
par Monique Savoie
L'une des principales pierres d'achoppement du second cycle de négociations à venir, prévu à Islamabad entre les États-Unis et l'Iran, portera sur le déblocage de plus de 100 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés à travers le monde.
Comme condition à la poursuite du dialogue avec Washington, Téhéran exige le rétablissement de l'accès à ces avoirs. De quoi s'agit-il exactement, où se trouvent-ils et pourquoi sont-ils si importants pour l'Iran ?
Historique du dossier
Le premier blocage des avoirs iraniens remonte à novembre 1979. Le président américain Jimmy Carter avait alors déclaré que l'Iran représentait une " menace inhabituelle et extraordinaire" pour la sécurité nationale et l'économie des États-Unis. La cause en était la prise en otage de 66 Américains par des étudiants iraniens dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran.
À cette époque, selon le département américain du Trésor, les avoirs iraniens s'élevaient à environ 6 milliards de dollars, placés pour la plupart en bons du Trésor auprès de la Réserve fédérale de New York.
En 1981, par la médiation de l'Algérie, un accord a été signé aux termes duquel les États-Unis ont débloqué une part importante de ces avoirs en échange de la libération des 52 otages américains.
L'accord nucléaire et son effondrement
En 2015, avec la participation des États-Unis, de la Russie, de la Chine, du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, a été conclu le Plan d'action global commun sur le nucléaire iranien ( PAGC), un accord qui limitait le programme nucléaire de Téhéran en échange de la levée des sanctions. L'Iran a alors retrouvé l'accès à la majeure partie de ses avoirs détenus à l'étranger.
En 2018, Donald Trump, durant son premier mandat présidentiel, s'est retiré de l'accord, le qualifiant d'"unilatéral". Les sanctions ont été rétablies et les avoirs iraniens ont été de nouveau bloqués.
En 2023, les États-Unis et l'Iran, par la médiation du Qatar, sont convenus de débloquer 6 milliards de dollars appartenant à l'Iran et détenus en Corée du Sud. Les fonds ont été transférés sur des comptes au Qatar.
Toutefois, dès l'année suivante, le président Joe Biden a imposé de nouvelles sanctions contre l'Iran, en réponse à l'attaque de grande ampleur menée par drones et missiles contre Israël. L'accès aux fonds à Doha a de nouveau été bloqué.
À combien s'élèvent les avoirs iraniens bloqués ?
Le montant exact de ces avoirs reste inconnu. Les responsables et experts iraniens l'évaluent à plus de 100 milliards de dollars, soit trois fois ce que l'Iran reçoit annuellement de la vente d'hydrocarbures.
L'ancien secrétaire au Trésor des États-Unis Jacob Lew avait déclaré au Congrès en 2016 que même en cas de levée totale des sanctions, l'Iran ne pourrait accéder qu'à la moitié de ses avoirs bloqués, le reste étant déjà "mobilisé" pour honorer des engagements d'investissement antérieurs ou des remboursements de prêts.
À l'heure actuelle, l'exigence clé de Téhéran est le déblocage d'au moins 6 milliards de dollars afin de renforcer la confiance entre les deux pays.
Où se trouve l'argent iranien ?
Les avoirs iraniens sont bloqués dans le monde entier. D'après les médias iraniens, le plus grand détenteur est la Chine, où se trouvent au moins 20 milliards de dollars. En Inde il y a environ 7 milliards. En Irak : environ 6 milliards. Un montant similaire a été transféré au Qatar depuis la Corée du Sud. Au Japon se trouvent près de 1,5 milliard de dollars. Au Luxembourg il y a environ 1,6 milliard de dollars. Aux États-Unis se trouvent environ 2 milliards de dollars.
Le blocage n'émane pas seulement des États-Unis, mais aussi de l'Union européenne, qui accuse Téhéran de violations des droits de l'homme et de soutien au terrorisme.
Pourquoi cet argent est-il si important pour l'Iran ?
Le déblocage de ces avoirs permettrait à l'Iran d'investir dans sa propre économie les revenus de la vente du pétrole. Cela lui permettrait également de maîtriser les fluctuations de sa monnaie. En outre, l'accès à ces fonds permettrait à l'Iran de moderniser son industrie.
Ces avoirs débloqués contribueraient également à accélérer la reconstruction de l'Iran après l'agression menée par les États-Unis et Israël. 100 milliards de dollars représentent près d'un quart du PIB annuel iranien.
La position des États-Unis
Pour l'instant, Washington affirme son "intransigeance" sur la question des avoirs. Le premier jour des négociations qui se sont tenues à Islamabad, des informations ont circulé selon lesquelles les États-Unis auraient accepté de débloquer une partie des fonds iraniens. Le gouvernement américain l'a toutefois démenti.
source : Observateur Continental