08/05/2026 reseauinternational.net  15min #313251

La géopolitique est dans le réservoir (suite) - Grandeurs et tweetitudes de la puissance navale française

Le Charles-de-Gaulle, nouveau porte-assureur de la nation, projette sa puissance à distance des belligérants. Prime au mille nautique : la clarté politique.

par François Vadrot

Comment la France projette sa puissance à distance des belligérants... et du détroit de Bab el-Mandeb, opportunément disparu de la carte.

Un nouvel article publié par Le Monde le 7 mai 2026, sous la plume de Claire Gatinois, constitue le second volet - naval et diplomatique - du diptyque de l'impuissance  ouvert la veille par Denis Cosnard. On y retrouve les mêmes ingrédients : une situation grave - le monde va mal -, une réponse grandiloquente - la France envoie son fleuron -, une action qui n'en est pas une - on est prêt, mais surtout on ne fait rien -, et un journalisme qui, sans mentir, s'abstient de poser les questions qui fâchent.

Les 6 et 7 mai 2026 resteront comme les deux jours où Le Monde a, sans le vouloir, livré au lecteur attentif les pièces d'un même puzzle : celui d'une puissance moyenne qui mime la puissance, d'un gouvernement qui parle l'action sans la faire, et d'une presse de révérence qui raconte le théâtre sans jamais lever le rideau.

L'article de Gatinois nous apprend que la France a déployé le porte-avions Charles de Gaulle en direction du golfe d'Aden, qu'elle "se tient prête à agir dans le détroit d'Ormuz", mais que cette action resterait "à distance des belligérants", en attendant une "clarté politique" qui tarde à venir. La suite est une variation, dans le registre militaire, sur le même thème que celui orchestré la veille par Denis Cosnard au registre budgétaire : l'inaction habillée en décision.

Après  la géopolitique dans le réservoir des Français, voici donc la géopolitique dans le hangar aviation. Hier, le gouvernement promettait des aides sans arbitrages ; aujourd'hui, il projette un porte-avions sans cible, sans mandat clair, sans certitude d'action, mais avec beaucoup de verbes martiaux et de photos en mer. La continuité est parfaite : l'État ne décide pas, il scénarise. Il ne gouverne pas, il met en mouvement des symboles.

La méthode Coué en haute mer : être prêt pour ne rien faire

"Faire étalage de sa puissance militaire sans prendre part à la guerre... Mercredi 6 mai, à la mi-journée, la France a fait savoir à l'Iran, comme aux États-Unis, que son porte-avions Charles-de-Gaulle - et ses Rafale embarqués - avait franchi le canal de Suez en direction du golfe d'Aden". ~ Claire Gatinois.

Commentaire : La première phrase est une claque involontaire. "Faire étalage de sa puissance militaire sans prendre part à la guerre" : voilà résumée en douze mots la doctrine stratégique du gouvernement. La puissance n'est pas faite pour être exercée, mais pour être montrée. Le Charles-de-Gaulle n'est pas un outil de combat, c'est un argument de communication.

La France ne participe pas au conflit. Elle ne prend pas parti. Elle ne menace personne. Mais elle est là. En mer. Avec ses avions. Prête. Capable. À distance. Comme un pompier qui garerait son camion à trois rues de l'incendie, sirène éteinte, et enverrait un tweet pour dire qu'il est disponible si on veut bien l'inviter à intervenir.

Le porte-avions devient ainsi l'équivalent naval de la phrase gouvernementale : massif, coûteux, impressionnant, mais suspendu à un conditionnel. Il ne s'agit plus de produire un effet militaire ; il s'agit de produire l'image de la disponibilité militaire. Le navire ne se dirige pas seulement vers le golfe d'Aden : il navigue vers une conférence de presse.

Le porte-avions, ce jerricane à Rafale

"Si l'on devait agir pour rétablir la liberté de navigation dans le passage stratégique, la France serait"prête", mais aussi"capable", déclare l'Élysée, précisant que toute action resterait"à distance des belligérants"". ~ Claire Gatinois, citant l'Élysée.

Commentaire : "Prête", "capable", "à distance des belligérants". La phrase mérite d'être relue lentement. La France est prête à agir. Mais elle agira à distance. De qui ? Des belligérants. Mais le détroit d'Ormuz est contrôlé par l'Iran, qui est un belligérant. Si la France reste à distance des belligérants, comment entre-t-elle dans le détroit ? Par la pensée ? Par visioconférence ?

Cette promesse d'agir sans s'approcher du conflit est le cœur de la doctrine en vigueur : une France qui plane au-dessus de la mêlée, qui sécurise sans combattre, qui débloque sans affronter, qui pacifie sans contraindre. Une France qui envoie un porte-avions pour ne surtout pas s'en servir, sauf à obtenir "une forme de clarté politique". Une France qui veut être là, mais pas trop.

