13/04/2026 reseauinternational.net  9min #310846

Chroniques du jour d'avant-demain. Beyrouth, Melania Trump etc.

par Pr Djamel Labidi

Au jour le jour : Beyrouth martyre, Melania Trump, les ombres de l'antisémitisme, les négociations d'Islamabad, le racisme hors norme, la Lune...

Beyrouth, martyre

Mercredi 8 avril : Israël bombarde Beyrouth. 300 morts. 1000 blessés. Un carnage. L'assassinat pour l'assassinat. Israël dit qu'il est aux avant-postes de l'Occident. La défense du "monde libre", civilisé".

Netanyahou indique ainsi à Trump qu'il refuse le cessez-le feu. Il dit que celui-ci ne concerne que la guerre avec l'Iran. Après avoir clamé depuis des décennies que le Hizbollah était le proxy de l'Iran, et que sans l'Iran il n'y aurait pas de Hizbollah et donc de guerre avec le Liban, Israël veut séparer ainsi le cessez le feu avec l'Iran, de celui au Liban. Ses relais sur les plateaux mainstream essaient laborieusement de donner une cohérence à tout cela. Jusqu'où, jusqu'à quand Israël va-t-il entrainer dans son délire sanglant l'Occident ?

Melania Trump

9 Avril. Étrange. Au moment même où Trump prend ses distances avec Netanyahou en concluant un cessez-le-feu sans l'avertir, sans son accord, l'affaire Epstein ressurgit pour embarrasser Trump. Et par le relais de qui ? Sa propre épouse, la première dame des États-Unis, Melania Trump. En pleine conflit avec l'Iran, au moment où est annoncé un cessez-le-feu, Melania prend la parole solennellement de la Maison-Blanche, entre deux drapeaux des États-Unis, du lieu même où son mari Donald Trump, 45 et 47 -ème président des États-Unis d'Amérique s'adresse à la nation. Et elle parle de quoi, de l'affaire Epstein. Stupéfiant. Atmosphère néronienne, où sexe, pouvoir, guerre, politique s'entremêlent.

Melania dit qu'elle n'a rien à voir avec Epstein, qu'elle ne le connait pas. Mais des milliers de photos d'elle circulent, reprises à des dizaines de millions de vue sur les réseaux sociaux en compagnie d'Epstein. Vrai, ou faux, images fabriquées avec l'IA ? Tout cela n'a en fait pas d'importance. L'essentiel est que les gens pensent que cela peut être vrai, tant le discrédit des élites dirigeantes occidentales et en premier lieu des dirigeants des États-Unis est grand, d'abord, celui-là on l'a oublié, le président Nixon, puis le président Clinton, puis le présidente Obama, puis le président Trump.

Les réseaux sociaux ont tout changé et de manière inattendue. Les scandales, notamment sexuels, étaient avant confinés à un milieu restreint, d'initiés, celui des gens "comme il faut", ils étaient murmurés entre "gens du monde", discrets, bien éduqués. Dans le capitalisme triomphant de papy, au pire, il y avait les frontières des magazines de papier glacé et des journaux people. Avec les réseaux sociaux, cela prend une dimension de masse et donc politique. Les scandales sont répercutés dans le monde entier, vus et suivis par des centaines de millions de personnes de toutes nationalités, langues, nationalités, religions. Ils se sont internationalisés, démocratisés. On parle de l'épouse de Trump ou de Macron et de leurs mœurs comme on pourrait parler du voisin. Sur cette question des mœurs, les élites dirigeantes ont été en quelque sorte prises de cours par la pression directe de l'opinion publique à travers les réseaux sociaux. Ces élites pensaient que les sociétés allaient aller vers une libéralisation sexuelle de plus en plus grande. Or c'est exactement le contraire qui se passe. Les sociétés, partout, deviennent de ce point de vue, de plus en plus conservatrices.

10 avril. Les ombres de l'antisémitisme

Sur tous les plateaux mainstream les relais d'Israël se succèdent pour insister sur un point : celui que Netanyahou n'a pas influencé Trump dans le déclenchement de la guerre contre l'Iran et que Trump en est le seul responsable. C'est d'ailleurs à leur insistance sur ce point que désormais on reconnait quels sont les relais d'Israël ou ses clients dans les animateurs de plateau, les éditorialistes et les invités divers, hommes politiques, diplomates, intellectuels du système.

