
Par Strategic Culture Foundation, éditorial du 17 avril 2026
L'illusion d'une Europe en tant que projet de paix démocratique s'estompe rapidement.
Les nations européennes sont détruites par la guerre et le militarisme, et pour ajouter à cette folie, leur classe politique et leurs médias accélèrent ce processus à un rythme toujours plus effréné.
Le sort du continent ne pourrait guère être plus menacé, alors qu'il est né des cendres de la Seconde Guerre mondiale dans l'espoir d'être un modèle de paix internationale.
Les élections controversées de cette semaine en Hongrie, qui ont vu le gouvernement de Viktor Orbán chassé du pouvoir, ont été dominées par des pressions politiques et financières exercées par les dirigeants de l'UE sur Budapest, en raison du rejet catégorique par Orbán de la politique belliciste de Bruxelles vis-à-vis de la Russie. Les Hongrois ont voté en pleine tourmente provoquée par Bruxelles, et sous la pression du chantage énergétique du régime de Kiev soutenu par l'OTAN. On craint que d'autres pays de l'UE, comme la Slovaquie, ne subissent des attaques similaires contre leur processus démocratique s'ils ne se conforment pas au programme de l'élite consistant à tout ramener à une confrontation existentielle avec la Russie.
Les citoyens européens subissent une crise économique provoquée par la guerre par procuration que mènent l'OTAN et l'UE contre la Russie. Les coûts du carburant, de l'énergie, de l'alimentation et d'autres dépenses courantes montent en flèche, conséquence directe de la guerre et du militarisme. Tout d'abord, les approvisionnements énergétiques en provenance de Russie ont été suspendus par les sanctions imposées par l'Europe. Et l'agression de Trump contre l'Iran a mis en danger les approvisionnements énergétiques du golfe Persique, aggravant la crise européenne.
Les États européens membres de l'OTAN semblent déterminés à entraîner leurs populations vers un crash catastrophique. Existe-t-il encore en Europe une représentation démocratique, y compris en Grande-Bretagne ?
Cette semaine en Grande-Bretagne, des appels virulents ont été lancés en faveur d'une augmentation massive du budget militaire, financée par une réduction drastique des investissements dans la protection sociale et autres services publics. Ces appels ont été menés par un ancien ministre britannique, George Robertson.
"Lord Robertson", membre de la Chambre des lords britannique (chambre non élue), est également un ancien secrétaire général de l'OTAN (1999-2003). Il appelle depuis longtemps le gouvernement britannique à augmenter le budget militaire, alors même que les chiffres montrent que la Grande-Bretagne consacre plus de dépenses à la soi-disant défense qu'à aucun autre moment depuis la fin de la guerre froide.
Lors d'une conférence publique très médiatisée, Robertson a déclaré, non sans une pointe d'hystérie :
"Nous sommes mal préparés. Nous sommes sous-assurés. Nous sommes attaqués. Nous ne sommes pas en sécurité... La sécurité nationale et la sûreté de la Grande-Bretagne sont en péril".Et de conclure : "Nous ne pouvons pas défendre la Grande-Bretagne avec un budget social en expansion".
L'actuel chef de l'OTAN, Mark Rutte, et d'autres dirigeants européens bellicistes comme lui, colportent la même illusion toxique, à savoir que des dépenses militaires record ne suffisent pas et que les dépenses sociales doivent être sacrifiées pour financer des augmentations en expansion des forces armées et des arsenaux d'armes - dont une partie est offerte au régime néonazi de Kiev pour alimenter la guerre contre la Russie.
Rutte a un jour fait ce commentaire sibyllin mais révélateur :
"La défense n'appartient pas à la même catégorie que les drogues illicites et la pornographie. Investir dans la défense, c'est investir dans la sécurité. C'est une nécessité".
