06/05/2026 reseauinternational.net  24min #313010

Fin de l'ivresse trumpiste : gueule de bois et auto-critique

par Laurent Guyénot

En 2016, Trump était, pour beaucoup d'entre nous, porteur d'un immense espoir. En 2026, sauf pour quelques incurables, il est la cause d'une immense déception. Tucker Carlon a  récemment déclaré : "Je serai longtemps tourmenté d'avoir contribué à l'élection de Donald Trump. Et je tiens à dire que je suis désolé d'avoir induit les gens en erreur."

Que nous est-il arrivé, au juste ? Une première réponse serait : nous avons été trahis. Personne n'est à l'abri d'une trahison. On ne reproche pas à Jésus d'avoir cru en Judas. Je pense que cette façon de voir les choses n'est pas suffisante. Nous n'avons pas été trahis en 2025, nous avons été trompés dès 2016. Nous avons cru en Trump parce que nous avons voulu y croire, en dépit des nombreuses raisons évidentes de ne pas y croire. Nous avons commis une erreur de jugement, et nous devons en tirer les leçons.

Le phénomène Trump s'apparente à une hypnose collective et comporte une dimension de foi religieuse. La foi est toujours de "mauvaise foi", au sens où elle nous demande de rejeter le doute et de faire la sourde oreille aux arguments contraires. En religion, il y a la vérité-la Vérité-et l'erreur, et rien entre les deux. Pour le croyant, chaque échec de Trump, chaque scandale, chaque mensonge avéré, s'il ne peut être ignoré, est la preuve que Trump se bat contre l'État profond, les médias, les élites, le Nouvel Ordre Mondial, le FBI, les Démocrates, que sais-je encore. Il est facile aujourd'hui de se moquer de ceux qui croient encore en Trump, mais n'oublions pas que nous y avons cru nous-mêmes, et méprisé les normies attardés qui n'y croyaient pas. Admettons qu'ils n'y croyaient pas pour les mauvaises raisons, mais reconnaissons que nous aurions pu apprendre une chose ou deux en lisant la presse que Trump s'acharnait à traiter de fake news (souvenons-nous que c'est lui qui a lancé cette expression).

Je le dis franchement : j'ai honte. Comment ne pas avoir honte aujourd'hui d'avoir cru en Trump, l'avoir idéalisé, avoir vu en lui un grand homme en devenir, un homme providentiel, un sauveur ?

J'ai cru en Trump en 2016. J'ai cru à sa guerre contre l'État profond et contre les médias mensongers (les fake news), j'ai cru à sa dénonciation de la guerre en Irak, j'ai cru au grand dévoilement à venir sur le 11-Septembre et sur l'assassinat de Kennedy. Et j'ai été immensément soulagé lorsqu'il a battu Hilary Clinton, qui se disait prête à attaquer l'Iran.

Puis les déceptions sont arrivées. J'ai été déçu d'abord lorsqu'il a déplacé l'ambassade américaine à Jérusalem en mai 2018 (c'était pourtant prévisible, puisqu'il l'avait promis à l'AIPAC en 2016). Puis j'ai été inquiet lorsqu'il a signé un décret criminalisant l'antisionisme en décembre 2019. Enfin est venu le choc de l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani à Bagdad le 3 janvier 2020. Mais on avait investi tant d'espoir en Trump qu'on lui a encore accordé le bénéfice du doute.

Le plus curieux, en y repensant, c'est que les sionistes radicaux ne cachaient pas leur adoration de Trump. Ils l'idolâtraient plus que nous. Il avait à leurs yeux une stature messianique. En mai 2018, commentant la décision de Trump de déplacer l'ambassade états-unienne à Jérusalem, Netanyahou lui-même le  comparait à Cyrus le Grand 1.

Vers la fin de l'année 2019, un schisme a commencé à se manifester dans le mouvement MAGA et, avec un peu de retard, dans la "dissidence" française. Certains voulaient continuer de croire que c'étaient les sionistes, et non les antisionistes, qui se trompaient sur Trump, que Trump étaient secrètement dans notre camp et non dans le leur, qu'il cachait son jeu. D'autres sonnaient l'alarme.