Pourquoi cette insistance ? Que craignent-ils ? Une des conséquences inattendues, elle aussi, de la guerre contre l'Iran est qu'elle a révélé au grand jour, directement, l'influence très forte d'Israël sur la politique des États-Unis, et pour le cas, de Netanyahou sur Trump. Cette influence du "lobby israélien", a été nommée et dénoncée officiellement, par lettre publique, par un des principaux collaborateurs du président Trump, John Kent, "directeur de la lutte antiterroriste". Un fait sans précédent.

Certes il existe depuis longtemps, dans l'opinion mondiale, l'idée diffuse d'une influence sioniste sur les centres de décision, notamment dans le monde occidental. Cette idée était classée dans les registres du complotisme, ou même réprimée en 'Occident. Mais là, c'est tout à fait diffèrent. Il y a la crainte que dans l'opinion américaine soit désormais reprise avec succès, cette idée, au sein, même des "MAGA", c'est-à-dire de la base électorale de Trump, et plus largement des soutiens traditionnels à Israël, l'idée d'une influence sioniste contraire aux intérêts des États-Unis, et qui s'étendrait sur les centres de décisions, les institutions, et de proche en proche sur les autres pouvoirs, économique, financier. Et avec cette idée le retour à un antisémitisme ravageur dans tout l'Occident. Il y a comme une atmosphère de panique dans les lobbys israéliens. Israël perdrait-il l'appui puissant et décisif des États-Unis, qu'il a eu jusqu'à présent, en dépit de tout, et qui lui permettait d'affronter, et même d'ignorer le reste du monde ? Il semble qu'il y ait la grande peur chez Israël que les juifs, du fait du sionisme, se retrouvent isolés comme à l'époque noire de l'antisémitisme.

Beaucoup de juifs avaient senti le danger en prenant leur distance avec le sionisme aussi bien sur la question palestinienne que sur le concept même d'un État, d'une identité fondée sur la religion juive. Aujourd'hui, la réalité des faits parait de plus en plus leur donner raison et faire que leur discours trouve de plus en plus de partisans.

11 avril : le jour d'avant demain

Un résultat des négociations d'Islamabad est déjà connu, qui ne peut pas changer car il existe déjà, il est déjà acquis, car il est celui d'avant demain : ce résultat est que l'Iran a résisté au choc américano-israélien, et jamais les États-Unis ne pourront se lancer de nouveau contre l'Iran comme ils l'ont fait. Certes, il pourra y avoir des traitrises comme il y en a eu sans cesse. C'est d'ailleurs la marque même des États-Unis, comme d'Israël d'ailleurs. Ils ont toujours fait la "guerre préventive" comme ils disent, sans la déclarer, par surprise, et de préférence au moment même de négociations. Il pourra y avoir donc encore des attaques, des fièvres soudaines d'agression, le refus d'accepter le résultat de cette guerre israélo-américaine. Mais ils ne pourront jamais la refaire. Ce serait trop couteux à tous les sens.

Les Perses ont créé le jeu d'échecs. Et là il semble que l'Iran, ait dans tous les cas, dans ces négociations, le coup gagnant : le nucléaire ou le détroit d'Ormuz, ou bien le détroit d'Ormuz contre le nucléaire. Aux Américains de faire le choix, l'un ou l'autre. L'Iran, lui gagne, dans les deux cas, à tous les coups. Échec et mat.

Le 28 février 2026. Le racisme à la puissance n

Personne n'en a parlé mais le crime originel de cette guerre est un acte raciste comme il n'y en a jamais eu par sa nature hors norme et sa signification. Le point de départ, l'occasion "à ne pas rater", comme l'a dit Netanyahou à son "ami" Trump est l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei, et d'un grand nombre de dirigeants politiques et militaires.

C'est du racisme absolu. Il faut le voir ainsi en dehors de la bêtise si caractéristique du mode de pensée raciste de croire qu'ils allaient détruire ainsi toute résistance en Iran.

