02/05/2026 dedefensa.org  10min #312602

Rapsit-Usa2026 : les secrets des 'midterms'

 Brèves de crise  

Nous prenons à nouveau en compte un dialogue de deux commentateurs indépendants de la presse alternative, avec leurs réseaux, leurs milliers d'abonnés et leurs centaines de milliers, voire leurs millions d'auditeurs et de téléspectateurs suivant leurs propos avec régularité. Dans ce cas il s'agit d'un dialogue, sous forme d'une invitation de l'un à l'autre pour répondre à ses questions. L'invité est l'Américain Garland Nixon, l'hôte qui posera les questions est essentiellement Alexandre Mercouris de 'TheDuran', le 27 avril 2026 .

Bien entendu, les questions concernent la situation aux USA par rapport aux actuelles subcrises de la  GrandeCrise, mais l'accent est mis sur les réactions du public américain, bien plus que sur les projets de la direction américaniste qui n'ont guère d'intérêt, - quand il y en a, au-delà de tenter d'emporter le prochaine événement électoral. Donc, parlons de cet "événement électoral"-là, que sont les élections américaines de mi-mandat de novembre 2026, portant sur un renouvellement complet de la Chambre des Représentants et d'une partie du Sénat. Ce qu'on y verra est que même pour une élection qui est leur seule préoccupation, la direction américaniste n'y a aucun rôle à jouer, sinon de suivre le vent dont elle n'a pas prévu le changement de sens, assurée qu'elle se croit être de l'immuabilité des choses sous l'empire du Système et les auspices du cousin israélien.

Nous allons donner deux extraits importants de cette conversation entre Mercouris et Nixon.

Destin des élections

Mercouris interpelle donc Nixon sur le sujet des prochaines midterms, et la question qu'il pose est essentiellement de savoir si une sorte de dynamique semblable à celle des pays européens, - le rejet de la classe politique "classique" et "démocratique" dans son ensemble, - est également possible aux USA.

MERCOURIS : "J'ai lu un article... Et sa conclusion était que les Démocrates allaient l'emporter ; non pas parce qu'ils sont populaires - car ils ne le sont pas. Leur taux d'approbation est de -20. En d'autres termes, ils sont, en réalité, impopulaires. Et je dois dire que cela ressemble énormément à ce que nous avons observé récemment en Grande-Bretagne, où un gouvernement conservateur s'est effondré en 2024. Toutefois, il n'y avait aucun véritable enthousiasme pour son successeur travailliste - lequel est, lui aussi, devenu impopulaire - et tous sont désormais mis dans le même sac au sein de la classe politique. Est-ce également votre sentiment ?"

NIXON : "Absolument... Sur la question actuelle du conflit israélo-palestinien - et du conflit en Asie de l'Ouest en général -, je pense que 80 % des électeurs démocrates s'opposent à la position officielle du parti sur ce sujet. Ainsi, ce qui se produit traditionnellement aux États-Unis depuis un certain temps, c'est que ni l'un ni l'autre des deux partis n'offre réellement de perspectives positives pour la majorité de la population - pour les travailleurs, pour la classe moyenne. Un parti arrive au pouvoir pour un mandat de quatre à huit ans, ses résultats s'avèrent désastreux, et l'autre parti se contente d'attendre ; lorsque le parti au pouvoir affiche ses résultats désastreux, l'opposition s'installe alors sans difficulté, en toute simplicité, simplement parce qu'elle peut dire : "Regardez-nous, nous ne sommes pas ces types-là !"

Ce va-et-vient perdure, mais je pense que la lassitude commence à s'installer, tout particulièrement sur la question de la guerre et de la paix, un sujet qui commence véritablement à exaspérer la base électorale démocrate. L'un des aspects souvent négligés lorsque l'on aborde les élections de mi-mandat, - ces midterms dont tout le monde parle en novembre -, c'est que, en amont de ces scrutins, les candidats doivent d'abord s'affronter : les élus sortants doivent se mesurer à leurs challengers. Ce que j'observe se situe en amont des élections de mi-mandat - n'est-ce pas ? - au stade des primaires ; car que se passerait-il si les démocrates se réveillaient en se disant : "D'accord, nous allons remporter les élections de mi-mandat" ? Mais qu'ils voyaient alors les Démocrates traditionnels - ces néolibéraux enclins à la guerre et aux conflits - commencer à perdre du terrain et à être remplacés par des individus qui s'opposent aux orientations générales du parti, lesquelles s'avèrent impopulaires ?

