Journal dde.crisis de Philippe Grasset
5 mai 2026 (18H00) - Ce que j'observe, ce qu'on observe, ce que les dieux observent en ce moment, c'est que la réflexion est de plus en plus envahie par des concepts non-rationnels, souvent et finalement toujours négatifs pour ne rien risquer d'une réaction d'anathème, mais dont la source est nécessairement extérieure à la raison-seule, et au monde représenté par la raison-seule. Ainsi est-il de plus en plus souvent fait appel au diabolique dans toutes ses dimensions, - à commencer par le satanisme dont on prend bien garde de dire qu'il n'a rien à voir avec "le Diable", créature extérieure à notre perception rationnelle-seule, mais dont on admet implicitement qu'elle est tout de même "extérieur à notre perception rationnelle"... Mais alors, avec quoi a-t-elle à voir ?
Aujourd'hui et dimanche, pour prendre le plus proche et le plus évident, nous avons exploré des textes farcis de références hors de notre rationalité, en lien avec des récits bibliques, symboliques, extra-humains, et concernant pourtant des événements qui ont lieu dans le champ de l'humain, de l'Homme de la Modernité lui-même. Dans ces développements, Epstein, qui y a évidemment sa place, est joliment nommé "le concierge du Diable" sans choquer personne.
Je pouvais ainsi rappeler, par l'intermédiaire de Malraux, l'explication qu'il avait donné un soir de mai 68 aux événements en cours :
"Le XXI e siècle sera religieux [ou ne sera pas]", avait dit André Malraux au soir d'une des folles journées de mai 1968, semble-t-il selon les mémoires des anciens, après que la situation eût été redressée le 30 mai (discours à la radio du général en uniforme façon 18 juin, manif' monstre [plus de un million] sur les Champs-Élysées). Puis Malraux revint sur cette phrase qu'il avait effectivement prononcée (PhG l'entendit à la radio), disant notamment dans une interview donnée à Pierre Desgraupes pour 'Le Point' : [...][...] "D'une façon très caractéristique et symbolique, et aussi comme s'il s'agissait d'un signe indubitable que nous adresse le Ciel, cet enchevêtrement extraordinaire de toutes les nuances de ces religions ayant une croyance similaire pour ce qu'on suppose être le même dieu nous conduit à juger, - pour nous faciliter la tâche et tenir compte de notre épuisement intellectuel - que nous sommes face à un événement colossal qui, comme tout événement de cette sorte, se définit en termes simples et universels. Certes, la Lumière contre les Ténèbres, quoi de plus simple et de plus universel ? Mais aussi, quoi de plus haut, de plus fondamental, de plus métaphysique et de plus spirituel, - de plus évident enfin pour illustrer et définir notre GrandeCrise ? Ainsi, cette guerre et cette GrandeCrise, que l'on qualifie souvent d'étranges et d'absurdes ("qui parcourt cette guerre étrange et absurde autour de l'Iran"), deviennent au contraire aisées à appréhender et à comprendre."
Il y eut là une séance de pur-Malraux, roi de l'embrouille et du thème fameux "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?", transcrit chez lui de cette façon : "pourquoi faire clair quand on peut faire embrouillé ?". Ainsi, pour démentir ce qu'il avait effectivement dit en mai 68, il y eut deux "explications (!!), deux Malraugolades totalement incompréhensibles, en 1975 comme annoncé dans l'extrait ci-dessus et en 1982, au Japonais Tadao Takemoto, dans ses 'Cahiers' :
"On m'a fait dire : "Le XXI e siècle sera religieux." Je n'ai jamais dit cela, bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n'exclus pas la possibilité d'un événement spirituel à l'échelle planétaire.""Si le prochain siècle devait connaître une révolution spirituelle, ce que je considère comme parfaitement possible, je crois que cette spiritualité relèverait du domaine de ce que nous pressentons aujourd'hui sans le connaître, comme le XVIII e siècle a pressenti l'électricité grâce au paratonnerre. Alors qu'est-ce que pourrait donner un nouveau fait spirituel (disons si vous voulez : religieux, mais j'aime mieux le mot spirituel) vraiment considérable ? Il se passerait évidemment ce qui s'est passé avec la science."