J'ai publié le 17 janvier 2020 un article intitulé  "Le syndrome Cyrus: Yahvé a-t-il saisi la main droite de Trump?". Vers la même époque, je commençais aussi à reconnaître le caractère manipulatoire de l'opération Q et de la nébuleuse des productions apparentées, qui agitaient des thèmes eschatologiques tout en fabriquant un ennemi imaginaire, la secte des pédo-satanistes 2. J'ai commencé à alerter le public d'Égalité et Réconciliation, avec  ma critique du documentaire "Out of Shadows" parue le 26 avril 2020, puis d'autres articles sur la "fausse bannière satanique".

Lors de la campagne présidentielle américaine de 2024, ma désillusion sur Trump est devenue complète avec l'attentat du 13 juillet 2024 à Butler en Pennsylvanie, que j'ai immédiatement perçu comme une grossière mise en scène destinée à faire de Trump un miraculé protégé par Dieu, une image que l'équipe de Trump a surexploitée par la suite. Balle magique,  oreille magique, photo magique: c'était vraiment trop gros 3. J'ai partagé mon scepticisme et mon inquiétude dans un  débat vidéo avec Pierre de Brague le 29 octobre 2024.

Mais nous étions face à un dilemme, étant donné, d'une part, la nullité et l'illégitimité de Kamala Harris, et d'autre part, l'alliance séduisante de Trump avec Robert Kennedy Junior. J'ai donc salué la victoire de Trump au lendemain des élections en compagnie d'Alain Soral . Mais la déception a très vite repris le dessus.

Aujourd'hui, Trump n'est plus un mystère. Sa mégalomanie et son narcissisme s'étalent au grand jour. Sa soumission au sionisme génocidaire est totalement décomplexée. Sa corruption et son népotisme sont d'ores et déjà légendaires.

Le vrai mystère qu'il nous faut maintenant éclaircir, avec humilité, c'est comment nous avons été trompés. Trump était un imposteur depuis le début, et nous aurions dû le voir.

Le roi de la quantité

Première clé : Un homme qui écrit des livres peut déjà être jugé sur ses livres. Il suffisait de lire ou de parcourir les livres de Trump pour constater qu'il n'a aucune pensée politique. À vrai dire, il suffisait de lire les titres de ses livres, qui résument tout ce que la culture américaine flatte de plus vil chez l'être humain :

- The Art of the Deal (1987)

- How to Get Rich (2004)

- The Way to the Top (2004)

- Think like a Billionaire (2004)

- How to Build a Fortune (2006)

- Think Big and Kick Ass (2007)

- Think like a Champion (2009).

Trump est un marchand et un spéculateur, qui pense que tout s'achète, et que la ruse et le bluff sont la clé du succès. Il écrit dans The Art of the Deal, son best-seller de 1987 :

"La dernière clé de ma stratégie promotionnelle, c'est la fanfaronnade [bravado, traduisible aussi par vantardise]. Je joue sur les fantasmes des gens. Les gens ne voient peut-être pas toujours les choses en grand eux-mêmes, mais ils peuvent tout de même être très enthousiasmés par ceux qui le font. C'est pourquoi un peu d'hyperbole ne fait jamais de mal. Les gens veulent croire que quelque chose est le plus grand, le meilleur et le plus spectaculaire. J'appelle cela de l'hyperbole sincère. C'est une forme innocente d'exagération - et une forme de promotion très efficace 4."

Trump n'incarne pas la droite des valeurs, mais la droite libérale sans foi ni loi. Il est la caricature de l'Amérique matérialiste, immorale et vulgaire, le "règne de la quantité" dans sa monstruosité. Trump a un vocabulaire et une syntaxe d'une  affligeante pauvreté. Il n'y a pas trace dans ses livres d'un parole de sagesse ou d'un  trait d'humour. En fait, Trump n'a aucune culture littéraire ou philosophique, et  ça se voit.

Ce qui transparaît déjà très clairement dans les livres de Trump, c'est aussi son narcissisme. Chaque phrase ne parle que de lui. "Je suis le meilleur, le winner absolu, le champion du monde, et je sais tout sur tout" : sa prose se résume à cela. Trump n'est pas seulement un marchand, il est aussi la marchandise. Il se vend lui-même.

