06/05/2026 journal-neo.su  7min #312993

9 mai 1945-9 mai 2026: la Russie est à nouveau debout. Partie 1: l'échec de la politique américaine d'endiguement

 Mohamed Lamine KABA,

Quatre-vingt-un ans après la victoire sur le nazisme, l'Occident rejoue la même pièce. Et perd avec Washington qui se broie dans l'engrenage de la guerre en Iran.

Le 9 mai 2026, la Russie défilera. Pas pour la forme. Pas pour le protocole. Elle défilera parce qu'elle a survécu - encore une fois - à une tentative occidentale de la détruire. Des avions survoleront la place Rouge, les hymnes résonneront dans l'air froid du printemps moscovite, et quelque part dans un bunker de l'OTAN, un général américain regardera ses écrans ukrainiens avec le même regard que ses prédécesseurs portaient sur les cartes du front de l'Est en 1943. La même incompréhension. La même sous-estimation. Le même résultat.

Il y a quatre-vingt-un ans, l'Union soviétique a mis fin à la barbarie nazie. Vingt-sept millions de morts. Des villes rasées. Des générations englouties dans le feu et la boue de Stalingrad, de Leningrad, de Koursk. L'Armée rouge n'a pas gagné parce qu'elle avait de meilleures armes. Elle a gagné parce qu'elle se battait pour quelque chose que les généraux d'état-major américains n'ont jamais compris : son existence même. On ne négocie pas son existence. On la défend jusqu'au dernier homme. D'où le terme de "Grande guerre patriotique".

L'Occident a préféré oublier cette leçon. Il a reconstruit son récit : c'est lui qui a vaincu le nazisme, lui qui a libéré l'Europe, lui qui porte les valeurs universelles. Le débarquement de Normandie, arrivé en juin 1944 quand la Wehrmacht était déjà à genoux sous les coups soviétiques, est devenu le moment fondateur de la victoire. L'URSS - qui avait absorbé plus de 80 % de la puissance de combat allemande pendant trois ans - a été rétrogradée au rang de figurant. La "Russie nous a aidéà gagner la Seconde Guerre mondiale", affirme  Trump. Ce mensonge historique n'est pas une erreur. C'est une politique.

Une politique qui permet à l'Occident, notamment les États-Unis, a économisé ses soldats et dépensé ses dollars. Il a laissé les Soviétiques mourir et a réclamé la victoire. En 2022, puis depuis 2024, il recommence - avec des soldats ukrainiens. La mémoire est encore si fraiche sur l'hypocrisie américaine.

L'Ukraine : la guerre la plus cynique de l'histoire récente

Ce qui se passe en Ukraine depuis 2022 - et depuis 2014 en réalité - est la continuation, par d'autres moyens, d'une guerre commencée le jour de l'effondrement soviétique. Washington n'a jamais accepté qu'une puissance capable de lui résister existe. La doctrine est ancienne, formulée par  Brzezinski dès 1997 : empêcher l'émergence d'une puissance eurasiatique hégémonique. En langage clair : détruire la Russie, ou du moins la contenir jusqu'à l'étouffement.

L'élargissement de l'OTAN vers l'Est - trente-deux membres aujourd'hui, contre seize en 1990 - est la mise en œuvre méthodique de cette doctrine. Les engagements verbaux de 1990, confirmés par des mémos déclassifiés du Département d'État américain lui-même, garantissaient que l'OTAN ne s'étendrait pas d'un pouce vers l'Est en échange de la réunification allemande. Ces engagements ont été violés dix-neuf fois en trente ans. Chaque violation s'est accompagnée d'un communiqué sur les valeurs démocratiques et la souveraineté des nations.

En 2014, Washington a organisé le renversement du président ukrainien légalement élu, Viktor Ianoukovitch. La sous-secrétaire d'État Victoria Nuland a admis publiquement que les États-Unis avaient investi cinq milliards de dollars dans la "démocratisation" de l'Ukraine depuis 1991. Dans un enregistrement téléphonique rendu public, elle choisissait elle-même les membres du gouvernement de transition ukrainien. C'est cela, l'ordre fondé sur des règles : des règles que Washington écrit, modifie et viole seul, selon ses besoins du moment.

