25/04/2026 les-crises.fr  10min #312125

Comment Lindsey Graham a tout fait pour convaincre Trump de frapper l'Iran

Peu de personnes dans l'entourage du président ont plaidé en faveur d'une attaque avec autant d'efficacité que le sénateur de Caroline du Sud.

Source :  The Wall Street Journal, Josh Dawsey
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le sénateur Lindsey Graham (Républicain, Caroline du Sud) Caroline Gutman pour le WSJ

Lorsque Lindsey Graham tentait de convaincre Donald Trump de bombarder l'Iran, il aimait jouer au petit jeu des bons mots avec le président.

"Je dis Franklin Roosevelt, et vous, qu'est ce que vous répondez ?" a demandé le sénateur républicain de Caroline du Sud. La bonne réponse : "Vous n'avez rien à craindre sauf la peur elle-même."

Tout en passant en revue des phrases présidentielles mémorables, Graham a demandé à Trump quelle serait la sienne. Trump a répondu qu'il ne savait pas, se souvient Graham. "Continuez à manifester, les secours arrivent", a suggéré Graham, faisant référence à un message publié par Trump sur les réseaux sociaux en janvier, dans lequel il exhortait les Iraniens à tenir tête à leur gouvernement.

Peu de gens ont réussi à convaincre Trump de se lancer dans la manœuvre la plus risquée de sa présidence avec autant d'efficacité que Graham, un partisan de la ligne dure et un homme tenace, qui entretient depuis plus d'une décennie une relation tantôt étroite, tantôt tumultueuse avec Trump.

Certains démocrates, et même certains républicains, pointent du doigt Graham, qu'ils accusent d'avoir poussé Trump à s'engager dans un conflit au Moyen-Orient sans avoir vraiment de stratégie quant à l'évolution de la situation à long terme.

Le sénateur Lindsey Graham s'entretient avec des journalistes à bord d'Air Force One en compagnie du président Trump, en janvier. Alex Brandon/AP

"Lindsey n'a jamais vu une bagarre qu'il n'ait pas voulu transformer en raid aérien", a déclaré le député Tim Burchett (Républicain, Tennessee). Le sénateur Rand Paul (Rép., Kentucky) a estimé qu'il faudrait adopter une loi régissant la fréquence à laquelle Graham se rend à la Maison Blanche ou joue au golf avec Trump. Les efforts de Graham pour orienter le mouvement MAGA vers un changement de régime constituaient "la manœuvre politique par excellence, au-delà de toute manœuvre politique", a déclaré Paul.

Assis cette semaine dans son bureau au Sénat, entouré de boîtes de cacahuètes Planters, de centaines de papiers éparpillés sur son bureau et de casquettes MAGA dédicacées sur ses étagères, Graham était presque surexcité à l'idée de convaincre Trump de bombarder l'Iran. L'une des casquettes les plus récentes porte l'inscription "Make Iran Great Again". "Que vont-ils bien pouvoir me faire ?", a-t-il déclaré à propos des détracteurs qui s'opposaient à ses efforts.

Le sénateur a déclaré qu'il était déjà en pourparlers avec Trump au sujet de nouvelles interventions militaires au Liban et éventuellement à Cuba, qui selon lui, devraient avoir lieu prochainement. Il a ajouté qu'il ne se faisait pas particulièrement de soucis quant à la suite des événements en Iran.

Au lendemain du début de l'attaque, Graham a déclaré dans l'émission "Meet the Press" (À la rencontre de la presse) sur NBC que l'objectif de l'opération en Iran "est de modifier la menace, et non le régime", ajoutant que les États-Unis ne choisiraient pas le prochain dirigeant iranien.

Graham a participé à une manifestation organisée en février en Allemagne par les opposants au régime iranien. Michaela Stache/AFP/Getty Images

"On dit souvent que si on casse quelque chose, c'est qu'on en est responsable. Je ne suis pas d'accord avec ça. On le casse quand cela représente une menace", a déclaré Graham lors de son entretien avec le Journal.

À la Maison Blanche, certains conseillers militaires ont mis en garde Trump contre ce conflit, un groupe que Graham a qualifié de "partisans de la non-ingérence". Graham a déclaré que miser sur un second mandat de Trump en valait la peine, ne serait-ce que pour les interventions militaires du président.

