08/05/2026 ismfrance.org  6min #313230

Le Collectif Free Palestine Guyane alerte la Préfecture sur la situation des migrants palestiniens

Collectif "Free Palestine Guyane", 2 mai 2026.- Monsieur le Préfet, Notre collectif s'est formé dès 2023 pour alerter l'opinion publique sur les exactions découlant du conflit israélo-palestinien, sur la portée de ce conflit à l'échelle internationale et sur les conséquences concrètes que cet événement allait avoir sur le reste du monde, y compris sur notre région, au regard de l'expérience des guerres qui sont survenues dans différentes régions du monde, de la plus proche à la plus lointaine.

"La Verdure : l'électricité coupée sur le camp, une expulsion déguisée en"mise à l'abri"".  France Guyane, 24 juillet 2025.

Nos craintes que le conflit prenne une dimension particulièrement alarmante se sont avérées fondées puisque de nombreuses instances et organisations internationales ont dénoncé l'existence d'un génocide dans la bande de Gaza, condamnations corroborées par les décisions de la C.P.I d'émettre des mandats d'arrêt à l'encontre de plusieurs responsables israéliens et palestiniens pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

L'une des conséquences parfaitement prévisibles et recherchées par le gouvernement Israélien est la migration forcée des habitants de Gaza pour échapper à une mort probable.

Le parcours de migration passant par le Brésil puis la Guyane pour rejoindre l'Europe est maintenant rôdé depuis les précédentes migrations de Palestiniens juste avant la crise sanitaire.

En qualité de soutien du peuple palestinien, nous sommes assez directement impliqués dans des demandes de solidarité financière et donc naturellement, d'aide humanitaire de familles ou de personnes originaires de Gaza arrivant en Guyane.

Le constat que nous faisons est que notre région va être impactée de façon importante par une vague migratoire de personnes en provenance du Moyen-Orient et de Palestine en particulier.

Plusieurs indications confirment le phénomène par ailleurs largement prévisible. La gravité de ces mouvements migratoires est amplifiée par le fait que le conflit n'est plus localisé mais largement étendu à tout le Moyen-Orient et donc, avec des départs migratoires de populations de provenance diverse.

C'est ainsi que nous avons vu arriver des personnes d'origine soudanaise fuyant le génocide du Darfour, des personnes du Maroc et Sahara Occidental et également des familles originaires d'Afghanistan fuyant la guerre en Iran, en Afghanistan ou expulsées du Pakistan.

Et comme les mauvaises planètes ont tendance à s'aligner, il faut également faire face aux migrations augmentées de nos amis Haïtiens fuyant légitimement la guerre civile qui ensanglante leur pays... et très probablement demain, celles de personnes d'Amérique du Sud fuyant la misère à Cuba ou les bouleversements au Vénézuela.

Si la France peut s'honorer à juste titre d'être signataire de la convention de Genève, il convient de formaliser cet engagement au mieux de la situation humanitaire très souvent dégradée qui caractérise bon nombre de ces populations en souffrance parfois physique, souvent psychique et tout le temps, économique.

Les migrants que nous rencontrons font part de problèmes cruciaux concernant l'hébergement et l'aide alimentaire. Même les familles en situation de vulnérabilité se retrouvent sans proposition d'une simple mise à l'abri. Les organisations dites humanitaires n'ont pas les moyens ni économiques ni logistiques pour assurer une aide a minima à ces populations en grande difficultés.

L'accès au 115 conduit la majorité des migrants d'origine étrangère (notamment du Moyen-Orient) à s'en détourner compte tenu des réponses négatives quasi générales qu'ils reçoivent et au fait que l'accueil téléphonique n'est accepté qu'en Français.

L'intégration au D.N.A. (Dispositif National d'Accueil), formalisée après le passage au GUDA, ne conduit à aucune garantie pour l'obtention d'un hébergement. Ni d'ailleurs pour l'aide alimentaire.

Les conditions de l'accueil sont en train de se détériorer gravement avec l'allongement des délais de convocation au GUDA et surtout à l'OFPRA puisque les résultats du traitement des demandes sont maintenant communiqués à 4-5 mois de délais. Allongement qui recule drastiquement la régularisation des demandeurs d'asile qui, seule, leur permet la recherche d'un emploi et donc d'un logement, l'obtention d'une aide sociale et la possibilité d'un départ vers l'Europe.

Le pire, c'est également le versement de l'A.D.A. dont le montant est largement amputé de 40 %, qui fait l'objet d'un retard inadmissible, en contravention avec les règles nationales, et qui contribue encore plus à rendre les conditions de vie des migrants quasiment impossibles.

La possibilité d'une mise à l'abri de plusieurs personnes célibataires, par cotisation conjointe, pour la location d'un hébergement semi collectif, même relevant du domaine informel, s'en trouve exclues, contribuant ainsi à leur précarité.

En résumé, le dispositif actuellement en place n'est pas à la hauteur et contribuera inéluctablement à mettre à la rue de nombreuses familles, y compris les plus vulnérables. Le squat de Cabassou ne suffira pas plus à "cacher la misère du monde" qu'avec le squat de la "Verdure" et Kourou continuera à "lancer des fusées sur fond de bidonvilles".

Pour notre part, la solidarité de nos membres a permis de mettre provisoirement à l'abri une dizaine de personnes, pour la plupart des célibataires, rescapés du génocide actuellement en cours.

Mais cette solidarité a des limites et à court terme, bon nombre de ces personnes rejoindront la cohorte des personnes sans abri qui déambuleront dans Cayenne à la recherche de moyens de subsistance et de lieux où dormir.

En exemple, vous trouverez des photos explicites de ces difficultés d'hébergement pour lesquelles des signalements ont été faits.

Nous avons conscience des difficultés liées à l'accueil des migrants mais il nous apparaît que, sans prise de mesures consistantes et anticipées, la confrontation à une vague inéluctable entraînera naturellement des difficultés très probables d'ordre sociétal. Les peuples et les demandeurs d'asile ne peuvent pas être les boucs émissaires des géopolitiques guerrières des "grands" de ce monde.

Ils sont, comme la population guyanaise, désireux d'une vie harmonieuse et pacifique et respectueux, pour l'immense majorité, du vivre ensemble.

Il nous apparaît donc nécessaire qu'ait lieu une prise en compte globale impliquant l'État, les collectivités, les élus et les O.N.G et que sur la base de prévisions objectives, une stratégie et des moyens soient mises en oeuvre.

Evidemment, si nos prévisions s'avéraient excessivement alarmistes, nous en serions très heureux.

Dans l'immédiat, nous espérons que toutes les situations concernant des familles ou des personnes en situation de vulnérabilité aboutissent à des mises à l'abri, y compris en activant les dispositifs hôteliers et que les demandeurs d'asile bénéficient, comme toute personne en difficulté sociale, des dispositions du Code de l'action sociale et des familles (CASF) qui prescrit l'inconditionnalité à un hébergement d'urgence pour les personnes éligibles.

Recevez nos salutations.

Pour le collectif, C. Bourdin
freepalestinegf@gmail.com

Courrier adressé à : Monsieur le Préfet de la Région Guyane, rue Fiedmond - 97307 Cayenne

Copies : - Madame la Maire de Cayenne
- Davy Rimane, député de Guyane

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