateformes comme le drone RQ-4B peuvent atteindre la Méditerranée orientale, la mer Noire et la région baltique en une seule mission, offrant une flexibilité stratégique que d'autres emplacements différents ne pourraient pas obtenir. Le vol met une fois de plus en évidence le rôle central de Sigonella en soutien à la couverture ISR à haute altitude et de longue durée du flanc oriental de l'OTAN".

Le 6 janvier 2026, c'était un autre RQ-4B "FORTE10" de l'US Air Force qui effectuait une longue mission ISR en Europe orientale et en mer Noire. "Le vol parti de Sigonella met encore une fois en évidence l'attention de Washington sur ce qui se passe en Europe de l'Est", souligne ItaMilRadar. "La mission est importante non seulement pour son objectif géographique mais aussi pour sa durée. C'est la première mission effectuée par"FORTE"cette année, et elle suit des semaines de grande attention sur l'activité militaire russe dans la région de la mer Noire et les nombreuses sorties des aéronefs usaméricains et de l'OTAN ces derniers jours. L'apparition d'aujourd'hui du RQ-4B s'inscrit dans un schéma bien établi : surveillance persistante, à haute altitude pour assurer une couverture de longue durée des zones maritimes et côtières sensibles sans pénétrer dans l'espace aérien contesté".

Le drone décollé de Sigonella a survolé pendant des heures l'espace aérien international de la mer Noire, où les "Global Hawks" usaméricains recueillent habituellement des signaux radar, des données et des images de renseignement. "Ces missions sont particulièrement précieuses compte tenu des restrictions en vigueur sur l'accès naval et aérien dans certaines parties de cette mer ; elles permettent également la surveillance constante des mouvements militaires, des déploiements navals et des activités de défense aérienne le long du flanc sud de la Russie".

"On ne dispose pas de sources ouvertes sur d'éventuelles cibles d'intérêt spécifique pour cette mission, mais la présence de"FORTE10"sur la mer Noire coïncide généralement avec des périodes d'activité navale ou aérienne accrue, d'exercices, ou de niveaux d'alerte plus élevés le long du front de guerre russo-ukrainien et en Crimée", relèvent les analystes militaires.

Escalade des vols usaméricains sur le théâtre de guerre ukrainien

En réalité, ces dernières semaines, les activités sur l'échiquier de guerre russo-ukrainien des "Global Hawk" de l'US Air Force stationnés sur la base sicilienne sont devenues plus nombreuses et plus complexes. ItaMilRadar, en particulier, a tracé le 19 novembre 2025 la route d'un drone RQ-4B - Sicile-Grèce-Bulgarie - jusqu'à l'espace aérien de la Slovaquie, de la Pologne et, enfin, de la Baltique, où l'aéronef est resté en vol pendant plus de 24 heures "surveillant des régions d'intérêt stratégique comme Kaliningrad, la Russie occidentale et la Biélorussie".

Une activité de renseignement prolongée a encore été menée par un "Global Hawk" de Sigonella dans l'espace aérien de l'enclave russe de Kaliningrad le 4 décembre 2025. La route a couvert une fois de plus le couloir aérien de la région au sud de la mer Baltique, "une zone qui accueille normalement l'activité ISR occidentale compte tenu de la forte concentration d'unités militaires russes à Kaliningrad", rapporte ItaMilRadar.

"Le vol d'aujourd'hui du FORTE10 a été plus large et plus long que d'habitude, suggérant une mission visant à maximiser la couverture du couloir entre la Pologne et la Lituanie (le couloir de Suwałki) et des approches maritimes de Kaliningrad. Ce type d'intervention est cohérent avec la collecte de signaux stratégiques de renseignement, particulièrement importants dans les périodes d'activité militaire accrue dans la région".

Une mission ultérieure dans la région baltique a été effectuée par un RQ-4B "Global Hawk" de Sigonella dans la nuit du 8 au 9 décembre 2025. Dans ce cas, le drone s'est aventuré beaucoup plus à l'est, survolant le golfe de Botnie pour ensuite s'enfoncer encore plus profondément dans l'espace aérien de la Suède et de la Finlande orientale, très près de la région occidentale de la Russie.