"Au cours de son premier mandat, a déclaré Graham, Trump n'aurait probablement pas bombardé l'Iran. Il n'avait pas autant confiance dans l'armée et ne connaissait pas aussi bien les rouages du monde", a-t-il ajouté. "Le Trump du second mandat a des instincts différents de ceux du Trump du premier mandat", a déclaré Graham.

"D'autres présidents républicains n'auraient pas non plus donné leur feu vert à l'opération en Iran", a-t-il déclaré, ce qu'il ne cesse de rappeler à Trump.

Graham a déclaré que Trump, maintenant que les forces américaines ont capturé l'homme fort vénézuélien Nicolás Maduro et bombardé l'Iran, est davantage enclin à mener de nouvelles interventions. "C'est quelque chose que les gens ne comprennent pas : à quel point il est plus sûr de lui", a déclaré Graham.

Pour étayer son argumentation sur l'Iran, Graham s'est rendu à plusieurs reprises en Israël ces dernières semaines, où il a rencontré des membres des services de renseignement du pays. "Ils me disent des choses que notre propre gouvernement refuse de me dire", a-t-il déclaré. Il s'est entretenu avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, lui donnant des conseils sur la manière de faire pression sur le président pour qu'il passe à l'action. Netanyahu a présenté au président des renseignements qui ont convaincu Trump d'aller de l'avant, a déclaré Graham.

Sur une photo fournie par le gouvernement israélien, Graham a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem le mois dernier. Maayan Toaf/Israel GPO/Zuma Press

Graham s'est également entretenu avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, pour s'assurer qu'il était au courant. "Je suis allé voir MBS pour lui dire : Bon, je crois que ça va se passer."

Les représentants des ambassades d'Israël et d'Arabie saoudite n'ont pas souhaité faire de commentaires. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que Donald Trump était souvent en contact avec les législateurs et entretenait une relation franche et de qualité avec Graham. "Les républicains soutiennent à l'unanimité la décision audacieuse du président Trump de lancer des opérations de combat et de mettre fin à la menace que représente le régime terroriste iranien", a-t-elle déclaré.

Le jeu long de Graham

Graham aspire depuis longtemps à un changement de régime en Iran, mais il n'a jamais eu de président prêt à aller aussi loin que Trump. En 2015, Trump avait fait le coup de théâtre de lire le numéro de portable de Graham sur scène, après que ce dernier l'eût traité d'imbécile. Graham a vivement critiqué Trump à propos de l'émeute provoquée par ses partisans le 6 janvier 2021 au Capitole. Trump a fait remarquer à ses collaborateurs à quel point Graham se faisait huer lors des rassemblements du président en Caroline du Sud, et Graham a parfois agacé Trump par sa persévérance, selon des responsables de la Maison Blanche.

Graham est revenu vers Trump, en partie parce qu'il souhaitait définir sa vision de la politique étrangère face aux figures isolationnistes au sein du mouvement MAGA. Le fait d'être revenu vers Trump avant les autres après le 6 janvier, a-t-il déclaré, lui a donné davantage de poids en matière de politique étrangère.

"Lindsey a une mentalité interventionniste qui se caractérise par une vision idéaliste du rôle des États-Unis dans le monde", a déclaré Marc Short, qui a longtemps été chef de cabinet de Mike Pence. "Le président ne partage pas ce point de vue, mais il ne considère pas non plus systématiquement que les États-Unis doivent rester en dehors de toute implication à l'étranger."

Graham est réaliste à propos de Trump. Il a plaisanté en disant aux autres que les Ukrainiens devraient construire une Trump Tower à Kiev s'ils voulaient que Trump apporte davantage de soutien au pays.

Au sujet de l'Iran, Graham a comparé le dirigeant iranien à Adolf Hitler et a déclaré à Trump que l'Iran se trouvait dans une position historiquement faible. Ils ont évoqué les tentatives du régime visant à assassiner Trump en 2024. "Si vous pensez que Trump a la mémoire courte, vous vous trompez", a déclaré Graham.

Graham lors d'une conférence de presse en 2024, plaidant en faveur d'une autorisation du Congrès pour une intervention militaire contre l'Iran et le Hezbollah. Will Oliver/Shutterstock

Il a rappelé à Trump qu'il avait déchiré l'accord sur le nucléaire iranien conclu par Obama. C'était l'occasion pour Trump d'entrer dans l'histoire, a fait valoir Graham au président. Graham a expliqué qu'il avait abordé la question de l'Iran avec Trump pour la première fois pendant la période de transition présidentielle, lors d'une partie de golf, en lui disant que l'Iran resterait toujours un obstacle à la normalisation des relations dans la région.