Le Charles de Gaulle devient alors un étrange jerricane à Rafale : on le sort, on le montre, on le remplit de puissance, puis on explique qu'il ne faut surtout pas approcher la flamme. La puissance française est inflammable ; elle doit rester "à distance".

Le porte-avions assureur : quand la Marine nationale devient cabinet de courtage

"La France prétend pouvoir agir afin de faire baisser les primes exigées par les assureurs dès qu'elle obtiendra une forme de"clarté politique"de la part des deux protagonistes garantissant que les tirs ne viseraient pas les bateaux". ~ Claire Gatinois, commentant une source diplomatique britannique.

Commentaire : l'article contient une autre merveille, presque plus révélatrice encore : Paris prétend pouvoir agir afin de "faire baisser les primes exigées par les assureurs" dès qu'elle obtiendra une forme de "clarté politique" des deux protagonistes.

Voilà donc la fonction nouvelle du Charles de Gaulle : non pas vaincre, non pas dissuader, non pas escorter réellement, mais rassurer les assureurs. Richelieu rêvait de domination maritime ; l'Élysée rêve d'un ajustement actuariel. La France ne projette plus seulement sa puissance : elle projette une baisse de prime.

Le porte-avions devient un comparateur d'assurance flottant, escorté par des Rafale et nourri à la clarté politique. La Marine nationale, jadis instrument de souveraineté, se découvre auxiliaire des compagnies d'assurance. On ne sécurise plus une route maritime ; on tente de convaincre les marchés que le risque est psychologiquement contenu. La guerre n'est toujours pas la nôtre, mais la surprime, elle, l'est déjà.

La diplomatie par tweet : l'intention comme mode de gouvernement du monde

"J'ai invité le président iranien [Massoud Pezeshkian] à en saisir l'opportunité et je compte m'entretenir avec le président Trump sur ce sujet, a précisé Emmanuel Macron, mercredi sur X, appelant toutes les parties à lever le blocus du détroit d'Ormuz sans délai et sans conditions". ~ Claire Gatinois, citant Emmanuel Macron.

Commentaire : Voilà le sommet de la séquence. Le porte-avions franchit Suez. Le monde regarde. La situation est explosive. Et le président de la République tweete. "J'ai invité", "je compte m'entretenir", "j'appelle à". Trois verbes, pas un seul effet. Le conditionnel est le mode de gouvernement du monde : on n'agit pas, on invite à saisir. On ne négocie pas, on compte s'entretenir. On ne fait pas pression, on appelle à. Et tout cela sur X, comme un influenceur parmi d'autres.

Le plus beau est peut-être ce "sans délai et sans conditions". L'Iran bloque le détroit depuis des semaines, l'économie mondiale tangue, et la France en est encore à appeler à une levée "sans délai et sans conditions" - c'est-à-dire exactement ce que l'Iran refuse de faire. Ce n'est pas une négociation ; c'est une pétition.

La diplomatie française a trouvé sa forme pure : un porte-avions en mer, un tweet à Paris, une injonction morale adressée à deux puissances qui ne l'ont pas demandée. C'est la puissance par notification. Le monde reçoit une alerte : la France a une opinion.

La stratégie du "nous avons raison" : la puissance par l'évidence de soi

"À en croire l'Élysée, les deux pays ennemis, États-Unis et Iran,"nous écouteront [nous Français] car nous avons raison"". ~ Claire Gatinois, citant l'Élysée.

Commentaire : Savourons la formule : les USA et l'Iran écouteront la France non parce qu'elle dispose d'un levier, non parce qu'elle contrôle le détroit, non parce qu'elle peut imposer un rapport de force, non parce qu'elle commande la flotte américaine ou les missiles iraniens, mais parce qu'elle a raison.

Nous sommes revenus à la diplomatie scolastique : l'argument juste produit mécaniquement l'obéissance du réel. Le monde brûle, les missiles volent, les assureurs paniquent, les navires contournent, les prix montent, mais Paris possède l'arme absolue : la bonne formulation.

C'est peut-être cela, au fond, la grande innovation stratégique française : la dissuasion par supériorité morale supposée. Nous avons raison ; donc ils nous écouteront. Si le détroit reste fermé, ce ne sera pas la preuve que la France n'a aucun moyen de pression, mais seulement que le réel n'a pas encore compris la qualité de notre raisonnement.