Kaliningrad a encore été la cible de la mission du "Global Hawk" avec le code de vol 11-2046, décollé de Sigonella le 11 décembre 2025. "Le drone a effectué des orbites répétées le long des frontières de la Lituanie et de la Pologne avec l'enclave russe, dans le but de collecter des données stratégiques sur les mouvements, les communications et les activités de défense aérienne des unités russes", expliquent les analystes. "Après avoir terminé son travail autour de Kaliningrad, FORTE10 a continué sa route vers le nord en traversant la Lettonie et l'Estonie, étendant ensuite la mission encore plus loin avant de retourner en Sicile après avoir survolé les Balkans".

Le 15 décembre, un autre "Global Hawk" de l'US Air Force a rejoint depuis Sigonella la mer Noire et la zone proche de Kaliningrad. "La trajectoire de vol indique clairement la réalisation d'une mission visant une large collecte de données de renseignement, surtout focalisée sur l'activité de défense aérienne, les émissions radar et les mouvements le long des zones côtières contrôlées par la Russie", rapporte ItaMilRadar.

Les Poseidon de l'US Navy ciblent aussi la Russie

Aux mêmes heures, était tracée la mission "prolongée" sur la mer Noire occidentale d'un patrouilleur Boeing P-8A "Poseidon" de l'US Navy, lui aussi décollé de la base sicilienne de Sigonella. "L'aéronef a opéré dans l'espace aérien international au large des côtes de la Roumanie et de la Bulgarie", relèvent les analystes. "Après avoir terminé ses activités initiales en mer Noire, le Boeing P-8A"Poseidon"s'est repositionné plus à l'est et a effectué une période prolongée en orbite sur l'espace aérien international au large de la ville russe de Novorossiysk. Cette zone est d'un intérêt particulier car elle abrite une base clé de la flotte de la marine militaire russe en mer Noire ainsi qu'une série d'infrastructures navales importantes. Le transit prolongé sur cette zone suggère l'effort d'obtenir le maximum de données sensibles sur les activités navales, les mouvements portuaires et les possibles opérations des sous-marins russes".

Le hasard veut que ce soit précisément le 15 décembre 2025 qu'ait été enregistrée l'attaque par les forces armées ukrainiennes avec un drone naval contre un sous-marin nucléaire russe amarré dans le port de Novorossiysk. La frappe a causé d'importants dégâts aux infrastructures logistiques portuaires et à un flanc du sous-marin. "On ne sait pas s'il y a un lien avec la mission du patrouilleur P-8A observée dans l'après-midi d'aujourd'hui, mais la coïncidence temporelle soulève plus d'une question", commente ItaMilRadar. "Les deux appareils ISR d'importance notable, actifs simultanément sur la mer Noire, confirment une fois de plus l'importance stratégique de la zone pour les opérations de très haute alerte de l'OTAN. La présence concurrente d'un P-8A"Poseidon"et d'un RQ-4B"Global Hawk"met en évidence une approche ISR stratifiée sur plusieurs niveaux, combinant les capacités de patrouille maritime avec la surveillance à grande altitude. Ce type de coordination est devenu de plus en plus courant depuis le début de la guerre en Ukraine, tout comme les opérations des"Global Hawk"sur la mer Noire sont devenues moins fréquentes par rapport aux premières phases du conflit, tandis que l'attention sur le théâtre baltique a augmenté".

Réalisés par le géant industriel Boeing en modifiant les appareils 737/800 employés dans le secteur commercial, les "Poseidon" sont équipés de radars sophistiqués APY-10 qui peuvent cartographier une zone de 10 000 mètres carrés à une distance de plus de 220 miles (=354 km). Les avions peuvent être employés contre des cibles de surface et en plongée en lançant des missiles antinavires AGM-84 Harpoon et des torpilles Mark 54.