Pendant des mois, Graham s'est acharné sur cette affaire, irritant parfois les hauts responsables de la Maison Blanche. L'un d'eux l'a qualifié d'"horripilant oncle fou". Il ne cessait de se présenter dans les clubs de Trump en Floride.

Après les frappes américaines contre l'Iran en juin, Graham a déclaré que le président était "aux anges". L'Iran continuerait à fabriquer davantage de missiles et de matières nucléaires, lui a-t-il dit.

Le général à la retraite Jack Keane a collaboré avec Graham pour étayer les arguments en faveur d'une intervention américaine en Iran. Gripas Yuri/Zuma Press

Alors que d'autres conseillers, dont l'envoyé spécial pour le Moyen-Orient Steve Witkoff, faisaient pression pour que les négociations aboutissent, Graham prônait un changement de régime. "J'ai dit : Ils ne veulent pas négocier", a-t-il déclaré. "Ils n'essaient pas d'acheter une maison. Ils essaient de mettre le feu à la vôtre."

Pour étayer son argumentation, Graham a déclaré avoir travaillé en étroite collaboration avec deux autres hommes : le général à la retraite Jack Keane, collaborateur de Fox News, et Marc Thiessen, ancienne plume des discours de l'ancien président George W. Bush. Le trio s'est relayé pour appeler le président, a-t-il précisé, et a comparé ses notes. Graham a ajouté qu'"il n'y avait pas beaucoup d'autres voix" pour plaider en faveur d'une intervention.

Thiessen et Keane ont rédigé des tribunes libres et sont intervenus à la télévision pour attirer l'attention de Trump. Ce dernier a publié en ligne des articles de Thiessen, dont un dans lequel celui-ci affirmait que les Iraniens pourraient constituer les "forces terrestres". Aucun des deux hommes n'a répondu aux demandes de commentaires.

Le Liban ensuite

De nombreux proches du président s'inquiètent de l'avenir des États-Unis en Iran, et Trump a exposé différentes visions pour ce pays. Ils se demandent comment trouver une échappatoire. Graham a déclaré que cela ne l'inquiétait pas.

Graham se montre également sceptique face à ceux qui craignent qu'une guerre ne démoralise les partisans de Trump à l'approche des élections de mi-mandat, et il a déclaré que le mouvement MAGA finirait par soutenir ces efforts.

Au contraire, lorsque Trump a appelé Graham cette semaine pour saluer ses interventions télévisées en faveur de la guerre, Graham y a vu une opportunité. Le sénateur a déclaré avoir proposé à Trump de bombarder des cibles iraniennes et du Hezbollah au Liban. Il a baptisé cette intervention "Opération Semper Fi", en hommage à l'attentat à la bombe de 1983 contre la caserne des Marines américains à Beyrouth, qui avait coûté la vie à 241 militaires américains, affirmant que Trump pourrait aller encore plus loin que l'ancien président Ronald Reagan.

Trump a dit qu'il y réfléchirait, se souvient Graham. "Je pense simplement qu'il a pris conscience des capacités de nos forces armées", a déclaré Graham.

Lors d'un déjeuner privé avec des sénateurs mardi, Graham s'est opposé à d'autres républicains qui souhaitaient obtenir davantage d'informations sur la guerre menée par Trump, ainsi qu'à certains qui voulaient limiter son pouvoir. Il a fait valoir que Trump s'acquittait de sa tâche mieux que jamais.

"Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il n'y a pas plus de gens qui le font", a déclaré Graham. "Essayez d'influencer le cours de ces événements. Nous vivons là un moment historique. Il suffit de se jeter à l'eau."

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Publié dans l'édition papier du 7 mars 2026 sous le titre "Graham, de Caroline du Sud, fait depuis longtemps pression sur le président pour qu'il attaque l'Iran."

Josh Dawsey est journaliste spécialisé dans les enquêtes politiques et les affaires économiques pour le Wall Street Journal. Il travaillait auparavant comme journaliste spécialisé dans les affaires économiques et les enquêtes politiques pour le Washington Post.

Source :  The Wall Street Journal, Josh Dawsey, 06-03-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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