18/04/2026 ssofidelis.substack.com  7min #311466

 Quels sont les enjeux de la « bataille pour la Hongrie » ?

À l'ère des monstres, les pires héros sont rois

Par  Nate Bear, le 18 avril 2026

Peter Magyar a battu Victor Orban lors des élections hongroises en début de semaine, suscitant l'enthousiasme des médias libéraux et de l'establishment politique. Beaucoup ont repris le discours d'Obama, saluant cette victoire comme un triomphe de la démocratie et de l'État de droit.

Magyar est tellement attaché à l'État de droit qu'il a  invité Netanyahu à se rendre en Hongrie en octobre. La Hongrie se retirera de la CPI en juin, et bien que Magyar se soit engagé à entamer le processus de réadhésion, il  est extrêmement improbable que le pays soit membre d'ici octobre.

Le timing est on ne peut plus opportun pour Magyar, qui n'aura pas à se prononcer sur le respect ou non du droit international. Nous n'avons d'ailleurs pas besoin de ce genre de test pour cerner la moralité et la ligne politique de cet homme. Que l'une de ses premières mesures en tant que Premier ministre élu ait été d'inviter un criminel de guerre recherché dans son pays en dit suffisamment long.

Tout comme sa première conférence de presse après sa victoire.

Lors de ce point presse, Magyar n'a pas dénoncé une seule fois le gouvernement israélien,  déclarant que les deux pays entretenaient  "une relation particulière". Magyar a également ajouté que, contrairement à Orban qui opposait son veto à toute décision de l'UE cherchant à sanctionner Israël pour génocide et apartheid, il ferait preuve de pragmatisme et examinerait chacune d'entre elles au cas par cas.

Ainsi, alors qu'Orban a été un ardent défenseur du génocide, mais Magyar se montrera pragmatique.

Et les libéraux comme Obama, qui se vantaient de l'engagement de Magyar envers l'État de droit comme contrepoids à Orban, n'ont pas bronché lorsque Orban a refusé d'exécuter le mandat de la CPI contre Netanyahu à chacune de ses nombreuses visites à Budapest. Un non-respect de la loi soutenu de bon cœur par la classe libérale.

Rien de tout cela ne surprend.

Jusqu'à il y a deux ans, Magyar était un partisan loyal d'Orban, en totale adhésion avec sa politique pro-israélienne. Il s'est opportunément séparé d'Orban sur fond d'allégations de corruption, sachant qu'il pourrait se positionner comme un représentant plus jeune et plus frais d'un nouveau parti tout aussi sioniste et résolument de droite nationaliste.

Pourtant, les gros titres ont présenté la victoire de Magyar comme une rupture décisive avec le passé. Il n'en était rien, et les mois et les années prochains le prouveront.

Car à l'ère des monstres, les pires héros sont rois.

Nous sommes aussi censés adorer le pape ces jours-ci, n'est-ce pas ? Car avec son style verbeux et discrètement théocratique, il s'est opposé à Trump et à la guerre des États-Unis contre l'Iran.

Le pape, un homme à la tête d'une organisation corrompue, hors de tout contrôle de l'État de droit, qui s'est rendue coupable de viols institutionnels d'enfants.

LA GRANDE CLASSE.

Mais parce qu'il oppose une certaine résistance à Trump, un homme à la tête d'une société secrète impliquée jusqu'au cou dans le blanchiment d'argent et les crimes sexuels est salué comme un guide moral et un défenseur acharné de la vérité.

Car à l'ère des monstres, les pires héros sont rois

Nous sommes également censés être bien disposés envers la Première ministre du pays qui abrite la cité-État du pape Léon, Giorgia Meloni.

Mardi, le gouvernement Meloni a suspendu l'accord de coopération en matière de défense avec Israël.

Nous sommes donc censés nous réjouir.

Il faudrait aussi identifier l'énorme pression interne,  notamment de la part des syndicats, qui a contraint cette décision et contraint Meloni à adopter une position plus ferme envers Israël en général.

Mais elle n'a rien modifié de substantiel. Elle ne soutient pas la procédure de la CPI contre Netanyahu et Gallant, ne croit pas qu'Israël a commis un génocide, et ne reconnaît pas ce pays comme un État d'apartheid.

