
Le "Plan d'action européen pour les engrais" pourrait encore augmenter la pression sur l'agriculture européenne et renforcer sa dépendance aux importations. Wolfgang Hartmann met en garde contre un risque pour la sécurité d'approvisionnement due à des incitations politiques mal conçues.
Par Wolfgang Hartmann
Source: freilich-magazin.com
La politique européenne en matière d'engrais est aujourd'hui vivement critiquée: la hausse des coûts et une dépendance croissante aux importations pèsent sur l'agriculture et menacent la sécurité d'approvisionnement.
Ce qui se discute actuellement autour du "Plan d'action pour les engrais" de l'UE dépasse largement une simple question technique pour les responsables agricoles ou les entreprises chimiques. Il s'agit de savoir si l'Europe, et donc aussi l'Autriche, sera encore capable à l'avenir de maintenir une production alimentaire stable — ou si elle se laisse, de manière imprudente, entraîner vers une dépendance accrue aux importations.
Car les engrais ne sont pas une simple périphérie de l'agriculture moderne, mais l'un de ses piliers fondamentaux. Sans une alimentation suffisante en azote, phosphore et potassium, les rendements chutent. Les champs produisent moins, les coûts de production augmentent, et au final, moins de nourriture est produite. Ceux qui prétendent que les engrais ne sont qu'un sous-produit industriel parmi d'autres méconnaissent la réalité du terrain. Les engrais sont un facteur déterminant pour les récoltes, et les récoltes constituent elles-mêmes la base pour des aliments abordables et la sécurité d'approvisionnement.
Pression sur la production d'engrais
C'est précisément pourquoi l'évolution actuelle est si sensible. Depuis des années, le cadre européen en matière de climat et de régulation pèse lourdement sur les industries à forte consommation d'énergie. La production d'engrais appartient à ces secteurs particulièrement touchés par les prix élevés de l'énergie, les coûts de CO₂ et la surcharge bureaucratique. Si, dans ce contexte, on discute maintenant de mesures qui accroissent la pression concurrentielle par des importations moins chères, il ne s'agit pas d'une ouverture de marché intelligente, mais d'un nouveau coup porté à la production locale et européenne.
"En outre, le ministre autrichien de l'Agriculture, Totschnig, semble vouloir détruire définitivement l'industrie des engrais en Autriche", déclare clairement le député européen de la FPÖ, Roman Haider, à propos de la proposition de Totschnig d'interrompre le mécanisme européen de taxation carbone, le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), pour les importations d'engrais en provenance de pays tiers comme la Biélorussie. Avec le CBAM, certains biens en provenance de pays tiers sont soumis à une taxe punitive si leur production y est beaucoup moins coûteuse en raison de l'absence d'obligations environnementales dans ces pays.

Politique contradictoire
Ce qui est particulièrement problématique dans ce contexte, c'est le déséquilibre politique: d'un côté, on augmente sans cesse le coût de production dans notre propre espace par des réglementations motivées par des élucubrations idéologiques, et de l'autre, on envisage de favoriser les fournisseurs étrangers par des dérogations ou des assouplissements des mécanismes de protection supplémentaires. C'est une politique économique contradictoire et une menace pour l'agriculture. Ceux qui imposent des coûts élevés aux producteurs locaux ne doivent pas en même temps assouplir la protection contre la concurrence moins chère des pays tiers.
Mais ce qui pèse encore plus lourd, c'est la dimension stratégique. L'Autriche n'est pas totalement autosuffisante en matière d'approvisionnement alimentaire. En particulier pour les produits végétaux, l'autonomie est partielle. Cela signifie que toute faiblesse de l'agriculture nationale et de ses filières affaiblit encore plus la dépendance aux importations. Et cette dépendance peut, en périodes de stabilité, sembler pratique — mais en temps de crise, elle devient un risque.
Dépendance croissante aux marchés mondiaux
Les années passées auraient dû servir d'avertissement. La pandémie, la guerre, les problèmes des chaînes d'approvisionnement et la crise énergétique ont clairement montré à quelle vitesse les marchés internationaux peuvent se déséquilibrer. Ceux qui ne peuvent pas produire suffisamment par eux-mêmes paient le prix: coûts plus élevés, incertitude accrue, marge de manœuvre réduite. La sécurité d'approvisionnement ne commence pas seulement dans les rayons des supermarchés, mais beaucoup plus tôt — dans l'énergie, l'industrie, l'agriculture et, bien sûr, dans la production d'engrais.
La pénurie alimentaire ne signifie pas nécessairement des rayons vides en Europe, mais elle commence insidieusement: par des rendements en baisse, des coûts de production en hausse, une dépendance accrue aux importations et une forte hausse des prix des aliments. Ce qui, au début, semble une charge pour les agriculteurs, finit par toucher toute la population. Si les récoltes diminuent ou deviennent plus chères, la nourriture devient plus chère. Et si un pays ne peut plus assurer lui-même ses besoins essentiels dans certains domaines, il perd une partie de sa souveraineté économique et politique.
Sécurité d'approvisionnement plutôt qu'idéologie
C'est pourquoi il ne suffit pas de traiter les symptômes. Il faut une politique qui prenne la sécurité d'approvisionnement au sérieux. Cela implique de ne pas surcharger l'agriculture de nouvelles charges en permanence. Mais cela signifie aussi de préserver la base industrielle, indispensable à cette agriculture. Qu'on proclame le Green Deal sous sa forme actuelle comme une doctrine inviolable, c'est ignorer les conséquences concrètes pour la production, la compétitivité et le coût de la vie.

On peut vouloir la protection du climat, sans ruiner les fondements de notre approvisionnement. On peut poursuivre des objectifs environnementaux, sans mettre en même temps la pression sur les agriculteurs, l'industrie et les consommateurs. Ce qui ne fonctionne pas, c'est une politique qui privilégie les symboles d'idéologies abracadabrantes au détriment de la raison économique. Et cette impression ne cesse de s'intensifier dans la politique européenne des engrais.
Au final, la question est simple : l'Autriche pourra-t-elle encore à l'avenir produire une part essentielle de ses denrées alimentaires, ou se contentera-t-elle de devenir de plus en plus dépendante des marchés étrangers ? Ceux qui veulent renforcer l'autonomie alimentaire ne doivent pas traiter les engrais comme une question secondaire. Ils constituent une clé pour la récolte, la stabilité des prix et la résilience du pays en temps de crise.
Qui est Wolfgang Hartmann?
Wolfgang Hartmann est originaire de Haute-Autriche et travaille depuis des années, à plein temps, dans le secteurs des médias et de la presse.