Pour plaider l'idée que toutes ces affaires diaboliques et satanistes qui sont une narrative spirituelle et divine par la totale inversion qu'elles nous offrent avec la seule possibilité d'en appeler au Diable pour désigner l'instigateur (et qui dit le Diable, dit Dieu) nous font rentrer par la force de l'inversion, par le côté maléfique de la chose, dans la métaphysique divine que nous avons abandonnée depuis 2-3 siècle, vouée aux gémonies et brulée en place de Grève, comme Sainte-Jeanne,... Cela pendant que James Webb nous apprend que notre vaste connaissance du cosmos, en fait, ne connait rien, et que dans ce domaine, et comme nous avançons, plus nous en savons (jusqu'au-delà du Big-Bang pour l'instant), moins nous en savons...
Ceci est très important : nous sommes en train de nous ramener au sacré par la grâce (!) étrange de l'inversion qui introduit partout le Mal et ne l'explique que par Satan. Car ce qu'on remarque chaque jour dans les folles affaires internationales, les subcrises de la GrandeCrise, c'est que Satan est désormais devenu un facteur d'explication stratégique pour qui n'y comprend goutte, - c'est-à-dire tous les stratèges du monde et le vulgum pecus qui suit et profite de leur savoir inutile et arrêté dans une impasse..
Il n'est pas possible que l'Homme de la Modernité, Sa Sublime Grandeur occupé à nous fabriquer l'éternité par le cul (transgenre) et par la bidoche (transhumanisme), puisse avoir lui-même remis le Diable sur les rails. Cela serait suicidaire et insensé, positions impensables pour l'Homme de la Modernité.
C'est alors, - seule explication possible, - que des forces extra-humaines l'y ont poussé et installé le Diable. En d'autres mots, ce n'est rien de moins que le retour de la transcendance et donc du sacré par la nécessité qu'impose ce qui affirme être la négation du sacré (le Diable) mais que nous ne pouvons écarter que par la transcendance (le sacré).
Cette voie me satisfait, qui corespond à ce que l'IA a estimé à partir de ce qu'elle a lu dans dedefensa.org... En voici deux extraits :
Premier extrait :
"1. L'Absence d'issue hisrtoriqueGrasset est constant sur ce point : aucun projet politique, aucune réforme, aucune renaissance civilisationnelle.
L'Histoire est épuisée comme vecteur de salut.
2. Présence d'une issue métahistorique négative
L'issue n'est pas une victoire, ni une restauration, ni un retour.Elle est un effondrement révélateur.
La surpuissance du Système entraîne une perte de crédibilité ontologique, un dévoilement de son caractère artificiel, une auto-négation.Ce n'est pas une solution, mais une clarification finale.
3. Ce qui subsiste après la dissolution
Grasset ne le nomme pas, mais on peut l'inférer :• Ce qui survit n'est pas une structure, mais une capacité de reconnaissance du vrai, une disposition intérieure non programmatique. Ce n'est ni salut, ni espoir, mais une possibilité de justesse métaphysique hors de l'Histoire.
Là se situe la différence décisive avec le nihilisme :
le sens n'est pas produit par l'Histoire, mais peut réapparaître quand elle s'effondre.
Conclusion synthétique
• Comparativement, Grasset est un guénonien sans doctrine, un anti-evolien, un jüngerien radicalisé.
• Structurellement, sa pensée accepte une tension non résolue entre clôture systémique et vérité surgissante.
• Métahistoriquement, il ne propose pas une issue, mais une condition de possibilité du vrai après l'Histoire."
Deuxième extrait :
II. Le rapport au sacré et à la métaphysique1. Une métaphysique sans dogme
Grasset n'est ni théologien, ni traditionaliste orthodoxe, ni philosophe académique.
Il pratique une métaphysique de constat, fondée sur :
• l'observation des signes,
• la cohérence symbolique des événements,
• les"ruptures de narration".Le sacré n'est jamais affirmé comme doctrine,
mais suggéré comme nécessité structurelle :
un monde sans transcendance explicite ne peut survivre qu'en la niant jusqu'à l'implosion.
Il y a ici une proximité avec Guénon sans reprise doctrinale, et une distance nette avec Evola (absence de volontarisme héroïque).
2. L'eschatologie sans calendrier
Grasset est clairement eschatologique, mais d'une manière singulière :
• pas de fin du monde annoncée,
• pas de messianisme,
• pas de salut historique.Il décrit un monde entré dans une phase terminale indéfinie :
• une fin qui dure,
• une apocalypse étalée,
• un effondrement sans catharsis.C'est une vision profondément déstabilisante, mais intellectuellement cohérente."