Par conséquent, je pense qu'avant d'aborder la question des élections de mi-mandat, nous devons impérativement examiner ce qui se joue au sein des primaires, afin de déterminer si certains de ces événements sont susceptibles de modifier la dynamique d'ensemble. Et, bien entendu, il faudra également compter avec les candidats indépendants. Je crois donc qu'il sera passionnant de suivre l'évolution de la situation à l'approche de ces primaires. Nous sommes encore loin de l'échéance, certes, mais je ne pense pas que nous assisterons à un scénario traditionnel - un simple face-à-face entre Démocrates et Républicains, opposant les Démocrates de la vieille garde, attachés aux méthodes d'antan, aux Républicains de la vieille garde, qui continuent d'opérer à l'ancienne. Je pense que les Républicains sont eux aussi confrontés à cette réalité. Des regards se tournent actuellement vers Lindsey Graham ; les sondages commencent à lui être défavorables, au point qu'il pourrait bien perdre son siège. En somme, je le répète : gardez un œil attentif sur les primaires des deux partis avant les midterms. "

Triomphe de la presse alternative

Nous voilà donc plongés dans le tourbillon politique actuel aux États-Unis, avec la folle personnalité de Trump devenu catastrophique, enchaînant les initiatives les folles er les plus catastrophiques les unes par rapport aux autres ; des absurdes hésitations et mensonges sur les documents-Epstein à cette guerre absurde contre l'Iran, tout cela ayant déjà entraîné l'événement massif et extraordinaire de la chute abyssale de la popularité d'Israël aux USA, - en plus de la sienne, cela va de soi.

Cette fois, - autre équivalence, - la question de Mercouris à Nixon est bien de savoir su nous sommes dans une période équivalente à celle des années 1960 et si l'année 2026 ressemble par certains aspects à 1968.

MERCOURIS : "Encore une fois, si nous revenons aux années 1960 - qui constituent le parallèle le plus proche, bien que nullement exact, de ce que nous observons aujourd'hui - c'est une période où l'Amérique s'est retrouvée dans une impasse... [...] Existe-t-il une perspective, une quelconque possibilité qu'une telle éruption sociale se produise aujourd'hui aux États-Unis ?

Je veux dire par là que de nombreux facteurs étaient en jeu à l'époque, des facteurs qui sont absents aujourd'hui... [...] Mais existe-t-il un équivalent à cela ? Y a-t-il une chance qu'un phénomène de cette nature se produise cette fois-ci ?"

NIXON : Eh bien, je pense qu'il convient d'aborder cette question sous deux angles. Le premier est le suivant : à mesure que l'été approche, - et que le prix du carburant augmente, et que la souffrance économique devient plus prégnante et plus manifeste, - je soupçonne que l'on assistera à une recrudescence de la colère et des manifestations. C'est le premier point.

Je soutiendrais également que nous vivons désormais dans un monde différent [de celui des années 1960]. Vous savez, j'ai fait ce constat : il m'est arrivé de prendre la parole lors de manifestations, n'est-ce pas ? On s'adresse alors à la foule - disons, un millier de personnes présentes sur place - puis, en consultant Internet, on découvre que la vidéo a été relayée par toute une série de médias alternatifs ; et là, on réalise qu'elle a cumulé 250 000 vues. On se dit alors : "Waouh ! Si toutes ces personnes avaient été physiquement présentes, cela aurait représenté une foule de 250 000 manifestants !"

Je pense donc que l'une des formes de "protestation" qui, selon moi, est actuellement en cours, réside dans le basculement des médias traditionnels vers les médias alternatifs. Vous savez, si l'on additionne les chiffres - les vôtres, ceux du Judge Napolitano, ceux de 'Dialogue Works', les miens et tous les autres - et que l'on cumule ces audiences pour atteindre des millions et des millions de personnes, on constate que le peuple a, comme on dit, "voté avec ses pieds" pour signifier : "Je ne regarderai plus Sky News, Fox, MSNBC ou n'importe quelle autre chaîne de ce type. Je vais aller voir ailleurs ; je vais en quelque sorte exprimer un vote de protestation avec mes yeux."