Toujours relativement aux activités les plus récentes des patrouilleurs P-8A de l'US Navy stationnés à Sigonella, il faut signaler les missions dans le secteur central et oriental de la mer Noire effectuées les 13, 18 et 20 décembre 2025. En particulier le 20, le patrouilleur a opéré pendant plusieurs heures à proximité de la péninsule de Crimée et de la zone portuaire de Novorossiysk. "Compte tenu de la durée et de la profondeur de cette mission, il est plausible qu'il s'agisse d'une surveillance attentive des couloirs maritimes et de la zone côtière utilisés par les unités de la marine militaire russe opérant depuis la base navale de Novorossiysk", écrit ItaMilRadar.

Depuis le début du conflit en Ukraine, le port de Novorossiysk est devenu le siège de la flotte russe en mer Noire, à la suite également de la moindre utilisation et de la plus grande vulnérabilité de la base de Sébastopol. Cette dernière localité a été soumise par le passé à des frappes répétées de la part des forces armées ukrainiennes. En particulier le 23 juin 2024 à 12 heures locales, l'Ukraine a attaqué la Crimée en lançant 5 missiles "Atacms" de production usaméricaine. Selon ce qui a été officiellement déclaré par Moscou, quatre missiles auraient été neutralisés par la défense antiaérienne tandis que le cinquième est tombé sur une plage de Sébastopol, causant la mort de cinq personnes dont trois enfants, tandis que 120 autres personnes auraient été blessées.

Aux mêmes heures de l'attaque par missiles en Crimée, plusieurs analystes internationaux ont tracé le vol d'un drone "Global Hawk" de l'US Air Force : après le décollage de la base sicilienne de Sigonella, il a atteint la mer Noire ; à environ 200 km au sud de la ville de Yalta (Crimée), l'aéronef a éteint son transpondeur, se rendant invisible aux appareils radar. Le drone est ensuite rentré à Sigonella dans la matinée du 24 juin.

Les patrouilleurs usaméricains de Sigonella ne lâchent pas prise : ils mettent les bouchées doubles

Le 22 décembre 2025 ont été tracés les vols simultanés sur la mer Noire d'un P-8A "Poseidon" de l'US Navy et d'un avion-espion Gulfstream E.550 CAEW de l'Armée de l'Air italienne, en dotation à la 14ème Escadrille de Pratica di Mare. L'aéronef italien a survolé à plusieurs reprises l'espace aérien près de la ville de Constanța, en Roumanie. "Depuis cette position, l'avion a fourni une surveillance aérienne et terrestre à longue portée, opérant comme centre de commandement et de contrôle aérien le long du flanc oriental de l'OTAN", explique ItaMilRadar. "En même temps, un P-8A Poseidon de l'US Navy a mené une mission de longue durée couvrant une grande partie de la mer Noire. Initialement, il a opéré dans le secteur occidental pour ensuite étendre son activité plus à l'est, jusqu'à l'intérieur du bassin. L'ensemble du profil de vol est cohérent avec une vaste mission ISR visant à obtenir une conscience de la situation maritime globale plutôt qu'à se concentrer sur une seule zone".

"Cette large couverture est particulièrement pertinente dans la phase actuelle du conflit", ajoutent les analystes. "Ces derniers jours, l'activité navale russe a semblé plus prudente, spécialement en mer Noire orientale, à la suite des attaques ukrainiennes contre les infrastructures militaires et les objectifs navals. Opérant à la fois dans les secteurs occidentaux et orientaux, le P-8A a probablement été chargé de surveiller les mouvements des unités de surface, les changements de posture et les éventuels redéploiements".

"Ce qui ressort de l'activité d'aujourd'hui, c'est la simultanéité des deux missions : tandis que le P-8A se focalise sur la surveillance maritime du bassin, le CAEW italien assure un commandement aérien plus proche du territoire de l'OTAN, renforçant le coordination et l'échange d'informations entre les forces armées alliées", concluent les analystes. "L'Italie continue d'employer sa flotte CAEW dans la région de la mer Noire en envoyant un signal clair d'engagement sur le flanc est de l'OTAN, tandis que la présence persistante des Poseidon de l'US Navy confirme leur rôle central dans la surveillance de l'activité navale de la Russie. Sur un théâtre où le renseignement et l'alerte rapide sont décisifs, des missions comme celle d'aujourd'hui influencent modérément l'équilibre, assurant une visibilité et une pression constantes, même sans une escalade ouverte".

