07/05/2026 ismfrance.org  6min #313117

 Témoignages de Gazaouis : La survie qui s'organise au jour le jour dans l'enfer de Gaza

Témoignages de Gazaouis : La survie qui s'organise au jour le jour dans l'enfer de Gaza - partie 689 / 05.05 (1) - Les élèves de Gaza écrivent leur message à la liberté

Brigitte Challande, 6 mai 2026.- Sur le rivage de l'attente, avec les couleurs de l'espoir vers la flottille de la liberté le 5 mai 2026 dans le port de Gaza.

"Dans un moment qui dépasse les limites d'une activité scolaire traditionnelle pour entrer au cœur de l'action nationale et humaine, l'école Les Premiers Pas (affiliée à UJFP) a organisé une activité au port de Gaza. L'administration de l'école et des élèves de différents niveaux scolaires s'y sont réunies dans une scène qui portait en elle un message clair : la nouvelle génération à Gaza ne vit pas seulement sous le poids du blocus, elle le comprend, le rejette et cherche des moyens créatifs d'exprimer sa position. Le port a ainsi accueilli cette initiative qui a mêlé parole, art et engagement. Les élèves se sont tenues sur le rivage - cet horizon à la fois ouvert et fermé - pour exprimer d'une seule voix leur profonde gratitude et leur solidarité totale avec la Flottille de la liberté. Pour elles, celle-ci représente bien plus que de simples navires transportant de l'aide : elle incarne un acte humain universel qui redonne sens à la solidarité et brise le silence du monde face à la souffrance de Gaza. Les élèves ont adressé un message clair aux participants de ces navires. Elles ont affirmé les attendre, apprécier leurs efforts et mesurer l'ampleur des sacrifices consentis - quitter leurs pays et leurs familles - pour venir à Gaza dans l'espoir de briser le blocus imposé. Ce blocus n'est plus seulement une réalité matérielle, mais fait désormais partie du quotidien de chaque enfant dans ce lieu.

Pourtant, au lieu de se résigner, ces élèves ont choisi de transformer cette réalité en moteur d'action et en espace d'expression. Leur participation à cette activité est une preuve vivante que l'éducation à Gaza est indissociable de la cause, et que l'école peut devenir une plateforme de formation d'une conscience politique et humaine.

La scène n'aurait pas été complète sans la présence d'artistes plasticiens de Gaza, qui ont accompagné les élèves et contribué à orienter cette expression artistique collective. Le mur du port s'est transformé en une toile ouverte, portant dans ses détails un mélange de douleur et d'espoir, de blocus et de liberté, d'attente et de détermination.

Des pêcheurs étaient également présents - eux qui connaissent la mer non seulement comme source de subsistance, mais aussi comme une frontière quotidienne imposée par les restrictions et brisée par l'espoir. À leurs côtés se trouvait le camarade Zakaria Bakr, dont la présence a ajouté une dimension militante à l'événement, mêlant expérience de terrain, expression artistique et participation de la jeunesse dans une image reflétant l'unité de la société gazaouie face aux défis.

Les élèves ont choisi une manière différente d'exprimer leur reconnaissance. Elles ne se sont pas contentées de mots ou de slogans : elles ont pris des pinceaux et des couleurs pour peindre une fresque sur les murs du port. Cette œuvre n'était pas seulement artistique, mais constituait un message visuel adressé au monde, à tous ceux qui passent par là et à tous ceux qui naviguent vers Gaza. Elle portait des symboles de solidarité avec la Flottille de la liberté, exprimait l'attente et affirmait que Gaza n'est pas seulement un lieu assiégé, mais un espace vivant rempli d'espoir et de créativité.

Chaque couleur y avait sa signification, chaque trait son sens, transformant le mur en un texte ouvert que l'on lit avec les yeux et comprend avec le cœur. À ce moment-là, il était clair que les élèves ne participaient pas simplement à une activité : elles créaient un événement, écrivant une partie du récit de Gaza - un récit qui ne s'écrit pas seulement avec des mots, mais aussi avec des actes et des positions.

La présence de l'administration de l'école a donné à cette initiative une dimension éducative importante, affirmant que le rôle des institutions éducatives ne se limite pas à transmettre des connaissances, mais inclut aussi la construction de la conscience et le renforcement du sentiment d'appartenance. Dans une réalité complexe comme celle de Gaza, ce rôle devient essentiel : la nouvelle génération a besoin d'espaces pour s'exprimer et de modèles qui l'encouragent à agir et à participer. Cette activité a réussi à atteindre cet objectif, en réunissant éducation, art et engagement dans un même cadre, offrant un modèle de ce que peut être une école lorsqu'elle s'ouvre à sa société et à sa cause.

Le choix du port de Gaza n'était pas anodin. Il porte des significations profondes : c'est un point de rencontre entre l'intérieur et l'extérieur, entre le blocus et l'ouverture, entre la réalité et l'espoir. C'est aussi le lieu d'où partent les bateaux de pêche et où devraient accoster les navires de la liberté. Se tenir là, peindre sur ses murs et y adresser un message est un acte symbolique qui redéfinit cet espace, le transformant de frontière en lieu d'expression, de point de surveillance en plateforme de voix.

Au cœur de cette scène, le bruit de la mer semblait lui aussi participer, comme s'il reprenait le message des élèves et le portait au loin, là où naviguent les navires de la liberté. Dans cette rencontre entre le son et l'image, entre la parole et la couleur, entre la mer et l'humain, se forme un moment rare de sincérité - un moment qui affirme que Gaza, malgré tout ce qu'elle endure, reste capable de rêver, de s'exprimer et de créer de la beauté même dans les conditions les plus difficiles.

Cette initiative a laissé une empreinte visible dans les cœurs des participants et dans le lieu lui-même. La fresque demeure sur le mur, témoin de ce moment et porteuse du message des élèves : la solidarité n'est pas seulement une idée, mais un acte, et la liberté n'est pas un rêve lointain, mais un objectif à poursuivre par tous les moyens possibles.

Cette activité n'était pas un simple événement passager, mais une expression intense de la conscience d'une génération, de la détermination d'une société, et de la capacité humaine à transformer la douleur en espoir, le blocus en action et l'attente en message ouvert sur la mer."

Photos et vidéos  ICI.



Retrouvez l'ensemble des témoignages d'Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l'Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l'enfance. Tous les deux sont soutenus par l'UJFP en France.

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