15/04/2026 french.presstv.ir  4min #311089

Le cimentier français Lafarge et huit de ses anciens dirigeants condamnés pour financement de groupes terroristes en 2013 et 2014

Le Tribunal de Paris a condamné le cimentier français Lafarge et huit de ses anciens dirigeants pour financement de groupes terroristes en 2013 et 2014.

Le tribunal a estimé que l'entreprise avait versé des millions d'euros à des groupes extrémistes, dont Daech, pour maintenir son usine en activité pendant la guerre en Syrie, ce qui a contribué à renforcer leur capacité à mener des attaques terroristes, notamment celles de janvier 2015 en France.

L'affaire Lafarge, qui revêt une importance internationale, géopolitique et de renseignement, est l'un des exemples les plus controversés de compromission d'une grande entreprise pour protéger ses intérêts économiques en situation de guerre. L'entreprise, rachetée par la suite par le groupe suisse Holcim, a continué d'opérer en Syrie alors que de nombreuses multinationales avaient quitté le pays.

Selon le jugement du Tribunal correctionnel de Paris, Lafarge a versé environ 6,5 millions d'euros à trois groupes extrémistes, dont Daech, leur permettant ainsi de "planifier des attentats terroristes".

À cet égard, Isabelle Provost-Depres, présidente du tribunal, a souligné que ce mode de financement des organisations terroristes, notamment de Daech, avait joué un rôle fondamental dans le contrôle exercé par le groupe sur les ressources naturelles de la Syrie et lui avait permis de financer des actes terroristes tant au pays qu'à l'étranger, en particulier en Europe.

Elle a également ajouté que l'entreprise avait "établi un véritable partenariat commercial avec Daech" et que le montant des paiements, qu'elle a qualifié d'"inédit", démontrait "l'extraordinaire gravité des crimes".

Lors du procès, qui s'est tenu en novembre et décembre 2025, l'équipe juridique de l'entreprise a cherché à contester la thèse selon laquelle l'usine de Jalabiya, représentant un investissement de 680 millions d'euros, aurait été maintenue en activité pour des raisons purement financières. Le tribunal, après avoir examiné des courriels, des procès-verbaux et des relevés bancaires, a identifié un réseau de paiements transférés à Daech et au Front al-Nosra par l'intermédiaire d'un ressortissant syrien, Firas Tlass.

Ces paiements comprenaient la fourniture de matières premières pour la production ainsi que des "pots-de-vin" pour le passage des travailleurs et des marchandises aux points de contrôle. Alors que les accusés qualifiaient les paiements d'"extorsion", le tribunal a cité des documents internes faisant état de "négociations" et d'"accords".

Le parquet antiterroriste français a souligné que, si les accusés n'étaient pas enclins à l'idéologie extrémiste, ils n'avaient toutefois manifesté "aucun aveu ni aucune expression de remords". Le parquet a requis l'amende maximale pour l'entreprise et de lourdes sanctions pour ses dirigeants.

Malgré ces paiements, le cimentier Lafarge a évacué en urgence l'usine de Jalabiya en septembre 2014, et le site est rapidement tombé sous le contrôle de Daech. Dans cette affaire, des victimes des attentats du 13 novembre en France sont également parties civiles et considèrent cela comme l'un des facteurs ayant conduit à ces attaques.

Selon les dirigeants de l'entreprise, ces paiements visaient à maintenir l'activité de la cimenterie de Jalabiya, située dans le nord de la Syrie. L'entreprise a été condamnée à la peine maximale, soit une amende de 1 125 000 euros. Huit de ses anciens dirigeants, dont Bruno Lafont, ont été condamnés à six ans de prison, et d'autres à des peines allant de 18 mois à sept ans.

Il convient de noter que l'entreprise avait déjà été condamnée à une amende de 778 millions de dollars aux États-Unis en 2022 pour les mêmes faits. Cet écart important s'explique par la différence de structure juridique : la peine infligée à Lafarge en France correspond à l'amende maximale prévue par la loi pour les personnes morales dans ce pays.

La décision est considérée importante dans la mesure où elle pourrait être un précédent en droit international des sociétés en France. Il s'agit de la première affaire en France où une grande entreprise est formellement reconnue coupable de "financement du terrorisme", ouvrant ainsi une nouvelle voie à la responsabilité pénale des multinationales.

Dans son arrêt, le tribunal correctionnel de Paris a clairement établi que le principal motif de Lafarge était en réalité la protection de ses intérêts économiques, quitte à collaborer avec des groupes terroristes.

Cette décision ne marque pas la fin de l'histoire, le cimentier Lafarge étant toujours poursuivi en France pour complicité de crimes contre l'humanité.

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