04/05/2026 euro-synergies.hautetfort.com  5min #312866

 Mali : l'armée annonce des attaques contre des positions militaires à Bamako et dans plusieurs villes

Mali, un conflit à ne pas regarder avec un œil eurocentrique

Filippo Bovo

Écrivain et journaliste. Sujets de prédilection: géopolitique, histoire, avec un accent particulier sur l'Afrique et le Moyen-Orient

Source:  linkedin.com

Aussi fluide et tendue que reste la situation au Mali, déjà entre la fin de la journée du 25 et le lendemain 26 avril, de nombreux faits ont finalement trouvé une confirmation stable. En arrière-plan, les fondamentaux restent ceux de toujours : à savoir une crise destinée à une progression graduelle, comme cela a déjà été observé à l'automne dernier, lors de la crise des carburants provoquée par JNIM (Jamaʿat Nuṣrat al-Islam wa-l muslimin, Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans, affilié à al-Qaeda), avec l'interruption des principales artères et le blocage des transports qui approvisionnaient Bamako et d'autres villes du Mali, dans le but de paralyser les activités, d'affaiblir le soutien populaire et militaire, et de provoquer un effondrement du gouvernement d'Assimi Goita. Nous nous rappellerons tous que cette crise, comme d'autres, a été ensuite surmontée grâce à l'héroïsme, la combativité et la préparation des militaires des FAMa (Forces Armées maliennes), ainsi que des paramilitaires et volontaires maliens, qui, avec les civils, ont su, comme toujours, faire la différence.

Il a été confirmé, dès la fin de la journée du 25, la nouvelle du décès du ministre de la Défense, Sadio Camara, tué à Kati par un kamikaze à bord d'une voiture, dans une attaque qui a également coûté la vie à son épouse et à deux petits-enfants. En son honneur, le pays a observé deux jours de deuil national, avec des funérailles solennelles. Par la suite, la confirmation est également arrivée du retrait, de l'ancienne base de la MINUSMA à Kidal, dans le nord du pays, des militaires de l'African Corps, après de longues négociations, pas toujours évidentes, avec les miliciens du Front de Libération de l'Azawad (FLA). Les négociations n'ont pas, du moins dans un premier temps, concerné les militaires des FAMa, qui sont restés dans la base, et à l'égard desquels le FLA nourrit diverses intentions. Comme nous l'avons déjà vu dans les communiqués conjoints de JNIM et FLA, les jihadistes et les séparatistes ne veulent pas élargir le front en dispersant leurs ressources contre trop d'ennemis : ils invitent donc les Russes à rester en dehors, et font de même avec la force conjointe de l'AES, environ 5000 hommes répartis entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui a néanmoins récemment été mise en action.

Que les militaires des FAMa, avec les diverses forces qui leur apportent un soutien comme les paramilitaires et volontaires, soient la principale cible pour le FLA et JNIM n'est en tout cas pas une nouveauté. Enlever des militaires et paramilitaires, en diffusant la nouvelle avec les images et vidéos correspondantes, leur permet en effet d'exercer un fort pouvoir de négociation et de chantage sur les autorités politiques et militaires maliennes, de raviver leur mythe d'invincibilité et de puissance, et de démoraliser la population et les combattants maliens, minant ainsi les institutions et le gouvernement de Bamako. Non seulement cela, mais cela contribue aussi à alimenter à l'extérieur l'impression que le gouvernement malien est désormais au bout du rouleau, et que continuer à lui fournir un soutien est peu utile ; et ce n'est évidemment pas un message adressé seulement à Moscou, mais aussi à tous les autres partenaires, les régionaux comme, par exemple, les deux autres partenaires de l'AES, et les extra-régionaux comme, par exemple, la Turquie.

En échange de ces hommes en détention, JNIM et FLA peuvent par conséquent obtenir beaucoup plus, même pour se garantir un avenir opérationnel : malgré les succès proclamés au niveau médiatique, leur situation sur le terrain n'est en réalité pas des plus enviables, et ce qu'ils visent c'est précisément d'éviter un affrontement direct et renforcé avec la FAMa et ses milices de soutien. Leur réserver un destin encore plus amer, la mort, reste une possibilité facile que personne, à commencer par la FAMa et le gouvernement malien, ne souhaite favoriser ; pour le FLA et JNIM, cela pourrait servir à terroriser la population et à affaiblir son soutien aux institutions, mais cela pourrait aussi les pousser vers une extension des fronts et des combats : il n'est pas certain que cette formule, comme cela a déjà été vu dans le passé, puisse réellement fonctionner. Sûrement, plus du tout avec l'effet d'autrefois. Quoi qu'il en soit, la FAMa reste la principale cible des séparatistes et jihadistes, et nous en avons, cela ne date pas d'aujourd'hui, une certitude absolue.

Le même repli des Russes hors de Kidal sert en réalité à nous rappeler que dans la lutte dure, en champ ouvert, ce sont précisément les hommes de la FAMa, avec leurs paramilitaires, volontaires et civils qui les rejoignent, qui tiennent plus de dix heures, sur un front mobile de plus de 2000 km, avec des connexions logistiques et des approvisionnements souvent interrompus ou en pénurie à cause de la présence ennemie omniprésente. Car c'est leur territoire, ils le connaissent mieux que quiconque. Nous l'avons aussi vu, en particulier, à Kidal. Cela devrait également nous rappeler, une fois pour toutes, qu'un conflit comme celui du Mali ne doit absolument jamais être regardé avec un œil eurocentrique, car il s'agit d'une mentalité coloniale-néocolonialiste, commune à beaucoup d'Européens, qui les pousse à penser, implicitement, que les Maliens n'existent tout simplement pas: comme si seuls les Russes de l'African Corps combattaient contre le FLA et JNIM, avec les militaires et la population locale qui assistent passivement et de façon pittoresque au spectacle. C'est vraiment à peine digne de compassion de penser en termes de ce genre.

Nous devons au contraire nourrir une admiration et un respect maximums pour la FAMa et le peuple malien : car sur leurs épaules, avant celles de n'importe qui d'autre, repose la lourde charge de cette crise comme de bien d'autres.

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