Depuis des années, l'Italie est l'un des principaux fournisseurs d'armes d'Israël et a conclu une multitude d'autres accords bilatéraux avec Tel Aviv. Le gouvernement d'extrême droite de Meloni est aligné sur la politique de Trump, et s'aligner sur Trump implique s'aligner sur Israël.

Et bien que l'initiative de Meloni soit préférable à rien, elle n'aura que peu d'effet concret sur l'unique concept qui importe quand on parle génocide et apartheid : LA JUSTICE.

La justice pour les victimes du génocide, pour Gaza et pour les Palestiniens, et pour dissoudre Israël en tant qu'État d'apartheid.

Un homme pour lequel nous ne pouvons que nourrir des sentiments chaleureux et bienveillants est le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.

Et dans un monde peuplé de lâches sur le plan éthique, son opposition à Trump et ses propos et mesures énergiques vis-à-vis d'Israël font bonne impression - à première vue.

Je n'ai pas envie d'en rajouter, mais il faut bien appeler un chat un chat.

Car nous parlons ici d'une nouvelle guerre illégale menée par un empire. Nous parlons d'Israël, de génocide et d'apartheid.

Et ce que je vois, c'est un homme qui revendique une supériorité morale non conforme à ses actes.

Le refus de Sanchez d'autoriser les États-Unis à utiliser les bases aériennes espagnoles pour attaquer l'Iran a fait l'objet d'une couverture médiatique très positive. Et même si les avions de l'USAF ne décollent peut-être pas directement d'Espagne pour bombarder l'Iran, il y a eu un flux constant et quotidien d'avions de l'armée de l'air américaine, y compris d'avions ravitailleurs, faisant la navette entre les bases aériennes espagnoles et Ramstein en Allemagne. Une fois à Ramstein, ces avions s'envolent ensuite vers le Moyen-Orient.

C'est une participation indirecte à une guerre illégale. Elle est peut-être de second ordre, mais elle n'en reste pas moins effective. Et si l'argument invoqué est qu'il est impossible de les empêcher de voler d'une base européenne à une autre, même en sachant que ces avions servent à mener une guerre illégale, qu'on fasse quelque chose, alors !

Mais la question n'a même pas été soulevée. Le gouvernement espagnol s'est contenté de savourer la couverture médiatique élogieuse sans prendre position ni s'engager réellement sur le sujet.

Une véritable affirmation de la souveraineté verrait l'Espagne exiger des États-Unis l'arrêt de tous les vols au départ de ces bases. Une véritable souveraineté verrait l'Espagne exiger le départ des troupes américaines du sol espagnol.

Sánchez a également tenu des propos forts vis-à-vis Israël, et s'est engagé à mettre fin aux échanges militaires entre Israël et l'Espagne.

Mais tant d'autres mesures pourraient être prises. Des milliers d'Israéliens vivent en Espagne. Barcelone  est devenue un haut lieu de création d'entreprises de technologies d'espionnage par d'anciens espions de l'Unité 8200.

Si on veut se conformer au droit international et rendre justice aux victimes du génocide, pourquoi ne pas arrêter tous les Israéliens entrés en Espagne ces deux dernières années et demie et soupçonnés d'avoir participé au génocide ?

La plupart d'entre eux sont forcément concernés.

Si on veut se conformer au droit international et rendre justice aux victimes du génocide, pourquoi ne pas envoyer des avions de chasse espagnols pour contraindre l'avion de Netanyahu à atterrir quand il survole l'UE, comme cela s'est produit à de nombreuses reprises depuis que le mandat de la CPI a été émis ?

Si je passe pour un intransigeant ou un maximaliste, c'est parce que je le suis.

Car on parle ici de génocide, du crime suprême, de la faillite de l'humanité, du paroxysme de la violence de masse et de l'acte le plus monstrueux qu'un État puisse commettre.

Dans le cas de l'Iran, il s'agit d'une guerre illégale ayant tué des milliers de civils, d'un massacre de jeunes écoliers et d' une pluie de substances cancérigènes sur neuf millions de personnes.

Il n'y a vraiment pas de quoi être indulgent envers les dirigeants mondiaux qui contrôlent un État dans de telles circonstances.

On ne peut faire aucune concession devant la pourriture morale, éthique et juridique totale dont nous sommes témoins quotidiennement.

En matière de comportement éthique et de défense d'une humanité fondamentale, la barre est placée si bas que c'en est obscène.

À l'ère des monstres, les pires héros sont rois.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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