La cécité volontaire : le détroit fantôme de Bab el-Mandeb

Commentaire : Le Charles-de-Gaulle, nous dit-on, a franchi le canal de Suez. Il se dirige vers le golfe d'Aden. Entre les deux, il y a un petit passage que l'article, curieusement, ne mentionne nulle part : le détroit de Bab el-Mandeb. Large d'une trentaine de kilomètres, ce couloir est placé sous la menace permanente d'Ansar'allah, mouvement politique yéménite (houthi) soutenu - et armé - par l'Iran. Ces mêmes Houthis ont déjà tiré sur des navires militaires et marchands dans la zone. Le dernier porte-avions américain à avoir voulu se rendre vers Ormuz a préféré contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance plutôt que de s'exposer à leurs tirs.

Bab el-Mandeb n'est pas un détail exotique sur une carte d'état-major. C'est le second verrou de cette crise : le passage où la mer Rouge devient golfe d'Aden, là même où la navigation internationale s'est transformée en pari balistique. L'article nous montre Suez, nous promet Ormuz, mais escamote la porte intermédiaire. Comme si le Charles de Gaulle pouvait glisser d'un théâtre à l'autre par téléportation républicaine.

Et la France ? Elle y va. Ou prétend y aller. Sans que personne, ni l'Élysée, ni la journaliste, n'évoque cette difficulté pourtant centrale. Le Charles-de-Gaulle va-t-il franchir Bab el-Mandeb ? Si oui, comment reste-t-il "à distance des belligérants" alors qu'Ansar'allah, allié de l'Iran, contrôle le passage ? Si non, que fait-il exactement dans le golfe d'Aden ?

Cette omission n'est pas anodine. Elle est la condition de survie du récit officiel. Si l'on pose la question de Bab el-Mandeb, toute la construction "prête et capable" s'effondre. On ne peut pas être prêt à agir dans un détroit si on ne peut pas franchir l'autre. On ne peut pas rester à distance des belligérants quand le belligérant tient le verrou qu'il faut ouvrir. Alors on tait Bab el-Mandeb. On l'escamote. On fait comme si Suez ouvrait directement sur Ormuz, par miracle géographique.

La carte officielle a des trous. Le récit médiatique les reproduit. La géographie devient un accessoire de communication : on garde les noms qui sonnent bien - Suez, Ormuz, golfe d'Aden - et l'on efface le nom qui dérange, celui qui obligerait à demander comment, concrètement, la France entend passer de la posture au passage.

L'escorte qui échoue et confirme la stratégie

"Les tirs iraniens qui ont touché, mardi,  un porte-conteneurs français de la compagnie CMA CGM, blessant plusieurs marins en dépit de l'escorte proposée par la marine américaine, ne font"qu'illustrer la validité de la démarche que [l'Elysée a] engagée", estime-t-on du palais présidentiel". ~ Claire Gatinois.

Commentaire : L'article indique aussi que des tirs iraniens ont touché un porte-conteneurs français de la CMA CGM, blessant plusieurs marins malgré l'escorte proposée par la marine américaine. Et que répond l'Élysée ? Que cela ne fait "qu'illustrer la validité de la démarche" engagée.

Le raisonnement est admirable dans sa logique : une escorte américaine n'empêche pas un navire français d'être touché ; donc cela prouve que la démarche française est valide. Dans un monde rationnel, un échec interrogerait la méthode. Dans le monde élyséen, il la confirme. Plus la protection échoue, plus elle devient nécessaire. Plus la mer est dangereuse, plus le communiqué est juste.

On reconnaît là une vieille spécialité française : transformer la preuve contraire en validation du plan. L'échec ne réfute pas la stratégie ; il lui donne une profondeur dramatique. La réalité ne contredit jamais le pouvoir : elle illustre la justesse de sa démarche.

La boucle budgétaire : le chaînon manquant entre Cosnard et Gatinois

Commentaire : Relisons les deux articles côte à côte. Le 6 mai, Denis Cosnard écrit : "Surtout, la guerre alourdit les dépenses militaires de la France". Le lecteur pense : le prix du baril, le kérosène, peut-être. Le 7 mai, Claire Gatinois décrit le déploiement du Charles-de-Gaulle, son escorte, ses Rafale, ses 2000 marins, sa semaine de navigation. Le lecteur attentif assemble les pièces.

Le ministère des Armées ne paie pas seulement son gazole plus cher. Il finance un déploiement naval complet, en mer Rouge, vers Ormuz. Le kérosène des Rafale, le fioul des frégates, la solde des marins, les heures de vol, l'usure du matériel, les pièces de rechange, les munitions (même pour s'entraîner), le pétrolier ravitailleur - tout cela coûte, en une seule mission, des dizaines de millions d'euros.

