20/04/2026 reseauinternational.net  6min #311610

États-Unis, Israël et Iran. Chronologie factuelle depuis 2015

par Hachem Al

Le Conseil de sécurité des Nations unies avait donné au Plan d'action global commun, PAGC ou JCPOA, une force juridiquement contraignante en l'entérinant par la résolution 2231, adoptée à l'unanimité le 20 juillet 2015.

L'acronyme JCPOA désigne le Joint Comprehensive Plan of Action (en français, Plan d'action global commun), plus connu sous le nom d'accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Conclu le 14 juillet 2015 à Vienne, cet accord historique visait à garantir la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire de l'Iran en échange d'une levée progressive des sanctions économiques internationales.

L'accord veut dire concrètement que les installations nucléaires iraniennes restent sous la protection de l'ONU tant que l'Iran respecte aussi ses obligations en termes d'enrichissement de l'uranium et laisse inspecter par l'AIEA lesdites installations.

C'est dans ce contexte que D. Trump, lors de son premier mandat, décide unilatéralement de ne pas respecter la signature de son pays et déchire le contrat PAGC auquel le Conseil de Sécurité avait donné force de loi alors même que l'Iran respectait toutes ses obligations. Trump a rétabli des sanctions massives connues sous l'appelation "pression maximale". Il pousse aussi les cosignataires européens à ne pas respecter leurs engagements notamment la levée des sanctions économiques. Cela a eu pour conséquence que l'Iran a progressivement réduit ses propres engagements, augmentant son taux d'enrichissement bien au-delà des limites fixées.

Ceci préfigurait déjà que Donald Trump nourrit une certaine animosité à l'encontre de l'Iran, évidemment sous l'influence de son allié israélien.

Au cours du second mandat de Trump, Israël et les États-Unis déclenchent une guerre d'agression contre l'Iran. La "guerre de 12 jours" désigne ce conflit armé direct qui a opposé Israël, soutenu par les États-Unis à l'Iran entre le 13 et le 24 juin 2025.

Israël a utilisé ses services de renseignement pour frapper des sites stratégiques détruisant selon ses informations des centaines de drones, de lanceurs de missiles et endommageant gravement des sites nucléaires.

De son côté, l'Iran a tiré plus de 500 missiles vers Israël, certains ont causé des dégâts importants dans des zones militaires israéliennes.

Un accord a été négocié sous l'égide des États-Unis via Donald Trump et le Qatar, entrant en vigueur le 24 juin 2025.

Puis Israël et les États-Unis remettent ça.

La dernière confrontation majeure a débuté par une offensive conjointe d'Israël et des États-Unis le 28 février 2026. Cette opération, nommée "Epic Fury" (Fureur Épique) par Washington et "Lion rugissant" par Israël, a marqué une escalade sans précédent après des décennies de préparation.

L'alliance israélo-américaine a justifié cette intervention par plusieurs objectifs stratégiques majeurs.

1) L'objectif prioritaire était de détruire les infrastructures permettant à Téhéran d'accéder à l'arme atomique, un objectif fallacieux quand on sait que Téhéran n'a jamais été intéressé par cette arme et que de surcroît, Téhéran est adhérent au Traité de non prolifération nucléaire (TNP).

2) Éliminer les capacités de missiles et de drones iraniens qui menaceraient directement Israël et les bases américaines dans le Golfe qui entourent justement l'Iran pour pouvoir le frapper. Là aussi l'objectif est illégal, chaque pays ayant le droit de développer des armes conventionnelles pour sa défense.

3) Affaiblissement de l'"Axe de la Résistance" en coupant le soutien logistique et financier aux milices pro-iraniennes comme le Hezbollah qui défend l'intégrité du Liban, les organisations palestiniennes de libération et les Houthis du Yémen qui luttent pour affranchir leur pays de sa domination par l'Arabie Saoudite, un autre allié des États-Unis.