Après la Trump Tower inaugurée à Manhattan en 1983, l'énorme promotion de son livre The Art of the Deal a fait de Trump une célébrité. Tony Schwartz, le co-auteur de ce livre, qui l'a en réalité entièrement écrit (la contribution de Trump se limitant selon Schwartz à effacer les passages les moins flatteurs), se dit depuis 2016  hanté par la culpabilité d'avoir aidé Trump à devenir président. Trump, dit-il, ment constamment sans la moindre inhibition ou culpabilité. "Il y a un vide à l'intérieur de Trump. Il n'a pas d'âme. Il n'a pas de cœur."

La troisième chose qui a servi à fabriquer l'image de Trump comme héros milliardaire, soit l'équivalent du saint dans la religion de l'argent, c'est l'émission de télé-réalité The Apprentice, co-produite par Trump lui-même et diffusée à partir de 2004, dans laquelle il dispense ses jugements et ses conseils en matière de business. Dans cette émission comme dans ses livres, Trump se vent lui-même.

Le milliardaire endetté

Deuxième clé : Trump a été élu grâce à son image de réussite sociale flamboyante. En réalité, Trump n'est même pas le génie des affaires, le champion de la négociation qu'il prétend être. La publicité qu'il fait de lui-même est mensongère. Trump n'est pas un self-made man, mais un self-made myth 5. Alors qu'il a toujours prétendu n'avoir reçu qu'un petit million de son père pour se lancer en affaire, une enquête du  New York Times parue le 2 octobre 2018 révèle qu'il a reçu plus de 400 millions de dollars de son père, par des artifices divers visant à contourner les droits de succession.

Non seulement il a reçu cette fortune initiale sans rien faire, mais il l'a investie dans des affaires foireuses, notamment trois casinos à Atlantic City. Trump a déclaré  faillite six fois dans sa carrière. Son casino Taj Mahal a déposé le bilan 15 mois seulement après son ouverture (qu'on m'explique comment un casino peut faire faillite). D'autres faillites ont suivi dans les années 1990 et 2000 : le Trump Castle et le Trump Plaza Hotel en 1992, puis Trump Hotels & Casino Resorts en 2004, avec 1,8 milliards de dette, puis Trump Entertainments Resorts en 2009 et 2014.

Dès les années 90, Trump était endetté à hauteur de 5 milliards de dollars, dont un milliard à titre personnel (un anti-milliardaire, en somme). C'est alors qu'un groupe de banquiers représenté par Wilbur Ross, ancien directeur de Rothschild Inc., a décidé de le renflouer (Trump récompensera Wilbur Ross par le poste de Secrétaire au commerce en 2016). Selon les  propos tenus par l'avocat spécialisé en immobilier Alan Pomerantz sur CNN en 2016, parlant au nom des banquiers : "Nous avons décidé qu'il nous serait plus utile vivant que mort (au sens économique)... Nous l'avons maintenu en vie pour qu'il nous aide" (voir  l'enquête de John Hankey, et l'article du  magazine  Forbes).

En conclusion, lorsque Trump se présentait, durant sa campagne de 2016, comme un homme riche et donc indépendant, et comme un champion du deal, il mentait doublement. Nous aurions pu le savoir. Trump était le candidat présidentiel le plus vendu de l'histoire des États-Unis. La différence avec ses concurrents est que ces derniers se vendaient au plus offrant durant leur campagne électorale, alors que Trump était acheté depuis longtemps.

La méthode Roy Cohn

Troisième clé : S'il est un entrepreneur raté, Trump est-il au moins un homme honnête ? On peut déjà se douter de la réponse sachant qu'il s'est spécialisé dans les casinos, car tout le monde sait que les casinos sont tenus par le crime organisé et servent au blanchiment d'argent. (Et, en passant, un homme qui se spécialise dans les casinos peut-il vouloir le bien de l'humanité ?)

Trump a été impliqué dans plus de 4000 procès. Est-ce le signe d'un homme honnête ? Son premier procès, qui date de 1973, est très révélateur. Trump était accusé par l'État fédéral de discrimination raciale dans la gestion et la location d'immeubles construits avec des aides publiques. Il a embauché à cette occasion l'avocat Roy Cohn , qui lui a donné comme principe de défense la règle suivante :

- Premièrement, n'admets jamais ta culpabilité. Nie tout en bloc.

