20/04/2026 reseauinternational.net  5min #311607

Comment fabrique-t-on un allié dans les rangs de l'adversaire ?

par Adnan Azzam

Les Arabes ne se sont pas effondrés parce qu'ils ont été militairement vaincus, mais parce que l'Occident a reconditionné leur conscience au point qu'ils en sont venus à s'affronter entre eux, tout en croyant défendre leurs propres intérêts. Le problème n'a jamais été la force de l'ennemi, mais sa capacité à pénétrer nos esprits, et à convaincre chacun de nous que la véritable menace n'est pas à l'extérieur... mais à nos côtés.

C'est ainsi que l'Occident fabrique son allié en pénétrant notre psychologie, calmement. Et le colonialisme n'a jamais été seulement des armées franchissant les frontières, mais une idée qui se glisse dans les esprits et les reconditionne. Depuis le découpage de la région après l'accord Sykes-Picot, l'objectif n'était pas seulement de tracer de nouvelles frontières, mais de créer une nouvelle réalité qui affaiblit tout sentiment d'un destin commun, et transforme les peuples d'un seul corps en groupes distincts, méfiants les uns des autres.

Dans ce sens, les divisions confessionnelles ou nationales ne sont plus un hasard historique, mais le résultat d'un long processus de reconfiguration de la conscience. Avec le temps, la question n'est plus devenue : comment affronter l'extérieur ? Mais : quel est le reconditionnement intérieur dont il faut avoir peur ?

Dans ce climat, il devient facile de fabriquer un allié depuis l'intérieur de l'adversaire, non pas par persuasion directe, mais en poussant chaque groupe à croire qu'il est menacé par son environnement, et que son salut ne peut venir que dans les bras d'une puissance extérieure.

Ce schéma s'est répété sous différentes formes dans l'histoire de la région. Pendant la Première Guerre mondiale, les Arabes musulmans se sont alliés à l'Occident chrétien contre l'Empire ottoman musulman, malgré une unité religieuse globale, car le conflit était présenté comme une libération d'un "pouvoir politique" et non comme un choc entre composantes religieuses.

Lors de la guerre du Golfe, des Arabes musulmans ont soutenu l'Occident chrétien contre l'Irak arabe musulman, sous des slogans tels que la "légitimité" et la "sécurité régionale", alors que le résultat fut une confrontation arabo-arabe sous couverture internationale. J'ai, à cette époque, refusé de rédiger une déclaration au nom des expatriés syriens en faveur de l'entrée de l'armée syrienne au Koweït avec les armées occidentales et arabes, cette demande m'ayant été adressée par un haut responsable syrien.

Au niveau des divisions confessionnelles, la Syrie est devenue un espace où s'entremêlent les identités religieuses et politiques, où chaque camp est convaincu que la menace existentielle vient en interne, et non de l'extérieur.

Dans d'autres cas, les chrétiens arabes ont été historiquement intégrés à des équations de protection extérieure, sous la pression de la peur ou d'un déséquilibre des forces, ce qui a mêlé la notion de sécurité à celle d'alignement politique, transformant parfois la protection en une forme de dépendance indirecte.

Dans ce tableau général, on peut comprendre comment des alliances se fabriquent même à l'intérieur des antagonismes. Lorsque l'environnement se fragilise et que le sentiment de sécurité disparaît, l'individu ou le groupe devient plus enclin à accepter toute partie qui lui donne une sensation de protection, même si cette partie était auparavant perçue comme un adversaire. Ce n'est pas une exception, mais une règle qui se répète sous différentes formes dans chaque environnement instable.

L'essence de ce problème ne réside pas uniquement à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur : dans la fragilité de la structure politique, dans l'absence de justice, et dans la fragmentation du sentiment d'appartenance commune. Lorsque la patrie échoue à protéger toutes ses composantes, le champ devient ouvert à l'ennemi pour s'infiltrer entre nous.

En définitive, les alliances dans ce contexte ne se fabriquent pas uniquement par des décisions déclarées, mais par une accumulation lente de peurs, de divisions et de redéfinition de l'identité. Et ce n'est qu'à ce moment-là que "l'allié" n'est plus entièrement un choix conscient, mais le résultat naturel d'un environnement soigneusement reconditionné, où l'adversaire semble plus proche que le frère.

Dans ce contexte régional complexe, certains analystes estiment que les politiques de Benjamin Netanyahou dans le dossier syrien n'étaient pas fondées uniquement sur l'attente des résultats du conflit, mais sur une tentative de gérer ses conséquences de manière à servir la sécurité israélienne telle que perçue à Tel-Aviv. Il ne fait aucun doute que les frappes militaires répétées en Syrie, et l'absence de réponse à celles-ci, ont contribué à accroître la fragilité de l'État syrien, et ont ouvert la voie à des forces locales et régionales pour amener des organisations extrémistes au pouvoir, les encourageant à commettre des massacres contre les composantes du peuple syrien, dont certaines sont tombées dans le piège de Netanyahou et se sont mises à faire appel à lui.

Je suis convaincu de la capacité des Syriens à corriger cette grave erreur historique, et à écarter les traîtres de notre boussole politique afin de pouvoir reconstruire l'État national. Ce qui se passe sur les champs de bataille dans la région constitue pour nous un moteur et une lueur d'espoir.

Adnan Azzam 19 avril 2026

président du "Mouvement International pour la Souveraineté des Peuples"

📞 +33665165914

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