L'après-midi du 23 décembre 2025, le front nord-oriental a été le théâtre de deux missions ISR simultanées de deux patrouilleurs Boeing P-8A Poseidon de l'US Navy, toutes deux dans le but de surveiller deux importants hubs navals militaires russes. Bien qu'indépendantes l'une de l'autre, les deux opérations ont partagé leur logique stratégique : mettre sous étroite observation les principales bases de la marine militaire russe dans l'Arctique et en mer Noire.

"La première mission a eu lieu sur le nord de l'Atlantique et dans la mer de Barents", rapporte ItaMilRadar. "Depuis cette position, l'aéronef a surveillé la zone liée à Mourmansk, siège de la flotte du Nord de la Russie. Mourmansk reste une pierre angulaire de la puissance navale de Moscou, abritant des infrastructures stratégiques pour les sous-marins, y compris les unités liées à la dissuasion nucléaire. L'activité de surveillance dans cette région est donc une priorité constante pour l'aviation navale de l'OTAN".

"Ensuite, un autre patrouilleur"Poseidon"a effectué une mission sur la mer Noire, principalement destinée à surveiller les eaux au large de Novorossiysk, l'un des plus importants hubs navals russes dans la région", ajoutent les analystes. "À la suite des attaques répétées de l'Ukraine et de la réduction progressive de l'opérationnalité maritime de la Russie enregistrée un peu partout, Novorossiysk est devenue encore plus centrale pour les unités de surface et pour les sous-marins opérant en mer Noire". Grâce à la double mission simultanée, les patrouilleurs de l'US Navy ont assuré la "couverture" des deux piliers centraux de la posture militaire de la Russie : la flotte septentrionale dans l'Arctique et celle de la mer Noire au sud.

"Les deux sorties mettent encore une fois en évidence la flexibilité des patrouilleurs P-8A et l'habileté de l'US Navy à soutenir une surveillance maritime persistante à travers de vastes espaces", ajoute ItaMilRadar. "Des eaux glacées de la mer de Barents au bassin contesté de la mer Noire, les principales bases navales russes restent sous observation constante".

La pression des P-8A "Poseidon" stationnés à Sigonella sur les flottes russes déployées dans l'Arctique et en mer Noire s'est poursuivie avec intensité jusqu'à aujourd'hui. Une mission de renseignement et de surveillance a été effectuée le 31 décembre au sud de Novorossiysk ; une autre le 3 janvier 2026 dans la mer Baltique et dans les régions plus au nord, principalement dans la zone proche de la ville de Saint-Pétersbourg et dans la région de Mourmansk. La sortie, dans ce dernier cas, a été tracée depuis son départ d'Islande jusqu'à la traversée de l'espace aérien de la Norvège.

Les jours précédents, la zone proche de Saint-Pétersbourg avait été un objectif central des opérations de surveillance des aéronefs de l'OTAN, en raison de sa pertinence pour le mouvement des unités navales et des sous-marins russes et pour la défense des infrastructures navales les plus sensibles.

"Le plus important est cependant ce qui s'est passé ensuite", rapportent les analystes. "Après avoir terminé le segment baltique, le"Poseidon"n'est pas immédiatement rentré à sa base. Au contraire, il s'est déplacé vers le Grand Nord et la région de la mer de Barents, avec une trajectoire de vol dirigée vers Mourmansk, une zone qui abrite la flotte septentrionale russe, avec ses unités navales stratégiques les plus importantes. L'habileté à se transférer, en quelques heures, de la mer Baltique à la vaste zone militairement sensible de Barents envoie un message clair sur les capacités d'intervention rapide et de recherche usaméricaines".

"Stratégiquement - conclut ItaMilRadar - plutôt que de considérer séparément la Baltique et l'Arctique, l'OTAN semble être intentionnée à renforcer une vision plus intégrée du scénario maritime septentrional. La posture maritime russe dans la Baltique ne peut être pleinement comprise sans considérer les développements autour de la péninsule de Kola et, vice versa. Un seul avion reliant les deux zones en une seule mission renforce ce message".

