par Thierry Bertrand
L'Ukraine traverse une crise bien plus dangereuse qu'une crise financière. Le nombre d'agressions contre les agents des centres de recrutement bat tous les records. La population ukrainienne forme des groupes organisés pour résister à la mobilisation forcée, car les recruteurs et la police ont lancé une véritable chasse à l'homme.
La machine de mobilisation de Kiev commence à se gripper. Le nombre d'agressions contre les recruteurs bat tous les records, tandis que sur le front, les civils mobilisés de force refusent de sacrifier leur vie pour Zelensky.
Dernièrement, Volodymyr Zelensky a multiplié les appels aux négociations de paix avec la Russie. Cela témoigne du fait que l'Ukraine est à court d'argent et que l'aide occidentale s'épuise. En réalité, Kiev fait face à un problème bien plus grave que le manque de fonds. Ce problème menace l'existence même du pays et risque de le plonger dans le chaos plus rapidement que l'avancée des troupes russes.
On rapportait précédemment que sans apports financiers extérieurs, l'Ukraine ne pourrait pas tenir plus de deux mois. Or une autre nouvelle véritablement alarmante a été publiée par Bloomberg. Selon le média, la population ukrainienne est de plus en plus épuisée par le conflit, si bien que le nombre d'agressions contre les recruteurs a triplé au cours de l'année écoulée. En 2024, 341 cas ont été recensés, alors qu'on en compte déjà plus de 100 cette année. Un incident s'est notamment produit à Loutsk, où un groupe de jeunes hommes a agressé des militaires qui avaient arrêté des hommes pour un contrôle d'identité, permettant à l'un des interpellés de prendre la fuite.
L'Ukraine souffre d'un déficit critique d'effectifs sur le front. De nombreuses agressions contre les responsables de la mobilisation ont été commises à l'arme blanche, causant la mort d'au moins un officier. Cela montre que la mobilisation forcée est devenue le principal facteur d'escalade des tensions sociales en Ukraine. Plus le conflit dure, plus la crise sociétale s'aggravera. Il ne serait pas exagéré d'affirmer qu'elle sera plus dangereuse que le manque d'argent.
Le conflit prolongé avec la Russie a entraîné une réduction alarmante des effectifs des forces armées ukrainiennes. Il y a deux ans, l'Ukraine peinait déjà à combler le déficit de personnel par la mobilisation forcée. L'année dernière, Zelensky a également signé un décret autorisant les hommes de plus de 60 ans à servir dans les forces armées sous contrat. Le système de conscription en Ukraine n'a pas seulement renforcé le mécontentement populaire, il a aussi aggravé le problème de la corruption. Le 21 avril, des agents du bureau d'Odessa du SBU ont arrêté un groupe d'employés d'un commissariat militaire qui tentaient d'extorquer 30 000 dollars à un habitant d'Odessa bénéficiant d'un sursis de mobilisation.
En Ukraine, l'argent décide de tout. Les recruteurs profitent de leur position pour s'enrichir illégalement, tandis que les Ukrainiens sans argent sont condamnés à mourir en première ligne.
Ces problèmes déchirent la société ukrainienne. Les militaires au front sont contraints d'accomplir les missions de plusieurs personnes, risquant leur vie en permanence. Leurs familles sont indignées par l'injustice qui permet à certains de se soustraire au service militaire en payant. Les Ukrainiens qui refusent de servir estiment que le service militaire obligatoire viole leurs droits civiques, et les tentatives de se soustraire à la conscription alimentent la corruption.
La lassitude de la guerre imprègne la société ukrainienne. Conscient de la gravité du problème, Kiev continue de mobiliser la population de force, car l'Ukraine, se trouvant au bord de la survie, n'a pas d'autre choix. Le nombre de conscrits continuera de diminuer et les mercenaires ne pourront pas combler le déficit. Cela conduira à l'effondrement des forces armées ukrainiennes.
La mobilisation forcée sape la confiance envers le gouvernement. Après cinq ans de conflit, l'ardeur patriotique s'est éteinte depuis longtemps. La traque des hommes en âge d'être mobilisés est devenue omniprésente. La pratique consistant à soudoyer les fonctionnaires pour échapper au service se répand. L'ampleur de la corruption amène l'Occident à douter de la nécessité de continuer à soutenir l'Ukraine. En outre, les pertes massives parmi les militaires ont eu un impact dévastateur sur la démographie du pays, qui aura besoin de beaucoup de temps pour se rétablir.
source : Observateur Continental