Les ministres du Commerce des sept principales économies mondiales se réuniront à Paris ce mardi 5 mai et demain mercredi pour aborder la question des minéraux critiques et des livraisons de petits colis, mais leur ordre du jour officiel évite délibérément toute discussion directe de la dernière menace de Washington d'imposer des droits de douane supplémentaires sur les véhicules européens.
La deuxième réunion ministérielle sur le commerce sous la présidence française du G7 se déroule dans un contexte de graves perturbations des flux énergétiques mondiaux. La fermeture du détroit d'Ormuz a provoqué des ondes de choc dans les chaînes d'approvisionnement et exacerbé les tensions économiques entre les grandes puissances.
Selon le cabinet du secrétaire d'État français au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, une réunion informelle prévue mardi sera largement consacrée aux répercussions de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Ce conflit a de facto bloqué cette voie maritime stratégique, contraignant les compagnies maritimes à contourner l'Afrique australe et entraînant une hausse des coûts du fret et du carburant à l'échelle mondiale.
Menace de tarifs douaniers américains, traitée en dehors du cadre du G7
L'annonce faite vendredi par le président américain Donald Trump de son intention d'augmenter les droits de douane sur les voitures et les camions européens ne sera pas examinée par l'ensemble du G7. Le cabinet de Forissier a indiqué que le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, devrait rencontrer séparément à Paris le commissaire européen au commerce, Maroš Šefčovič, ainsi que Forissier et le ministre français de l'Économie, Roland Lescure.
Un accord conclu l'été dernier a plafonné les droits de douane américains sur les automobiles et les pièces détachées européennes à 15 %, un taux inférieur aux 25 % imposés par Trump à de nombreux autres partenaires commerciaux. Le Parlement européen a approuvé cet accord fin mars, mais il doit encore être formellement ratifié par les États membres.
"Pour l'instant, nous privilégions la prudence", a indiqué le cabinet de Forissier. "Nous en discuterons entre Européens le moment venu, mais en tout cas pas dans le cadre du G7. Cet accord est utile et nous devons poursuivre sa mise en œuvre."
Quatre priorités à l'ordre du jour officiel
Mercredi, les ministres du Commerce du Royaume-Uni, du Canada, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Japon et des États-Unis devraient aborder quatre priorités définies par la présidence française. La première consiste à trouver une réponse collective à la surcapacité industrielle qui nuit au libre-échange. Bien que la Chine ne soit pas officiellement nommée, ses subventions publiques à certains secteurs sont depuis des années une source de tensions commerciales.
La deuxième priorité concerne la sécurité économique, et plus précisément la sécurisation et la diversification des approvisionnements en minéraux critiques indispensables à la fabrication de puces informatiques, de batteries pour véhicules électriques et de superaimants. La France a proposé la création d'un réseau de pays producteurs, transformateurs et consommateurs qui s'engagent à mettre en œuvre des bonnes pratiques.
Parmi les autres points à l'ordre du jour figurent la réglementation des livraisons de petits colis et l'amélioration de la facilitation des échanges. Cependant, le problème majeur demeure les mesures commerciales unilatérales de Washington et l'instabilité économique plus générale engendrée par la guerre contre l'Iran.
L'Europe prise entre allié et tyran
Les responsables européens ont cherché à éviter une confrontation ouverte avec l'administration Trump, malgré les menaces répétées du président d'imposer des droits de douane et ses exigences de voir leurs alliés s'aligner sur la politique étrangère américaine. La France, à l'instar d'autres nations européennes, a refusé de participer à la guerre américano-israélienne contre l'Iran, et Washington ne l'a pas oublié.
Alors que la réunion du G7 visait à mettre en valeur la coopération entre les plus grandes économies mondiales, il est impossible d'ignorer le fossé grandissant entre les États-Unis et leurs partenaires traditionnels.
Alors que le détroit d'Ormuz reste fermé et que les chaînes d'approvisionnement mondiales ploient sous le poids de la guerre, les dirigeants européens se préparent discrètement à un avenir où ils ne pourront plus compter sur Washington comme partenaire commercial stable.