4) Enfin les États-Unis ont invoqué la protection du peuple iranien après contribué avec leur allié israélien à introduire des miliciens violents lors de manifestations nationales pacifiques en 2025.

5) La coalition israélo-états-unienne a aussi espéré un "Régime Change" c'est-à-dire le renversement du régime politique issu de la révolution islamique de 1979 qui était clairement affiché par Donald Trump comme un objectif final de la guerre d'agression imposée à l'Iran. Par "Régime Change", il faut aussi comprendre l'installation à la tête de l'Iran du fils du dictateur qu'était le Shah chassé ou d'un régime fantoche qui concéderait aux États-Unis le pétrole et le gaz de l'Iran.

L'un des tournants décisifs a été l'assassinat par la coalition israélo-états-unienne du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors de bombardements ciblés peu après le début du conflit ainsi que les assassinats de hauts gradés et de scientifiques.

La région reste dans une impasse tendue.

Les États-Unis ont décidé d'étrangler économiquement l'Iran en interdisant le trafic naval dans les ports iraniens par le biais de la piraterie dans les eaux internationales des navires concernés. L'Iran a riposté en fermant temporairement le détroit d'Ormuz aux intérêts de la coalition israélo-états-unienne.

Au regard de ce qui précède, on peut penser que les motifs et les objectifs avancés par la coalition israélo-états-unienne pour déclencher leur guerre d'agression contre l'Iran portent en eux des contradictions juridiques et factuels qui cachent une autre version, celle d'une guerre de domination géopolitique.

L'idée que les tensions entre l'axe Israël-États-Unis et l'Iran constituent une lutte pour la domination géopolitique repose sur plusieurs piliers stratégiques. Voici les points clés pour comprendre cette lecture du conflit.

1. Le contrôle des routes énergétiques.

L'Iran occupe une position unique sur le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de la consommation mondiale de pétrole. Pour les États-Unis, s'assurer que ce "robinet" ne soit pas contrôlé par une puissance hostile est une priorité de sécurité nationale. Dominer ou neutraliser l'influence iranienne permet de garantir la stabilité des marchés énergétiques mondiaux.

2. La lutte pour l'hégémonie régionale.

Depuis la révolution de 1979, l'Iran cherche à exporter son modèle et à créer un "croissant chiite" (Liban, Syrie, Irak, Yémen).

Pour Israël : L'influence de l'Iran via ses alliés (Hezbollah, Organisations palestiniennes) est perçue comme une menace existentielle.

Pour les États-Unis, l'Iran est le principal obstacle à un Moyen-Orient intégré sous architecture de sécurité américaine (comme le tentent les Accords d'Abraham).

3. L'opposition aux blocs multipolaires (Chine/Russie).

L'Iran est devenu un partenaire stratégique majeur de la Chine (accords économiques de long terme) et de la Russie (coopération militaire renforcée). Dans le cadre de la "compétition entre grandes puissances", affaiblir l'Iran revient, pour Washington, à freiner l'ancrage de Pékin et Moscou au Moyen-Orient.

4. Le monopole nucléaire et militaire.

La doctrine de sécurité israélienne (la doctrine Begin) vise à empêcher tout autre État de la région de posséder l'arme nucléaire. En cherchant à stopper le programme nucléaire iranien, les États-Unis et Israël maintiennent un déséquilibre de puissance qui leur permet de conserver une liberté d'action militaire totale dans la région sans crainte de dissuasion nucléaire adverse.

5. Le défi au système financier "Pétrodollar".

En utilisant des monnaies alternatives pour ses échanges pétroliers afin de contourner les sanctions, l'Iran participe à un mouvement de "dédollarisation". Pour les États-Unis, c'est une attaque directe contre l'un des outils majeurs de leur domination mondiale : le dollar comme monnaie de réserve.

En conclusion, il s'agit d'une guerre pour savoir qui définit les règles du jeu, les alliances et les flux économiques au Moyen-Orient pour le XXIe siècle.

 Hachem Al

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