14/04/2026 reseauinternational.net  7min #310957

Le nouveau noyau dur de la défense européenne constitué ?

par Philippe Rosenthal

La géopolitique avance à pas de géant sur le terrain des affaires internationales et remodèle la défense de l'Europe. Foreign Affairs annonce la création d'un bloc militaire constitué de l'Allemagne, la Pologne, la France et le Royaume-Uni.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe a supposé que son allié américain viendrait toujours la défendre si le continent européen était attaqué. Les différentes déclarations de Trump sur les alliés de l'OTAN et sur l'UE ont apporté la preuve que les États-Unis sont désengagés envers l'UE. Le premier avril, le président américain a qualifié l'OTAN de " tigre de papier", et menacé de quitter l'Alliance, une rengaine devenue permanente. La question est maintenant de savoir comment faire en sorte que l'Europe puisse se défendre sans les États-Unis. C'est que l'UE se retrouve sans une force militaire puissante. Elle manque de moyens techniques et d'hommes et d'expériences de la guerre.

" Le nouveau noyau de défense de l'Europe prend forme", titre Foreign Affairs, précisant : "Alors que l'Amérique se retire, quatre pays façonneront la sécurité du continent". C'est une vision discutable car en juin dernier,  un rapport français, pointait "une armée française cohérente et efficace mais présentant des insuffisances de masse".

À titre d'exemple, en date du vendredi 10 avril, "plus de 2200 jeunes"  ont incorporé l'armée française, alors qu'elle vise à recruter 3000 candidats. "Le nouveau service national rémunéré vise le recrutement de 3000 jeunes de 18 à 25 ans en 2026, puis montera en puissance graduellement avec un objectif de 10 000 par an en 2030", a assuré Catherine Vautrin, la ministre des Armées et des Anciens combattants de France, en janvier dernier.

L'armée française est capable d'agir de manière spontanée sur des pays africains peu armés, mais elle est dans l'incapacité totale de tenir sur la durée dans une guerre d'attrition surtout que le recrutement n'est pas réalisé en masse.

La France pourrait  ne tenir que deux mois dans un conflit de haute intensité. "Les forces armées allemandes, à elles seules, ne seraient probablement pas bien préparées à une attaque militaire",  avertit le site Vorsorgeliste (liste de précaution) en date de janvier dernier. En 2022, Focus avertissait : "En cas de guerre, l'Allemagne disposerait de munitions  pour deux jours maximum".

"Le retour de la puissance militaire allemande inquiète la France", titrait Observateur Continental car Berlin a sur le papier lancé son  programme militaire. En 2026, le gouvernement fédéral  pourra dépenser au total 524,54 milliards d'euros, dont 108,2 milliards d'euros pour sa défense.

"L'Allemagne se réarme pour devenir leader en Europe",  titrent de nombreux médias. Il est même annoncé : "si elle poursuit son effort de réarmement, Berlin va prendre le leadership européen dans le domaine de la défense détenu jusqu'ici par la France". Avec des "si", on pourrait mettre Paris dans une bouteille.

Un petit tour sur les sites militaires de la Bundeswehr montre à contrario une réalité déconcertante. Le colonel (à la retraite) Prof. Dr Patrick Sensburg  s'inquiète en révélant une faible capacité militaire également de l'Allemagne : "Conformément aux objectifs de l'OTAN en matière de capacités, l'Allemagne doit rapidement constituer d'importantes quantités de matériel, de munitions et de personnel afin de répondre aux besoins actuels. Cela inclut les réserves". Il souligne que le pays n'a que 460 000 soldats allemands. "L'Allemagne a besoin de trois fois plus de réservistes que de soldats d'active. Par conséquent, elle requiert près de 800 000 hommes et femmes dans la réserve pour pouvoir défendre le pays et l'Europe en cas de deuxième ou troisième vague d'attaque", s'inquiète-t-il. Sur le papier, les annonces de la France et de l'Allemagne brillent aussi dans les médias. Le départ des États-Unis de la défense de l'UE est une véritable catastrophe et un casse-tête stratégique pour les élites en poste.

L'UE a réagi à la crise touchant la sécurité du bloc en développant de nouvelles institutions et de nouveaux programmes afin de consacrer des centaines de milliards d'euros à une défense continentale plus rationnelle et efficace. Mais, avec le retard et l'incapacité de travailler ensemble, la défense de l'UE est menacée. La France et l'Allemagne avaient aboli le service militaire obligatoire et ces pays rencontrent des difficultés pour recruter des candidats.

Le temps joue contre l'UE qui n'arrive pas à rattraper son retard. Le président français, Emmanuel Macron a beau, évoqué le projet Scaf (futur avion de combat européen) à de nombreuses reprises, mais l'Allemagne refuse ce projet, trahissant les tensions entre Paris et Berlin ce qui est incompatible avec la création d'une défense européenne forte. Le projet d'une défense européenne unie n'est qu'un rêve et même un cauchemar car les différents pays se tirent dans les pattes.

"Le processus de coordination à l'échelle de l'UE est trop lent pour respecter les délais probables d'un retrait des États-Unis", met en garde Foreign Affairs qui annonce que la défense de l'UE repose sur "quatre États importants (Allemagne, Pologne, France, Royaume-Uni) soucieux de leurs propres intérêts et inquiets". Pour le média anglophone spécialisé dans les relations internationales, "l'effort le plus important, et en définitive l'influence politique la plus marquante, viendra d'une Allemagne mobilisée", puis de la Pologne qui doit servir de coussinet à une attaque russe.

Ensuite, d'après Foreign Affairs, le Royaume-Uni pourrait jouer un rôle similaire à celui de la France. Londres dispose d'une force de dissuasion nucléaire et de forces terrestres, aériennes et navales réduites mais déployables. "La sécurité de l'Europe repose sur eux, et sur eux seuls", martèle le média anglophone. Pourtant, la défense militaire du bloc repose sur des armées faibles qui sont dans l'incapacité de tenir une guerre d'attrition, ce qui est la guerre d'aujourd'hui. L'Allemagne et la France n'ont pas résolu leur faiblesse militaire, malgré les annonces tonitruantes. Sur le point de la bombe atomique, l'UE ne fait pas le poids face à la Russie.

Il rajoute la Pologne, qui "n'a d'autre choix que de fournir la force de couverture indispensable pour repousser toute première attaque russe, tandis que la France et le Royaume-Uni - les seuls États dotés de l'arme nucléaire et capables de projeter leur force hors de la région - pourraient jouer un rôle de soutien crucial. La sécurité de l'Europe repose sur eux, et sur eux seuls". La défense militaire du bloc repose sur des armées faibles qui sont dans l'incapacité de tenir une guerre d'attrition, ce qui est la guerre d'aujourd'hui. L'Allemagne et la France n'ont pas résolu leur faiblesse militaire, malgré les annonces tonitruantes.

En parallèle, Observateur Continental a signalé que "les États-Unis  veulent une nouvelle OTAN avec l'Ukraine sans la France". Le grand allié US du bloc, qui ne cesse de le trahir, souhaite une nouvelle OTAN avec les États-Unis, l'Allemagne, le Japon, l'Australie, la Pologne et l'Ukraine.

La défense de l'UE est réduite à des déclarations positives avec le soutien des médias. Le nouveau noyau dur de la défense européenne est loin d'être constitué dans les faits.

source :  Observateur Continental

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