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Des enfants soudanais dans un camp de réfugiés. [Photo d'illustration]
Au Darfour, la guerre au Soudan plonge des millions d'enfants dans une crise humanitaire majeure, marquée par la faim, l'effondrement des services de santé et l'arrêt quasi total de la scolarisation. L'Unicef alerte sur un manque critique de financements pour répondre à l'urgence.
Dans un rapport publié fin avril, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), tire la sonnette d'alarme sur la situation des enfants au Darfour, vingt ans après un premier avertissement similaire. Depuis le déclenchement du conflit en avril 2023, des millions d'entre eux ont été déplacés et vivent dans des conditions extrêmes, confrontés à la faim, à la malnutrition et à l'effondrement des services essentiels.
Selon l'Unicef, le conflit a ravagé les moyens de subsistance et les systèmes alimentaires au Darfour, poussant des communautés entières - comptant des milliers d'enfants déplacés, obligés de vivre dans des camps dispersés à travers les États du Darfour - au bord de la famine et des maladies. Selon Sheldon Yett, représentant de l'UNICEF au Soudan, "dans les cinq États du Darfour, plus de 5 millions d'enfants sont confrontés à une extrême pauvreté".
Santé et alimentation en crise
La faim constitue une menace de "première ligne", selon l'Unicef, avec des conditions de famine confirmées à Al Fasher depuis novembre 2025. La malnutrition infantile a atteint des seuils catastrophiques dans certaines régions du Darfour, avec un "taux de malnutrition aiguë globale dépassant les 50 % dans certaines zones", a alerté Sheldon Yett. L'Unicef estime à 4,2 millions le nombre de cas de malnutrition aiguë attendus en 2026 chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes ou allaitantes, dont plus de 825 000 cas de malnutrition aiguë sévère, notamment au Darfour.
La situation sanitaire n'est guère meilleure, avec des centres de soins attaqués, pillés ou contraints de fermer depuis 2023, notamment au Darfour Nord, où 35 établissements de santé, dont le principal hôpital de maternité d'Al Fasher, ont été attaqués. La crise sanitaire est encore aggravée par le manque de personnel soignant et la rareté des médicaments. Les campagnes de vaccination ont également été perturbées, causant une recrudescence des cas de rougeole et de paludisme.
Une génération privée d'école
Depuis avril 2023, l'enseignement formel n'existe quasiment plus dans une grande partie du Darfour, notamment dans le nord et l'ouest du pays, indique l'Unicef. Sur environ 3,9 millions d'enfants en âge d'être scolarisés au Darfour, le nombre d'enfants non scolarisés est évalué à 3,3 millions. En cause : les attaques contre les écoles, qui ont contraint à leur fermeture ou à leur conversion en abris pour les populations déplacées. Lorsqu'ils ne fuient pas, les enseignants se retrouvent sans salaire. Conséquence directe : les adolescents déscolarisés sont davantage exposés aux risques d'exploitation.
L'Unicef demande l'ouverture et le maintien de couloirs humanitaires, ainsi que la facilitation de la circulation des biens et des personnes. L'organisation appelle également à protéger les civils et les infrastructures essentielles (écoles, dispensaires, réseaux d'approvisionnement en eau), à réunir les enfants séparés avec leurs familles, à soutenir les victimes de violences sexistes et à mettre un terme aux violations graves des droits de l'enfant.
Pour ce faire, des financements sont nécessaires. Or, l'Unicef n'a pu réunir, à ce stade, que 16 % des fonds indispensables à ses opérations au Soudan en 2026.