Patrouilleurs de Sigonella pour le génocide de Gaza

Les patrouilleurs P-8A "Poseidon" déployés à Sigonella ont assumé un rôle clé également dans le cadre des opérations usaméricaines de soutien aux campagnes de guerre d'Israël contre les territoires palestiniens et contre certains pays voisins.

Le soir du 9 décembre 2025 a été tracée une mission "inusuelle" d'un patrouilleur de l'US Navy en Méditerranée orientale : au lieu des activités normales de surveillance dans cette zone maritime, l'aéronef a effectué une route "irrégulière et atypique" au sud de Chypre, avec de nombreuses trajectoires orbitales sur les zones voisines. En particulier, le "Poseidon" a mené une activité ISR dans l'espace aérien proche de la Syrie et du Liban.

"La mission s'est déroulée au milieu du bassin, entre Chypre et la côte égyptienne, une zone où des missions de ce genre de la part d'un Poseidon ont rarement été observées", rapportent les analystes d'ItaMilRadar. "Compte tenu de la nature de l'aéronef et de la géométrie inusuelle de la trajectoire, il est possible que le P-8A se soit concentré sur une unité navale spécifique d'intérêt en transit dans la région. Bien que cela ne puisse être confirmé par des informations publiques, les orbites répétées suggèrent une opération bien finalisée et non une surveillance de routine".

L'après-midi du 2 janvier 2026 a été tracée une nouvelle incursion "prolongée" du patrouilleur de l'US Navy sur l'espace aérien de la Méditerranée orientale, après que l'aéronef a attendu au sud-est de l'île de Crète un avion ravitailleur KC-135T "Stratotanker" de l'Armée de l'Air usaméricaine. "Il s'agit d'un événement digne de mention tant pour la coordination entre les deux appareils aériens que pour la décision de mener le ravitaillement en vol pendant une mission nocturne dans une zone particulièrement critique du bassin", note ItaMilRadar.

"L'implication d'un KC-135T ajoute un niveau important à la mission", expliquent les analystes. "Bien que le P-8A soit capable de se ravitailler en vol, cette option n'est pas encore relativement courante pour les missions de patrouille maritime en Méditerranée, où la durée relative des activités ne le rend pas nécessaire. Le choix de ravitailler en vol et de le faire pendant la nuit indique la nécessité de pouvoir opérer beaucoup plus longtemps, bien au-delà d'une patrouille de routine".

Le rôle de la base sicilienne a également été central pendant les bombardements israéliens contre l'Iran en juin 2025.

ItaMilRadar, les 13, 15 et 16 juin, a documenté de longues évolutions dans l'espace aérien proche d'Israël, du Liban et de la bande de Gaza par un avion-espion Boeing P-8 "Poseidon" décollé de Sigonella.

"L'avion a effectué des missions de surveillance particulièrement inhabituelles au large de la côte israélienne", écrivent les analystes d'ItaMilRadar. "Le Poseidon a volé à basse altitude - descendant parfois en dessous de 800 pieds (243 mètres d'altitude) - suggérant la possible recherche de quelque chose qui naviguait sous la surface de la mer".

"Il est préférable de rester prudent sur ces vols de reconnaissance", ajoutent les analystes. "Ces deux derniers jours, les Poseidon sont revenus voler à des altitudes plus élevées, continuant à surveiller la région - tenant probablement un œil sur des navires de surface suspects, y compris les unités cargos qui pourraient potentiellement transporter des armes pour tenter d'attaquer Israël".

Les drones "Triton" au service de l'aventurisme guerrier israélien

Quelques heures après le bombardement des sites nucléaires iraniens de Fordow, Natanz et Ispahan, la nuit du solstice d'été, un grand drone MQ-4C "Triton" de la Marine militaire des USA a effectué une longue mission de renseignement, surveillance et reconnaissance dans l'espace aérien du détroit d'Ormuz et du golfe Persique.