- Deuxièmement, retourne l'accusation en attaquant ton adversaire. Harcèle-le en justice pour lui faire regretter de t'avoir attaqué.

- Troisièmement, travaille les médias sans relâche. Peu importe si tu perds en justice, l'important est de gagner sur la scène médiatique. Impose ton narratif en diabolisant tes ennemis.

Trump en a fait  sa règle d'or.

L' "art du mensonge", et non l'art du deal, est l'essence du personnage Trump. La liste de ses mensonges avérés est  si longue qu'on peut raisonnablement le qualifier de menteur pathologique. Le menteur pathologique est un homme pour qui la notion de vérité n'a aucune signification, et qui par conséquent ment sans même s'en rendre compte. Il ment même lorsqu'il n'en a pas besoin, pour reprendre une description que Robert Kennedy appliquait à Lyndon Johnson.

Trump profère des mensonges énormes sur tout et répète ses mensonges inlassablement. Plusieurs personnes ayant été proches de Trump (comme son ancienne directrice de la communication  Stephanie Grisham) ont rapporté que Trump pense qu'il suffit de répéter quelque chose des milliers de fois pour que cela devienne la vérité.

Les gros mensonges de Trump sont nombreux. Par exemple :  "J'ai arrêté huit guerres" (donc "je mérite le Prix Nobel de la Paix"). En 2024,  Trump déclare: "Je suis le seul président de l'histoire moderne à avoir quitté ses fonctions avec une dette publique inférieure à celle qui existait à mon arrivée au pouvoir" En réalité, sous sa présidence, la dette a augmenté de 7,8 trilliards, soit une augmentation record de 40 pour cent 6.

L'un des plus gros mensonges de Trump est la mise en scène du 13 juillet 2024 à Butler. C'est un mensonge tellement énorme que personne n'ose le dénoncer publiquement, parce que l'idée même d'un tel mensonge paraît obscène, insupportable, indicible. Tout le monde préfère faire semblant d'y croire que de se risquer à une accusation aussi grave. C'est une bonne illustration de la "loi du gros mensonge" énoncée par un célèbre Autrichien moustachu en 1925 : la masse populaire écrit-il, "sera plus facilement victime d'un grand mensonge que d'un petit" car "elle ne commet elle-même, en général, que de petits mensonges, tandis qu'elle aurait trop de honte à en commettre de grands " (Il ajoute que "ceux qui connaissent le mieux cette vérité [...] ont été de tous temps les juifs.")

Trump et Epstein

Quatrième clé : Trump a été élu sur la promesse de déclassifier le dossier Epstein. Or, une fois à la Maison Blanche, personne ne s'est opposé plus fermement à cette déclassification, parlant du dossier Epstein comme d'un "canular démocrate". "Cela va nuire à mes amis", aurait dit Trump à  Marjorie Taylor Green pour la dissuader de se joindre aux Démocrates dans une résolution visant à exiger cette déclassification. MTG fait encore  cette révélation stupéfiante : "Trump m'a envoyé un SMS pour me dire que si mon fils venait à être tué, je le mériterais parce que je l'avais trahi. Voilà quel genre de président nous avons "

Trump a tout fait pour empêcher que les dossiers Epstein ne soient rendus publics. Et pour cause : son nom apparaît plus de  38 000 fois dans les documents récemment divulgués. C'est le nom le plus souvent mentionné. On trouve dans ces documents des allégations contre lui de  viols sur des filles de 13 à 15 ans, dans son club de golf en Californie. Rien de cela n'est vraiment nouveau. On savait dès 2021 que les carnets de vol de l'avion d'Epstein attestent que Trump avait voyagé sept fois sur son avion entre 1993 et 1997, alors qu'il prétendait n'y être jamais monté. Trump et Epstein étaient voisins à Palm Beach en Floride (leurs résidence se trouvaient à 3 kilomètres l'une de l'autre), et ont été très proches pendant 15 ans. On dispose maintenant de nombreux échanges de courriels entre Trump et Epstein, mais dès 2002, il avait déclaré au  New York magazine en 2002 : "Je connais Jeff depuis 15 ans. Un mec super. On s'amuse beaucoup avec lui. Il aime les belles femmes autant que moi, et certaines sont dans la catégorie jeune (on the younger side)." Il existe une multitude de photos de Trump avec Guislaine Maxwell et Jeffrey Epstein, et des images vidéo d' une fête organisée en 1992 par Epstein à Mar-a-Lago (villa de Trump à Palm Beach), avec de jeunes adolescentes.

