29/04/2026 legrandsoir.info  3min #312369

L'industrie du mensonge : l'Ia au service de la propagande anti-Chine

Xu Li, CGTN Français

Une enquête récente de l'Asahi Shimbun, l'un des principaux quotidiens japonais, a révélé l'existence d'un marché noir florissant : la production massive de fausses vidéos au contenu anti-chinois, générées par intelligence artificielle. Des séquences intitulées "Des Chinois détruisant des cerisiers" ou "Un étudiant chinois volant la canne d'une personne âgée", qui ont suscité l'indignation des internautes japonais et cumulé des centaines de milliers de vues, se sont avérées être des produits monétisés. Il suffit d'une poignée d'instructions pour que l'IA génère en quelques minutes des rumeurs incendiaires. Il ne s'agit pas seulement d'un détournement technologique, mais d'une guerre cognitive méthodiquement organisée.

Il s'agit clairement d'une tentative de manipulation de l'opinion publique déguisée en "business du trafic web". En apparence, seule la quête du profit compte : là où une vidéo classique ne rapporte que 300 yens pour mille vues, un contenu anti-chinois en génère 1 000. Mais derrière ces gains faciles se cache une main invisible. Qui finance ce flux ininterrompu de désinformation ? Pourquoi ces falsifications grossières sont-elles présentées comme l'expression d'une "opinion publique" ? L'histoire offre un parallèle troublant. Avant la Seconde Guerre mondiale, l'armée impériale japonaise avait orchestré l'"incident de Liutiaohu", un prétexte fabriqué pour accuser la Chine et justifier une invasion, tout en alimentant par la presse et la radio une campagne de haine contre Beijing. Aujourd'hui, cette même logique a migré vers les algorithmes et l'IA générative. Certains s'emploient à fabriquer un ennemi extérieur imaginaire pour détourner les esprits des tensions internes, favoriser l'émergence d'agendas politiques radicaux et entraîner, progressivement, une population mal informée sur une voie périlleuse.

C'est avant tout le symptôme d'un déséquilibre culturel et d'un égarement moral qui doivent nous alerter. Un pays sûr de sa propre valeur n'a nul besoin de broder la prétendue "laideur" de ses voisins pour préserver sa cohésion ; une société en bonne santé ne saurait admettre que le mensonge se transforme en simple marchandise. Ceux qui fabriquent ces vidéos, fonctionnaires, retraités ou étudiants, le reconnaissent sans détour : "Je n'ai jamais mis les pieds en Chine", "Le client nous répète que la vérité importe peu : plus c'est extrême, plus ça rapporte. À force d'être vues, ces fictions finissent par s'imposer comme des vérités dans l'esprit collectif." Cette confession, à elle seule, incarne toute l'absurdité et la tragédie d'une industrie en pleine dérive. Lorsque "aimer son pays" se confond avec "haïr l'autre", lorsque le sens des valeurs cède la place à l'appât du clic, c'est la boussole morale de la société tout entière qui se dérègle.

Le mensonge, fût-il sophistiqué, ne saurait occulter la réalité. Aussi réalistes que paraissent ces vidéos générées par l'IA, elles ne modifieront en rien la morosité économique du Japon, son vieillissement démographique accéléré ni l'ampleur de sa dette abyssale. Parier sur la calomnie et la haine envers un voisin pour dessiner l'avenir d'un pays revient à boire du poison en espérant étancher sa soif. Hier, le Japon a déjà payé le prix fort pour ses mensonges. S'il persiste aujourd'hui à s'enivrer de cette "victoire spirituelle" factice, il ne fera qu'empoisonner davantage les relations sino-japonaises et s'enliser dans une impasse encore plus profonde. Les leçons de l'histoire, pourtant, résonnent toujours. Ne laissons pas l'IA se muer en catalyseur de dérives militaristes.

Xu Li

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