Une partie de la route de vol de l'aéronef de guerre, enregistré sous le numéro 169661 (nom de code Overlord), a été tracée par ItaMilRadar. "Le MQ-4C Triton de l'US Navy - expliquent les analystes - a survolé le détroit d'Ormuz, Oman et les Émirats arabes unis au cours de la matinée du dimanche 22 juin, probablement pour surveiller les réactions de l'Iran à l'attaque des bombardiers B-2 et avoir pleine connaissance de ce qui arrivait aux forces navales usaméricaines présentes dans la zone".

Il n'a pas été possible d'identifier l'escale de départ et d'arrivée de l'aéronef sans pilote, mais le "Triton" numéro 169661 est normalement assigné par le Pentagone à la station de Sigonella, dans le cadre du programme de "large surveillance aéro-maritime" BAMS (Broad Area Maritime Surveillance) en Méditerranée.

Dans la matinée du 23 juin 2025 également, a été surveillé le décollage de Sigonella d'un drone RQ-4B "Global Hawk" de l'US Air Force (identifié par le numéro 09-2049) qui a ensuite rejoint l'espace aérien entre l'île de Chypre et l'Égypte. "Il s'agit d'une mission inhabituelle pour un Global Hawk", écrivent les analystes d'ItaMilRadar. "La zone de la Méditerranée orientale est la même où ont été observées de nombreuses activités des patrouilleurs P-8A Poseidon de l'US Navy, eux aussi déployés à Sigonella. Ce qui frappe cette fois-ci, c'est la distance relative de la zone de patrouille par rapport aux côtes du Moyen-Orient, activité normalement effectuée non pas par les appareils aériens de l'US Air Force mais par ceux de l'US Navy. Alors que les drones MQ-4C de la Marine usaméricaine opèrent spécifiquement en Méditerranée, les Global Hawk de l'Armée de l'Air sont couramment employés dans les cieux de la mer Noire et de la région baltique. On ne sait pas encore ce qui a capté l'attention usaméricaine, mais la concentration des missions récentes dans cette zone confirme l'intérêt toujours plus grand qu'elle revêt pour Washington".

Les drones de nouvelle génération MQ-4C "Triton" que la Marine usaméricaine a transférés depuis deux ans à Sigonella, participent avec une fréquence croissante aux opérations ISR en Méditerranée orientale, sur les côtes d'Israël, de la Syrie, du Liban et de la bande de Gaza.

Le MQ-4C "Triton" est la variante navale du "Global Hawk", spécifiquement conçu pour des missions de surveillance maritime de longue durée. "Avec une autonomie de plus de 24 heures et une altitude opérationnelle de vol de plus de 54 000 pieds (=16,4 km), le Triton peut surveiller de vastes zones de la Méditerranée et du Moyen-Orient", rapportent les analystes d'ItaMilradar. "Le drone fournit des données de renseignement critiques en soutien aux opérations navales usaméricaines et des pays alliés".

L'escalade quantitative et qualitative des opérations des "Triton" est devenue évidente le 20 août 2025. Après le décollage de la base de Sigonella, un drone MQ-4C a effectué une longue mission ISR dans l'espace aérien de la Méditerranée orientale. Le "Triton" (immatriculation 169804, indicatif BLACKCAT6) a survolé pendant plusieurs heures les côtes d'Israël et du Liban pour ensuite se déplacer vers l'île de Chypre et l'Égypte.

"La mission d'aujourd'hui met en évidence la pertinence stratégique croissante qu'a prise la Méditerranée orientale", a commenté ItaMilRadar. "La zone est actuellement d'un intérêt particulier non seulement pour le conflit en cours au Moyen-Orient et pour les tensions croissantes qui impliquent Israël, le Hezbollah et la Syrie, mais aussi en raison de la présence d'unités de guerre russes opérant dans la région". L'opération de l'aéronef usaméricain a cependant coïncidé avec le début de l'occupation militaire israélienne complète de la bande de Gaza visant à la "solution finale" par la déportation de plus d'un million de Palestiniens de Gaza Ville.

Le 20 août 2025, un MQ-4C de l'US Navy, après son décollage de la base sicilienne, a effectué une activité ISR "intense" survolant les côtes des pays bordant la Méditerranée orientale. Le "Triton" a opéré conjointement avec un patrouilleur P-8A "Poseidon", lui aussi décollé de Sigonella et positionné au large des côtes syriennes et libanaises. "Les routes de l'aéronef sans pilote tracées plusieurs fois à côté de celles du"Poseidon"confirment le haut niveau d'intérêt pour les mouvements des unités navales et des forces militaires dans la région", expliquent les analystes.