Trump est un délinquant sexuel avéré, qui a fait l'objet de 28 plaintes pour harcèlement ou viol. Il s'est lui-même vanté de s'introduire dans les vestiaires des jeunes filles concourant dans les concours de beauté dont il est propriétaire. Dans un  enregistrement audio datant de 2006, il déclare que sa limite d'âge minimale pour coucher avec une fille est de 12 ans.

Il n'y avait donc aucune raison objective de penser que Trump n'était pas l'un des hommes les plus compromis dans le trafic sexuel d'Epstein.

Mais Trump nous a bluffé par la méthode Roy Cohn. Avant même que l'affaire ne l'éclabousse, il a pris les devants pour se mettre du côté des accusateurs, et même s'arranger pour apparaître comme celui qui a fait tomber Epstein, tout en lançant des accusations contre tous ses adversaires, démocrates en priorité. Ce n'est pas une coïncidence si le mouvement QAnon, dénonçant les élites pédophiles démocrates, a pris de l'ampleur au moment où le scandale Epstein faisait la une de la presse grand public.

N'oublions pas aussi que Trump était au pouvoir lors du "suicide" d'Epstein, qui était certainement soit un assassinat, soit une exfiltration. Il était très déraisonnable d'avoir préféré soupçonner les Clinton 7.

Pour conclure sur la proximité entre Trump et Epstein, il faut encore mentionner que Melania Trump est issue de ce milieu (Melania est slovène, bien que Trump l'ait présentée originellement  comme autrichienne). Il existe  une déposition d'un proche d'Epstein affirmant que c'est Epstein qui l'a présentée à Trump. On peut choisir de croire Melania, qui vient de démentir publiquement cette allégation, mais la version officielle n'est pas beaucoup plus honorable: Melania aurait été présentée à Trump par  Paolo Zampolli, propriétaire d'une agence de mannequins recrutant en Europe de l'Est, proche de Jeffrey Epstein et de son partenaire français Jean-Luc Brunel. La modèle brésilienne Amanda Ungaro, amante de Zampolli pendant vingt ans et mère de son fils, que Zampolli a demandé à Trump de faire déporter il y a quelques mois par ICE, vient de livrer  son témoignage accablant sur la proximité de Donald et Melania Trump avec Epstein. Zampolli,  affirme-t-elle, recrutait des filles pour Epstein. Zampolli, marchand de mannequin par profession, est maintenant  un envoyé spécial de Trump.

Enfin, rappelons qu'Erika Kirk, dont le comportement après l'assassinat de son mari (10 septembre 2025) a été  pour le moins étrange, est une créature de Trump. En 2012, Erika était Miss Arizona dans un concours qui est la propriété de Donald Trump. Selon certaines rumeurs, elle aurait été présentée à Charlie Kirk par Donald Trump.

La chute

Trump est un con-artist ou con-man. On traduit généralement ces expressions par "escro", mais le mot anglais a une connotation de manipulation psychologique plus forte que "escroc". Con est un raccourci pour confidence : le con-artist est quelqu'un qui gagne la confiance de ceux qu'il veut escroquer. Il crée un rapport d'empathie et de confiance. C'est un "artist" dans le sens où son savoir-faire est sophistiqué et peut s'apparenter à une forme de génie. Il est un peu comme un prestidigitateur.

Trump correspond au profil du con-artist tel qu'il est analysé par Maria Konnikova dans The Confidence Game, où elle écrit : "Le véritable con-artist ne nous oblige à rien ; il nous rend complices de notre propre perte. Il ne nous vole rien. C'est nous qui lui donnons." Il ne nous contrôle pas, c'est nous qui nous livrons à lui.

Cependant, arrive généralement un moment où la victime du con-artist comment à se poser des questions. Ainsi, parmi les déçus de Trump,  l'idée d'un faux attentat à Butler a récemment commencé à se répandre, depuis la révélation de Joe Kent sur les obstructions de Trump à toute enquête (lire la discussion lancée par  Trisha Hope et relayée par  Marjorie Taylor Green, ou  ce post mentionnant Tim Dillon et Emerald Robinson).

