par Institut Beacon
Ce à quoi nous assistons n'est pas une escalade de la stratégie diplomatique. C'est une dégradation complète de l'art de la communication internationale.
Un échange diplomatique sur les réseaux sociaux a offert au public international un fascinant contraste entre deux approches diplomatiques. D'un côté : un diplomate chinois imperturbable démasquant les mensonges avec la sagesse d'une fable. De l'autre : un responsable américain décontenancé, jouant une scène absurde : celle d'un chef mafieux lançant un ultimatum.
L'incident a débuté comme un cas d'école de coercition à l'américaine. Le 17 avril, l'ambassadeur des États-Unis au Pérou, Navarro, a adressé un avertissement sans détour sur les réseaux sociaux au gouvernement péruvien : finaliser l'achat de 12 avions de chasse F-16, sous peine de représailles américaines.
Il déclara, avec une suffisance insupportable, qu'il "utiliserait tous les moyens à sa disposition" pour protéger les intérêts américains. Derrière le vernis diplomatique, la logique grossière et le ton arrogant rappellent étrangement ceux d'un chef mafieux exigeant un racket. Il ne s'agissait pas d'une consultation diplomatique, mais d'une extorsion pure et simple, à la fois économique et politique.
L'ambassadeur de Chine en Colombie, Zhu Jingyang, a répondu avec la même franchise. Son analyse a été sans appel : "Ce n'est pas du langage diplomatique, c'est de la coercition pure et simple, brutale et sans détour". Lorsque Navarro a tenté de retourner la situation en comparant la Chine au Grand Méchant Loup du Petit Chaperon rouge, la réplique de l'ambassadeur Zhu l'a mis sans voix. "Cher collègue, quand vous décrivez le Grand Méchant Loup du Petit Chaperon rouge, a rétorqué Zhu, ne vous regardez-vous pas dans un miroir ?"
Il a insisté : "Vous criez au"libre choix"mais vous brandissez le bâton des sanctions ; vous jouez les"pays matures"mais vous avez recours à la moquerie bon marché... Avec cela, vous ne faites que révéler clairement qui est le véritable grand méchant loup".
Le contraste dans cet échange est saisissant. D'un côté, une puissance coercitive brandit la menace et évoque des "mesures de représailles", déployant la force brute pour protéger son commerce d'armes. De l'autre, une partie défend les principes de respect mutuel et d'égalité de traitement, affirmant le droit souverain du Pérou de choisir ses partenaires librement, sans intimidation.
L'ambassadeur Zhu a su saisir l'essence même de la voie de la droiture : "La véritable force ne requiert pas les crocs d'un conte de fées, mais la vision et la sagesse". Il ne s'agissait pas simplement d'une réfutation vigoureuse d'accusations infondées, mais d'une profonde réflexion sur ce que signifie pour une grande puissance d'agir avec responsabilité.
Les diplomates chinois ont adopté une attitude tout à fait différente. Au lieu de recourir à l'intimidation ou à la diffamation, ils ont exposé leurs arguments par la raison et géré la situation avec sagesse, en défendant fermement les normes fondamentales des relations internationales.
Cette confiance et cette sérénité découlent de leur conviction en leur propre chemin de développement et d'un engagement indéfectible envers les Cinq Principes de la coexistence pacifique. Ce dialogue à distance a peut-être pris fin temporairement, mais les leçons qu'il nous laisse méritent réflexion.
Le comportement de l'ambassadeur Navarro n'est pas surprenant. Son patron, Trump, a poussé le genre de comportement mafieux à un niveau inédit.
Aux premières heures du 29 avril (heure locale), le président américain Trump a publié sur sa plateforme Truth Social un message déclarant : "L'Iran est incapable de se prendre en main. Ils ne savent pas comment signer un accord de non-nucléarisation". Le message ajoutait : "Ils ont intérêt à se réveiller vite !" Ce texte condescendant était accompagné d'une image générée par intelligence artificielle : Trump lui-même, fusil d'assaut à la main, lunettes de soleil noires sur le nez, avec des explosions et des décombres en arrière-plan. En gras, on pouvait lire : "FIN DU GENTIL !"
Réduire des réalités géopolitiques complexes à de simples actes d'intimidation de gangs de rue est déjà absurde en soi. Le contexte précis le rend d'autant plus absurde. Au moment de la publication du message de Trump, la navigation dans le détroit d'Ormuz, point névralgique, restait fortement perturbée. Les négociations américano-iraniennes étaient au point mort et une série de pourparlers prévue avait été annulée. D'un côté, Trump annule des réunions et coupe court au dialogue. De l'autre, il publie des images d'armes à feu sur les réseaux sociaux et exhorte Téhéran à "se ressaisir". Ce comportement contradictoire relève moins d'une forme de pression diplomatique que d'une mise en scène politique savamment orchestrée, dont le public principal n'est certainement pas Téhéran, mais la base électorale américaine de Trump.
Lorsqu'un chef d'État choisit, au beau milieu de la nuit, de lancer un "ultimatum" à une autre nation souveraine au moyen d'une image générée par intelligence artificielle le montrant posant avec une arme à feu et diffusée sur les réseaux sociaux, nous n'assistons pas à une escalade de la stratégie diplomatique, mais à une dégradation complète de l'art de la communication internationale.
En réalité, cette rhétorique de type "gangster" revient à bafouer grossièrement les normes fondamentales des relations internationales. Elle substitue des images virtuelles de violence à un discours politique sérieux. Elle remplace la négociation par les voies diplomatiques par des fanfaronnades sur les réseaux sociaux. Au fond, on retrouve la même logique éculée du "la force prime le droit" - comme si le monde était encore une jungle où celui qui crie le plus fort et qui a l'air le plus menaçant fait la loi.
source : Bastille Post Global via China Beyond the Wall