Des armes usaméricaines et italiennes de Sigonella vers Israël et l'Ukraine

La base sicilienne de Sigonella n'a pas seulement joué un rôle clé dans les opérations de renseignement, reconnaissance et surveillance usaméricaines en soutien aux bombardements israéliens dans la bande de Gaza après le 7 octobre 2023.

Sigonella a été utilisée en effet par les forces armées usaméricaines aussi comme base de transit des avions cargos C-17A "Globemaster III" qui ont transféré des armes, munitions et équipements de guerre des USA et/ou de l'Allemagne jusqu'à la base aérienne israélienne de Nevatim, dans le désert du Néguev, à quelques kilomètres de la ville de Beersheba.

La première escale "technique" d'un C-17A à Sigonella a été enregistrée le 13 octobre 2023. Le "Globemaster III" a été identifié avec le code de vol "RCH794" assigné aux aéronefs dépendant de l'Air Mobility Command (Commandement Mobilité Aérienne) des forces aériennes des USA, responsable pour tous les avions de transport stratégique, tactique et de ravitaillement en vol, avec quartier général à la Scott Air Force Base, Illinois.

Il a été établi que le grand avion cargo avait décollé le soir du 12 octobre de l'aéroport international civilo-militaire de Tucson (Arizona) à destination de la grande base aérienne de Ramstein (Allemagne). Le C-17A "Globemaster III" a ensuite quitté la base allemande à 12h39 le 13 octobre pour atterrir deux heures et douze minutes plus tard à NAS Sigonella. De la base sicilienne, l'aéronef a décollé moins de deux heures plus tard vers Israël pour atterrir à 22h08 locales. Aux premières heures du 14 octobre, le C-17A de l'US Air Force est revenu à Sigonella.

Après le 7 octobre 2023, la base sicilienne a été utilisée au moins une fois aussi pour l'escale "technico-opérationnelle" d'un aéronef en dotation aux forces armées d'Israël, très probablement pour effectuer des opérations de chargement d'armes usaméricaines.

Le 2 septembre 2025, vers 18h40, un avion cargo de l'armée israélienne a atterri à Sigonella. Identifié par le sigle IAF (Israeli Air Force) 292, le vol était parti de la base israélienne de Nevatim à 15h10. L'aéronef est ensuite reparti de la base sicilienne à 22h15, pour arriver à Nevatim à 3h09 heure locale. Il s'agirait spécifiquement d'un avion KC-130H "Karnaf", employé par l'armée israélienne pour le transport lourd. Le transit de l'appareil a eu lieu précisément alors qu'à Catane et Syracuse on se préparait à faire partir les embarcations de la Global Sumud Flotilla, l'une des missions navales non violentes internationales visant à briser le blocus naval illégal de la bande de Gaza par la marine israélienne.

Il faut enfin signaler que de Sigonella ont également décollé les vols cargo de l'Armée de l'Air italienne employés pour le transfert d'armes et munitions que notre pays a données à l'Ukraine.

Le 19 novembre 2024 a été tracé le vol d'un avion de transport Boeing KC-767A de l'Armée de l'Air italienne qui, après avoir quitté les pistes de la base sicilienne, a atterri sur l'escale de Rzeszów (Pologne orientale) où les alliés de l'OTAN ont installé un grand hub pour les "aides" militaires (systèmes d'arme, munitions, véhicules, etc.) destinés aux forces armées de Kiev.

ItaMilradar a souligné qu'il s'agissait de la deuxième fois qu'un aéronef cargo italien effectuait la route Sigonella-Rzeszów depuis le début du sanglant conflit russo-ukrainien.

L'Italie est le seul pays de l'OTAN qui a décrété le secret militaire sur toute information concernant la quantité, le type et la valeur des systèmes d'arme envoyés aux forces armées ukrainiennes.

source :  Antonio Mazzeo via  Fausto Giudice

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