15/04/2026 reseauinternational.net  5min #311096

 Quels sont les enjeux de la « bataille pour la Hongrie » ?

L'Union européenne pose un ultimatum à Magyar dès le lendemain des élections

par Alexandre Lemoine

Bruxelles a fixé les conditions du déblocage des fonds gelés de la Hongrie d'un montant d'environ 35 milliards d'euros. Après le changement de pouvoir, la Commission européenne attend du gouvernement de Péter Magyar des réformes systémiques et une révision de son orientation de politique étrangère. Il s'agit notamment du déblocage du prêt à l'Ukraine et d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie. Les négociations avec Budapest ont déjà commencé.

L'Union européenne attend avec impatience que le vainqueur des élections hongroises, Péter Magyar, tienne ses promesses de mettre fin à la confrontation entre Bruxelles et Budapest. Il est peu probable que la Hongrie renonce à son conservatisme national. Néanmoins, tant Bruxelles que Budapest "voient la possibilité de repenser fondamentalement leurs relations".

"La Hongrie redeviendra un allié solide au sein de l'UE et de l'OTAN", a déclaré Magyar lors d'un meeting à Budapest après l'annonce des résultats du scrutin. Mais Bruxelles a aussi entendu des propos moins agréables. "La déclaration de Magyar selon laquelle la Hongrie  entend toujours acheter du pétrole russe a été moins acceptable pour l'UE", écrit Politico. Il n'a pas non plus répondu à la question de savoir s'il soutiendrait le 20e paquet de sanctions de l'UE contre Moscou.

Comme l'a souligné The New York Times, Magyar a clairement  fait comprendre, qu'il n'entendait pas rompre totalement ses liens avec Moscou, compte tenu de la dépendance énergétique de la Hongrie à l'égard de la Russie. Cela devrait permettre à Moscou de conserver une certaine influence en Hongrie.

Dans un premier temps, l'objectif de Magyar consiste à débloquer le versement des fonds européens gelés.

Il s'agit de près de 18 milliards d'euros du budget de l'UE bloqués dans le cadre du mécanisme de protection de l'État de droit, ainsi que de plus de 17 milliards d'euros de prêts à taux préférentiel, y compris dans le cadre de programmes de défense et d'infrastructure.

"La Hongrie perd environ 10,4 milliards d'euros au titre du programme de relance de l'UE, 7 milliards d'euros des fonds communs et 16 milliards d'euros au titre du programme de défense SAFE, rappelle Politico. Budapest verse également 1 million d'euros par jour en vertu d'une décision de la Cour européenne pour violation de sa politique migratoire. À cela il convient d'ajouter les fonds suspendus au titre des programmes Erasmus+ et Horizon Europe".

Le journal souligne que Magyar se trouve pris de court par le temps. "La Hongrie dispose de très peu de temps : si la Commission européenne ne débloque pas le financement d'ici fin août, la Hongrie pourrait perdre définitivement ces fonds", indique Politico.

Mais l'Union européenne doit également se hâter. Si la Hongrie ne lève pas rapidement son veto sur l'octroi à l'Ukraine d'un prêt de 90 milliards d'euros, Kiev sera menacé d'une faillite imminente.

Magyar s'est prononcé en faveur de l'exclusion de la Hongrie de la participation au prêt de 90 milliards d'euros de l'Union européenne à l'Ukraine.

Lors d'une conférence de presse devant les médias internationaux, Magyar a rappelé que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán avait obtenu en décembre dernier l'exclusion du pays de cet accord de prêt.

"Je ne comprends pas pourquoi le rouvrir maintenant", rapporte  ses propos le site 444.

Magyar a souligné que la Hongrie se trouvait dans une situation économique difficile et ne pouvait pas se permettre de contracter de nouveaux emprunts.

Cela étant, le prêt à l'Ukraine est loin d'être la seule exigence de l'Union européenne envers la Hongrie. Comme l'écrit Financial Times, Bruxelles a avancé  une longue liste de 27 points, exigeant une "interaction immédiate" sur chacun d'eux. Comme le souligne le journal, le fait que l'opposition Tisza ait obtenu plus des deux tiers des sièges au parlement et puisse désormais adopter des lois constitutionnelles a "relevé le niveau des attentes" de Bruxelles. "Magyar dispose désormais d'un mandat plein et entier pour changer la situation, a déclaré un haut responsable de l'UE. Notre approche est la suivante : redoublons d'efforts. Si la Hongrie tient ses promesses, nous tiendrons les nôtres".

Parmi les exigences de l'Union européenne figurent, outre le prêt à l'Ukraine, la réforme du système judiciaire et des services de sécurité, le renouvellement de la direction des plus grandes institutions et entreprises publiques, ainsi que la modification de la législation migratoire.

Dans le même temps, Bruxelles exige de Magyar qu'il mette d'abord en œuvre l'ensemble des changements, et ne se dit prêt à débloquer les financements qu'ensuite. "Aucune mesure immédiate n'est prévue : le nouveau gouvernement devra satisfaire à une longue liste d'exigences pour accéder aux fonds", indiquent les bureaucrates européens. Ils font observer que Magyar ne deviendra officiellement Premier ministre que dans un mois et craignent qu'Orbán ne puisse d'ici là introduire des modifications juridiques ou des changements de personnel susceptibles de nuire à la capacité de la Hongrie de mener les réformes nécessaires.

source :  Observateur Continental

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