Mentir demande toujours une bonne dose d'énergie mentale, même pour un menteur aguerri comme Trump, car l'homme qui ment comme il respire doit constamment se rappeler les mensonges qu'il a déjà proférés pour ne pas se contredire. Le vieillissement s'accompagne d'une baisse d'énergie mentale, et Trump s'emmêle constamment dans ses mensonges. Il n'a plus la vigilance nécessaire pour savoir où s'arrêter, ni même probablement la volonté de rester crédible. Il ment par habitude. Non seulement, il ne maîtrise plus l'art du mensonge, mais ses propos délirants rendent sa pathologie narcissique évidente. En janvier, par exemple, un correspondant du  New York Times a demandé à Trump s'il voyait des limites à l'exercice de son pouvoir à l'échelle mondiale. "Oui, il y en a une. Ma propre morale. Ma propre conscience. C'est la seule chose qui puisse m'arrêter", a-t-il répondu, ajoutant : "Je n'ai pas besoin du droit international." Nous avons à faire à un dangereux narcissique mégalomane.

Outre Tony Schwartz, le ghost-writer de Trump cité plus haut, nombreuses sont les personnes qui, après avoir fréquenté ou étudié Trump, ont reconnu en lui un  narcissique profond. En 2019,  George Conway écrivait pour la revue The Atlantic un article posant ce diagnostic, avec de nombreux témoignages à l'appui. En relisant son article aujourd'hui, on est frappé par l'évidence, cette évidence que nous avons refusée de voir, parce qu'elle nous était présentée par les Démocrates, que nous jugions totalement inaudibles.

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ( MSD en anglais), "le trouble de la personnalité narcissique se caractérise par une tendance omniprésente à la mégalomanie, au besoin d'adulation et au manque d'empathie." Le narcissique est absorbé par le sentiment de sa propre grandeur, et obsédé par le besoin de projeter une image grandiose de lui-même. Le diagnostic de narcissisme recoupe celui de la sociopathie ou psychopathie, un trouble de la personnalité caractérisé par une soif de pouvoir et une tendance à la manipulation. Le narcissique psychopathe pompe votre énergie mentale et neutralise votre volonté de résistance. Le témoignage de Tucker Carlson dans son  interview avec le New York Times publié ce 2 mai, est à ce titre intéressant. Carlson évoque le pouvoir "envoûtant" de Trump, qui "a pour effet d'affaiblir les gens qui l'entourent, de les rendre plus dociles et plus désorientés. J'en ai moi-même fait l'expérience. Vous passez une journée avec Trump et vous vous retrouvez dans une sorte de monde onirique (dreamland)." Ce qu'il décrit là est un environnement sectaire.

Le narcissisme et la mégalomanie de Trump se manifestent aujourd'hui dans ses projets de monuments à sa gloire. Tout récemment, il annonce la construction à Washington d'un  arc de triomphe de 75 mètres de hauteurs (trois fois plus haut que celui de Napoléon à Paris). Cet "Arc de Trump", comme il est déjà appelé, sera "le plus grand et le plus beau arc de triomphe au monde", a posté Trump sur son Truth Social (en majuscule bien sûr), trois jours après avoir annoncé le cessez-le-feu avec l'Iran.

Peu avant, il a présenté son projet de  bibliothèque présidentielle de Trump à Miami, un gratte-ciel gigantesque qui serait aussi (surtout) un hôtel, exhibant dans le hall d'entrée l'avion Air Force One et comprenant une immense salle de spectacle avec une gigantesque statue dorée de Trump (voir la  parodie ici). Ses projets mégalomaniaques comprennent également la construction d'une salle de bal de 400 millions de dollars dans l'aile Est de la Maison blanche, pour laquelle il a fait raser un bâtiment historique classé.