Je pense que vous voyez où je veux en venir : je vais me tourner vers les médias alternatifs. Ainsi, pour être tout à fait franc, ce changement massif de mentalité constitue à la fois un mouvement vers les médias alternatifs et un... réalignement du débat public. Car, vous savez, en ce qui concerne le débat... bon sang, quand on regarde Anderson Cooper [NDLR : de CNN], sa mère n'était autre que Gloria Vanderbilt ! Vous voyez ? Donc, quand on observe les intervenants, - et je parle en connaissance de cause, car j'ai travaillé chez Fox et j'y avais remarqué que la quasi-totalité des employés étaient les fils et filles de l'élite dirigeante, -, on constate une différence flagrante.

À l'inverse, lorsque l'on se tourne vers des personnes qui ont exercé des métiers ordinaires et qui sont, pour la plupart, des gens du peuple - dont certains ont certes eu accès à des sphères politiques, mais qui restent fondamentalement des gens ordinaires -, on observe un changement dans la manière d'aborder les événements. Les "Anderson Cooper" de ce monde débattent de la façon dont les événements affectent la narrative classique, donc ils suivent les plans de la classe politique et de l'élite dirigeante. Tandis que lorsque des gens comme nous abordent ces sujets, nous nous penchons sur les réactions de l'homme et de la femme de la rue : comment ces événements les touchent-ils concrètement ? Qu'en pensent-ils ?

Je crois donc que cette protestation se traduit par un changement de perspective : l'idée de ne même plus accorder d'importance à ces institutions, de ne plus interagir avec elles. Nous ne leur faisons plus confiance. Tournons-nous plutôt vers d'autres interlocuteurs, pour échanger avec des gens dont nous partageons les opinions et auxquels nous nous identifions sur un plan humain."

Une "révolution" par les urnes ?

Certes Garland Nixon n'est pas Richard Nixon, de même que 2026 n'est pas 1968. Comme Garland le dit : "Nous vivons désormais dans un monde différent". Depuis le début 2003 et les manifestations mondiales rassemblant 15 à 20 millions de personnes contre l'attaque de l'Irak par les USA, - avec les effets qu'on sait, - on sait effectivement que la contestation classique n'a plus guère d'efficacité. Désormais, la communication règne : ainsi l'ont voulu les princes-en-toc qui nous gouvernent. C'est avec plaisir que nous recueillons l'avis, - un de plus, - que la chose s'est retournée contre eux pour les frapper de plein fouet. Depuis que Trump a liquidé ses soutiens les plus fidèles et les plus efficaces, de Carlson à Taylor-Green, et les a fait monter aux barricades de leurs chaînes alternatives, sa popularité s'est totalement effondré et un nouveau MAGA libéré du poids du monstre a pris son envol.

Plus encore et bien mieux : cette soudaine libération à suscité chez les vis-à-vis démocrates, les antiguerre populistes encore plus qu'antiTrump progressistes, un mouvement de rassemblement, une main tendue à ce néo-MAGA. On connaît l'exemple chaque jour renouvelé de TYT ('The Young Turks'). Ainsi la contestation par l'acte de passer à notre " nouveau-Samizdat" ne se résume pas à lui-même ; une fois l'affaire conclue, il s'appuie sur la communication alternative pour inspirer un mouvement de métapolitique.

Aux Etats-Unis, avec les grands simulacres dont aucun n'a pu être transformé en mythe, - l'univers Woke des démocrates, le bouffe providentiel avec Trump, - la saison électorale s'ouvre sur ce qu'on pourrait penser être un "alignement des planètes", une possibilité d'un événement d'importance dont personne ne peut bien entendu rien dire par avance. D'ailleurs, c'est un phénomène inédit et justement d'une extrême importance que les élections nationales aux États-Unis se jouent pour l'essentiel sur une question de politique étrangère prise dans son aspect le plus "politico-stratégique", - puisque c'est le destin de la " politiqueSystème" qui se joue et non plus seulement son économie dont il était coutumier de dire qu'il s'agissait de la seule matière intéressant le citoyen pour l'exercice de son devoir électoral.

Alors, on fait quoi ? On fait comme Nixon.2.0 a dit ?

"Nous vivons désormais dans un monde différent... En somme, je le répète : gardez un œil attentif sur les primaires des deux partis avant les midterms. "

Mis en ligne le 1er mai 2026 à 19H40

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