28/04/2026 ssofidelis.substack.com  5min #312315

L'impérialisme — ce vulgaire spectacle de guignols

Par Karim pour  BettBeat Media, le 27 avril 2026

Le culte de l'homme fort

On nous dit d'observer les hommes. Toujours les hommes. Trump, avec son air prétentieux et ses accès de rage incontrôlée. Benyamin Netanyahu, avec son sourire sarcastique - toujours ce sourire cynique ! - et le sang des enfants sur leurs manches de costume. On nous dit qu'ils sont les têtes pensantes, les tyrans, les maux singuliers de notre époque. Les médias d'État corporatistes colportent cette fiction, la plus pernicieuse jamais racontée, selon laquelle l'histoire ne serait due qu'à la cruauté d'individus plutôt qu'aux systèmes qu'ils servent.

C'est de la malbouffe intellectuelle. C'est la tétine fourrée dans la bouche d'une population qui, sans quoi, pourrait se mettre à poser des questions dérangeantes.

Personnifiez la catastrophe et vous la neutraliserez. Exigez la démission de l'homme et le système qui l'a produit survivra, intact, prêt à fabriquer un autre exemplaire du même acabit. Le grand guignol continue. On ne voit jamais les mains. Tandis qu'on débat du nombre de doigts de Netanyahou et des inepties de Trump, les bombes pleuvent sur Rafah.

Prenons Hitler, cette figure totémique invoquée pour terrifier les écoliers et faire taire la dissidence. L'histoire qui nous est transmise est celle d'un fou charismatique qui aurait hypnotisé une nation civilisée pour la plonger dans la barbarie. C'est une fiction pour enfants. La vérité est bien plus laide, mais aussi bien plus instructive. Krupp a fabriqué les canons. IG Farben le Zyklon B. Thyssen et Flick ont injecté des millions dans le parti. La Deutsche Bank a blanchi les avoirs saisis. Ford et IBM ont apporté leur expertise américaine. Les camps de la mort n'étaient pas l'œuvre d'un seul homme exalté. Ils ont été le produit délibéré de grandes entreprises qui ont financé, orchestré et nourri l'Holocauste - et qui sont ressorties de Nuremberg avec leurs fortunes intactes, leurs dirigeants vaguement sermonnés et leurs usines reconstruites avec de l'argent américain. Ce n'est pas Hitler qui a mobilisé le capital. C'est le capital qui a propulsé Hitler. Et une fois le travail terminé, le capital s'est simplement rebaptisé.

Telle est la leçon que l'empire ne veut pas que vous compreniez.

Voyons maintenant Gaza. Observons les décombres de Khan Younis, les cadavres d'enfants extirpés des gravats, les médecins exécutés dans leurs hôpitaux, les journalistes pourchassés malgré leurs gilets pare-balles marqués PRESS, les femmes invisibles violées à répétition dans les geôles tortionnaires israéliennes. Puis demandons-nous qui mène cette guerre. Netanyahu ? Cet homme n'est qu'un pantin. Il est remplaçable, et sa coalition le sait.

C'est BlackRock qui mène la danse, avec des participations majoritaires dans Lockheed Martin, Raytheon, General Dynamics et Northrop Grumman - tous ces producteurs d'armes qui alimentent le carnage. C'est aussi Palantir qui, grâce à ses systèmes de ciblage, fait de certains immeubles d'habitation des tombeaux. Enfin, ce sont encore Google et Amazon les promoteurs de la guerre, avec leur contrat du projet Nimbus, pierre angulaire de l'occupation. La guerre, c'est enfin la constellation des milliardaires qui financent l'AIPAC et s'assurent que tout politicien américain opposé au massacre des Palestiniens soit anéanti à la prochaine primaire.

Confrontons Trump à BlackRock. Opposons Netanyahou à la caste des donateurs. Plaçons n'importe quelle personnalité politique devant les milliers de milliards de dollars et la permanence institutionnelle de l'État corporatiste. Le résultat est évident. Il l'a toujours été. Nous refusons de l'admettre, car l'admettre nous contraindrait à renoncer à la fiction réconfortante de la prétendue démocratie.

Le sionisme est le capital.

Élevé au rang de projet idéologique sacré, le sionisme ne peut survivre sans le capital. Faites disparaître les milliardaires. Eliminez les industriels de la défense qui tirent des profits obscènes de l'effacement de la population palestinienne. Éradiquez les entreprises technologiques qui facilitent et rentabilisent l'occupation. Anéantissez le réseau de l'AIPAC qui achète la loyauté du Congrès. Que reste-t-il ? Un mythe déchu. Une théologie sans substance, rejetée par ses propres rabbins et reléguée dans l'oubli, comme une chimère fantasmée par des excentriques et des hérétiques. Et le mythe s'effondre aussitôt.

Vient alors l'objection prévisible, celle murmurée par les courtisans de la classe libérale. Les individus n'ont-ils pas leur libre arbitre ? Trump n'a-t-il pas imposé ses droits de douane ? Netanyahu n'a-t-il pas déclenché sa guerre ? Oui, ils ont choisi. Mais de l'intérieur de la cage.

Les politiciens ont la latitude de décider comment servir le capital. Mais pas suffisamment pour le défier.

Allende a essayé. Sankara, Lumumba, Mossadegh et Arbenz aussi. Ils ont été assassinés, destitués ou ensevelis sous les décombres de coups d'État orchestrés par l'alliance entre l'État et les entreprises, qui sert aujourd'hui de toile de fond passive aux agissements de l'homme providentiel. C'est toute la différence entre agir et détenir le pouvoir. Trump peut choisir son cabinet. Il ne peut pas choisir ses maîtres.

D'où l'importance du culte de la personnalité. Ce n'est pas un effet secondaire de notre discours politique. C'est le discours lui-même. Il permet d'absorber la rage du public et l'oriente vers un homme, afin que le système qui l'a produit ne soit jamais contesté, investigué ou renversé. Quand Trump partira, les guerres continueront. Quand Netanyahu quittera la scène, l'apartheid perdurera. Les meurtres continueront. Les spoliations aussi. Car aucun de ces deux hommes n'a jamais véritablement été aux commandes.

Nous assistons à un vulgaire spectacle de marionnettes, et nous débattons pour désigner la plus grotesque.

Mais les marionnettistes restent invisibles.

Telle est la ruse.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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