Selon les chiffres de l'OTAN, ses 30 pays membres européens consacrent en moyenne 20 % de plus pour l'armée. L'année dernière, les dépenses totales se sont montées à 500 milliards de dollars. Et pourtant, nous dit-on, cela ne suffit pas à assurer "notre sécurité". Au cours de la prochaine décennie, les nations européennes, y compris la Grande-Bretagne, sont incitées à doubler leurs budgets militaires. Sous Trump, les États-Unis prévoient d'allouer 1 500 milliards de dollars à leur armée.
L'ancien diplomate britannique Peter Ford a condamné ce qu'il a qualifié de "welfare for warfare" [aide sociale pour la guerre].
"Nous ne devrions pas dépenser davantage pour ce qu'on appelle à tort la défense", écrit Ford, également vice-président du Parti des travailleurs de Grande-Bretagne. "Nous serions plus en sécurité en dépensant moins, en nous livrant à moins de gesticulations post-impériales, si nous cherchions à apaiser les conflits plutôt qu'à les exacerber, et si nous nous concentrions sur le front intérieur, où tant de choses ont été négligées et laissées à l'abandon".
Une autre voix sensée, celle du professeur Richard Murphy, a suggéré que Lord Robertson et ses semblables bellicistes représentent "le véritable ennemi" de la Grande-Bretagne et de l'Europe.
"La défense ne concerne pas [uniquement] les armes, les budgets ou la protection des intérêts de l'élite à l'étranger", a commenté le professeur Murphy. "La défense consiste à protéger les citoyens, en garantissant aux citoyens une vie à l'abri de la peur, y compris de la menace physique, de la pauvreté, du dénuement et de l'instabilité sociale qui ronge la nation de l'intérieur. Selon cette définition, la seule qui serve réellement la majorité des citoyens britanniques, la sécurité sociale n'est pas l'ennemie de la défense : elle en est le fondement".
La pauvreté s'accroît dans la société britannique, comme dans le reste de l'Europe. On estime que plus de 14 millions de personnes en Grande-Bretagne - soit plus de 20 % de la population - vivent dans la pauvreté. Un enfant britannique sur trois vit dans un foyer défavorisé, souffrant d'un logement, d'une alimentation, d'une éducation et de services de santé inadéquats.
Les élites européennes bellicistes comme Robertson, Rutte, Kaja Kallas et Ursula von der Leyen, qui tirent personnellement profit de l'industrie de l'armement grâce à des carrières lucratives et au lobbying, justifient leurs choix politiques antidémocratiques en ne cessant d'amplifier des menaces irrationnelles émanant prétendument de Russie, d'Iran, de Chine ou d'un autre ennemi supposé.
Les tensions internationales que génère ce bellicisme, en plus d'appauvrir la majorité des citoyens, ne mènent qu'à de nouveaux appels irrationnels en faveur d'un militarisme encore plus poussé, en raison du sentiment d'insécurité et de menace.
La Grande-Bretagne et les autres États européens doivent mettre fin au bellicisme. L'Europe a grand besoin de gouvernements qui ne se laissent pas contaminer par une russophobie et une paranoïa dignes du plus fort de la guerre froide.
Les gouvernements et médias européens, déboussolés, se plient aux exigences du complexe militaro-industriel transatlantique piloté par les États-Unis, dont les guerres illégales engendrent des flux migratoires massifs, des tensions internationales inquiétantes et des répercussions économiques dévastatrices.
Pour aggraver encore le tableau, les élites s'emploient à vider de leur substance les droits démocratiques fondamentaux des citoyens. La débâcle électorale en Hongrie est un signe inquiétant de notre époque. L'Europe se mue en une dictature belliciste où l'on inculque aux citoyens comment voter pour perpétuer et intensifier ce cycle mortifère.
L'illusion d'une Europe présentée comme un projet de paix démocratique ne tient plus la route. L'Europe retombe dans son schéma historique, soit un systeme belliciste contrôlé par l'élite, où la paix devient un sujet tabou.
Traduit par Spirit of Free Speech