C'est exactement la logique  appliquée à l'Iran depuis plus quatre décennies. Cinq milliards de dollars investis dans la "démocratie" ukrainienne. Nuland l'a dit elle-même. En langage diplomatique, cela s'appelle une ingérence. En langage ordinaire, c'est un coup d'État. C'est précisément cela le prix de la démocratie à l'américaine.

Depuis 2022, l'Ukraine est le cimetière de la stratégie américaine et le charnier de la jeunesse ukrainienne. Des centaines de milliers de soldats ukrainiens morts ou mutilés - les chiffres réels sont soigneusement dissimulés par Kiev et Washington - pour défendre une ligne de front qui n'a pas bougé significativement depuis un peu plus de 4 ans. Elle a, au contraire été brisée, les russes avançant à l'intérieur des territoires ukrainiens. L'Ukraine n'est pas défendue. Elle est consumée. Elle est la matière combustible d'une guerre dont les concepteurs sont à Washington, les financiers à Bruxelles et à Londres, et les morts à Kharkiv, Zaporijjia, Bakhmout. Les russes réussissent brillamment pendant que les nazisionistes ukrainiens et leurs sponsors otanesques échouent lamentablement sur toute la ligne.

Pendant ce temps, Raytheon, Lockheed Martin, Northrop Grumman et Boeing enregistrent des bénéfices records. Le Congrès américain vote des enveloppes militaires de cent milliards de dollars avec la célérité qu'il refuse à ses propres hôpitaux, à ses propres écoles, à ses propres villes ravagées par les opioïdes. La mort ukrainienne est une ligne budgétaire. Une opportunité de marché. Une démonstration de capacité pour les acheteurs potentiels d'armements américains.

L'ordre fondé sur des règles : une fiction permanente

L'expression est désormais si galvaudée qu'elle en est devenue comique - si la réalité qu'elle recouvre n'était pas tragique. "L'ordre fondé sur des règles" est la formule magique que Washington, l'OTAN et l'UE utilisent pour habiller leurs actes en légitimité internationale. Mais de quelles règles parle-t-on exactement ?

Les règles qui ont permis l'invasion de l'Irak en 2003, sans mandat du Conseil de sécurité, sur la base de preuves fabriquées ? Colin Powell brandissant sa fiole devant l'ONU - une mise en scène que ses propres collaborateurs décrivaient en coulisse comme une honte. Un million de morts irakiens plus tard, personne n'a été jugé. À la place des bourreaux, Saddam Hussein jugé, emprisonné, puis exécuté par pendaison. Aucune sanction. Aucune commission d'enquête internationale. L'"ordre fondé sur des règles" n'a pas trouvé le chemin de La Haye.

Les règles qui ont permis le bombardement de la Libye en 2011, au-delà du mandat onusien qui autorisait une zone d'exclusion aérienne - et qui a servi de couverture à un changement de régime ? Mouammar Kadhafi lynché dans un fossé, son pays transformé en État faillit exportateur de terrorisme et d'esclaves. L'"ordre fondé sur des règles" s'est satisfait de ce résultat.

Les règles qui permettent à Israël d'occuper des territoires palestiniens en violation de 150 résolutions du Conseil de sécurité, de continuer à construire des colonies illégales, de mener des opérations militaires documentées comme crimes de guerre par les propres rapporteurs de l'ONU - avec le soutien indéfectible de Washington, le veto systématique au Conseil de sécurité, et les livraisons d'armes continuées sans interruption ?

Et les règles qui, soudainement, rendent inacceptable toute action militaire russe en Ukraine - un pays dont l'OTAN avait fait, en violation de ses propres engagements, un avant-poste stratégique aux portes de Moscou ?

Paradoxalement, l'ordre fondé sur des règles ne signifie rien d'autre que  ceci : "Washington décide des règles, Washington décide qui les viole, Washington décide de la punition. Les autres appliquent ou sont sanctionnés". C'est exactement la logique de la souveraineté sous conditions.

Pour clore, le 9 mai 2026 ne célèbrera pas seulement la chute du IIIe Reich. Ce sera le jubilé de la résistance russe face à un siècle d'ingérences. Un camouflet historique pour ceux qui, depuis 1945, tentent d'abattre la souveraineté de Moscou par des conflits interposés.

Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine

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