Du racisme, car jamais un tel acte n'aurait été conçu s'il s'était agi de dirigeants occidentaux. Pourrait-on imaginer une telle frappe sur le conseil des ministres des États-Unis ou d'un quelconque pays occidental, sur le G7 en réunion ? Inconcevable. Mais bien sûr, là des musulmans, des "animaux" dira plus tard Trump reprenant le vocabulaire de ses amis israéliens, comme l'a été la frappe sur des asiatiques à Hiroshima et Nagasaki, laquelle aurait été impensable sur l'Allemagne, même hitlérienne, ou bien les frappes sur tant d'autres, Arabes, Africains, périphérie vague du monde pendant des siècles.

Il est étonnant qu'on n'ait pas considéré cet acte hors normes, l'assassinat de la direction iranienne, sous cet angle de racisme. C'est dire à quel point le racisme est intériorisé, banalisé. Et pas seulement par ses auteurs mais même chez les victimes de racisme.

Pas la moindre révolte, pas la moindre réticence, pas le moindre désaveu dans tous les médias occidentaux, chez tous les politiques, toutes tendances confondues, de la droite à la gauche. Pas un qui dit au moins : "ça ne se fait pas", "la guerre ce n'est pas comme ça". Pour ceux qui pourraient douter de la connotation raciste de cet assassinat des dirigeants d'un autre État, le vocabulaire utilisé à ce sujet vient la confirmer : "liquidation", "élimination", "éradication", "ciblage", "exploit incroyable", "efficacité stupéfiante" etc. et après on vient se plaindre de la fermeture du détroit d'Ormuz et s'indigner au nom de la liberté de circulation.

Il n'y a pas longtemps des puissances européennes se donnaient le droit d'arraisonner des navires dit "fantômes" dans les eaux internationales sans état d'âme, tandis que les États-Unis faisaient le blocus du Venezuela et annonçaient celui de Cuba. Le monde étouffe de contradictions.

11 avril - La Lune

Et dans ce chaos, personne ne parle de l'évènement qui est peut-être le plus important pour demain, l'aller et retour de la mission Artémis vers la Lune. Beaucoup ne le savaient même pas. De quoi désespérer. Quand donc le monde deviendra, plus raisonnable. Quand donc l'humanité portera pleinement l'autre signification de son nom ? Peut-on aller vers l'espace dans un tel état ? Ou bien faudra-t-il quitter la terre car décidément nous l'habitons mal, nous la faisons trop souffrir, nous sommes ses squatters.

12 avril - L'impasse

Après cette escapade vers la Lune, il faut retrouver Trump et Netanyahou. Celui-ci continue de faire ce qu'il sait faire : il tue, il bombarde le Liban du Sud pour le "libérer du Hizbollah". Il oublie tout simplement que le Hizbollah est libanais, et que c'est lui qui n'a rien à faire au Liban. Le "monde civilisé" vit sur la tête. Netanyahou dit qu'il faut désarmer le Hizbollah. Ne faudrait-il pas désarmer plutôt Israël. Il dit que le Hizbollah est une organisation terroriste. Ne serait-il pas plutôt lui qui terrorise le Liban et la région, et à une l'échelle industrielle. Les mots n'ont plus aucun sens.

Les négociations d'Islamabad sont (pour l'instant ?) arrêtées. Le vice-president David Vance commente : "L'Iran a refusé notre offre". Son offre ? ! Quelle outrecuidance ! L'Iran est-il à acheter ? Que font les États-Unis à 12 000 km de leurs frontières ? L'Iran, lui, est chez lui, dans sa région naturelle. A-t-il agressée les États-Unis ? Ils ont pris l'habitude de considérer le monde comme leur propriété.

De son côté, le président Trump fait "fuiter" qu'il prépare "le coup d'après". Ce serait un blocus américain du détroit d'Ormuz. Probablement un replay de l'arroseur arrosé mais de façon sanglante et éminemment périlleuse. Trump est dans l'impasse, il se débat, il vocifère, il menace, comme un fou dans la camisole de force que lui ont mis les Iraniens et l'aventure dans laquelle l'a entrainé son compère Netanyahou. Cette impasse est très dangereuse pour le monde, tout le monde.

 Professeur Djamel Labidi

 reseauinternational.net