Ajoutons à cela la décision de Trump d'ajouter son nom au complexe artistique et à la salle de concert du Kennedy Center, rebaptisé Trump Kennedy Center. Il a également inscrit son nom sur l'aéroport de Palm Beach, sur l'Institut américain pour la Paix, sur le boulevard menant à Mar-a-Lago, et projette de mettre sa signature sur les nouveaux billets américains. De son propre aveux, il a envisagé de renommer le Golfe du Mexique le Trump Gulf, plutôt que le Golfe de l'Amérique. Et voilà qu'il a décidé de mettre sa photo et sa signature en lettres dorées  sur les passeports américains.

La pathologie de Trump est aujourd'hui un sujet mainstream, et pas seulement chez les Démocrates. Un ancien avocat de Trump, Ty Cobb, qui a occupé le poste de conseiller spécial à la Maison Blanche pendant son premier mandat,  déclare publiquement qu'il "a constaté une détérioration significative de l'état mental de Trump et que celui-ci n'est pas apte à exercer ses fonctions".  The Atlantic rapporte le témoignage d'un proche de longue date de Trump qui a souhaité rester anonyme : "Trump répète depuis peu qu'il est l'homme le plus puissant qui ait jamais existé. Il veut qu'on se souvienne de lui comme de celui qui a accompli ce que personne d'autre n'aurait pu faire, grâce à son immense pouvoir et à sa force de volonté 8 " Le 17 avril, le Washington Examiner titre  "Donald Trump perd la tête":

"Un homme de 79 ans qui a longtemps semé le chaos est aujourd'hui rongé par ce chaos. Ses crises se multiplient, ses bons jours se font de plus en plus rares. Ce qu'il a perdu, ce n'est pas le sens de la décence ou des bonnes manières-il n'en a jamais eu-, mais le peu de maîtrise de soi qui lui restait. Tout son entourage s'en rend compte. Pourtant, que ce soit par ambition, par lâcheté ou par résignation, ils continuent de chercher des moyens de rationaliser son comportement. La tragédie n'est plus celle de Trump. C'est désormais celle de l'Amérique 9."

source : Laurent Guyénot

  1. "Jeanine Pirro's exclusive interview with Netanyahu" sur YouTube.
  2. Une stratégie très efficace si l'on en croit un  sondage de mars 2022 selon lequel un quart des électeurs républicains croyaient que : "Le gouvernement, les médias et le monde financier aux États-Unis sont contrôlés par un groupe de pédophiles adorateurs de Satan qui dirigent un réseau mondial de trafic sexuel d'enfants"
  3. Les incohérences sont innombrables. Il m'avait échappé par exemple que l'agent de sécurité Sean Curran, dont la performance est scandaleusement lamentable, a été nommé directeur du Secret Service par Trump en 2025.
  4. Cité dans Thom Hartmann, The Last American President: A Broken Man, a Corrupt Party, and a World on the Brink, Berrett-Koehler, 2025.
  5. Comme l'a écrit David Cay Johnston dans The Making of Donald Trump, Melville House, 2016.
  6. Thom Hartmann, The Last American President: A Broken Man, a Corrupt Party, and a World on the Brink, Berrett-Koehler, 2025.
  7. Certains objectent aussi que c'est sous Trump que sont sortis les documents Epstein. C'est vrai, mais croire qu'ils sont sortis à l'initiative de Trump, c'est méconnaître le système juridique américain, qui n'est pas encore totalement corrompu. Le FBI n'a agi que sous la contrainte de lois votées par le Sénat, suite à de très nombreuses actions en justice déclenchées par des groupes citoyens et quelques sénateurs comme Thomas Massie. Si Trump est compromis dans le dossier Epstein, pourquoi les Démocrates ne l'ont-ils pas déclassifié ? La raison est que ce dossier éclabousse autant les Démocrates que les Républicains. Mais il faut bien comprendre que c'est la rhétorique de campagne de Trump sur les pédo-criminels démocrates qui ont suscité l'énorme pression populaire qui a débouché sur la déclassification (très partielle) du dossier Epstein. Trump a été piégé par ses propres promesses électorales. Il a tout fait en son pouvoir pour bloquer cette déclassification. Et n'oublions pas qu'il existe encore trois millions de pages non déclassifiées.
  8. Ashley Parker et Michael Scherer,  "The Yolo Presidency, The Atlantic, 29 avril 2026.
  9. Dan Hannan,  "Donald Trump is losing his mind", Washington Examiner, 17 avril 2026.

 reseauinternational.net