Cosnard annonçait le 6 mai une augmentation des dépenses militaires. Gatinois en donne la cause le 7 mai, sans jamais faire référence à l'article de son collègue. Les deux textes se complètent sans se parler, comme deux moitiés d'un secret partagé. La guerre n'est pas la nôtre, mais la facture, elle, est bien française. Le kérosène du Rafale est payé par le contribuable. Le fioul de la frégate est payé par le contribuable. Et tout cela flotte, en ce moment même, vers un détroit que nous ne contrôlons pas, pour une guerre à laquelle nous ne participons pas.

Hier, la géopolitique entrait dans le réservoir des Français. Aujourd'hui, elle sort du budget de la Marine. Le lien est parfait : ce que le citoyen paie à la pompe, l'État le paie aussi en mer, avec des zéros de plus et des communiqués mieux rédigés.

Le savant et le politique : l'expertise comme cercueil du récit

"Un porte-avions, c'est un message. Une projection de puissance. Une menace. Mais sur qui la France fait-elle planer une menace ? Sur l'Iran ? Sur les États-Unis ?" ~ Elie Tenenbaum, Institut français des relations internationales, cité par Claire Gatinois.

Commentaire : La citation est un cadeau. Tenenbaum ne critique pas frontalement, il interroge. Mais ses questions sont des balles. Trois petites phrases, et toute la doctrine s'effondre. La France menace, mais on ne sait pas qui. Elle projette sa puissance, mais dans le vide. Elle envoie un message, mais le destinataire est inconnu.

Gatinois place cette citation à la fin de l'article, comme un contrepoint. Mais elle ne la commente pas. Elle ne la prolonge pas. Elle la laisse flotter, comme le porte-avions. Ironie suprême : c'est le chercheur, et non la journaliste, qui formule la question la plus dévastatrice. Et cette question reste sans réponse.

C'est souvent ainsi que fonctionne le journalisme de gouvernement lorsqu'il veut paraître équilibré : il place, en fin de papier, une phrase qui ruine tout ce qui précède, puis passe à autre chose. Le lecteur attentif voit le château s'effondrer. Le lecteur pressé retient seulement qu'un porte-avions avance. L'article a rempli sa double fonction : relayer la scénographie tout en déposant, discrètement, la preuve de son absurdité.

En conclusion provisoire du diptyque

Le 6 mai, Denis Cosnard décrivait un gouvernement qui "envisage" d'"envisager", qui promet des aides sans les verser, qui annonce des économies sans les définir, et dont le Premier ministre déclare que "la géopolitique est rentrée dans le réservoir de carburant des Françaises et des Français".

Le 7 mai, Claire Gatinois décrit ce même gouvernement qui envoie un porte-avions là où il ne peut pas agir, pour menacer on ne sait qui, en attendant une clarté politique qui ne vient pas, sans évoquer le détroit qu'il faut pourtant franchir.

Les deux articles forment un diptyque parfait : impuissance économique à l'intérieur, impuissance militaire à l'extérieur. Dans les deux cas, le langage sert à masquer le vide. Dans les deux cas, le journalisme décrit la fumée sans appeler le feu par son nom.

La géopolitique est peut-être dans le réservoir des Français, comme l'a dit Lecornu. Mais elle est aussi dans la cale du Charles-de-Gaulle, dans le champ de tir d'Ansar Allah, dans le gazole facturé au contribuable et dans l'article de Claire Gatinois, qui, comme celui de Denis Cosnard la veille, voit la mise en scène sans déchirer le rideau.

Le gouvernement français ne gouverne plus vraiment ; il produit des postures entre deux impuissances. Une aide non versée, un arbitrage non rendu, un porte-avions non engagé, une menace sans destinataire, une diplomatie par tweet, une assurance maritime à rassurer, un détroit nommé et un autre effacé : voilà la nouvelle grammaire de la puissance.

La France ne gouverne plus. Elle flotte.

Appendice - La couverture de l'édition papier comme aveu involontaire

Extrait de la couverture de l'édition papier du Monde sortie le 7 mai et datée du 8-9 mai 2026.

L'édition papier du Monde est sortie avant que nous ne publiions le présent article, et elle ajoute à l'article de Claire Gatinois une surcouche de comique involontaire presque parfaite. En couverture, dans un petit encadré au milieu de la page, le journal annonce gravement :

"Le"Charles-de-Gaulle"fait route en direction du golfe d'Aden"

Ce n'est plus la France qui décide, ni l'Élysée qui ordonne, ni la Marine qui exécute : c'est le porte-avions qui "fait route". Le navire devient sujet grammatical, la décision politique disparaît dans le sillage. La puissance nationale n'agit pas ; elle se déplace.

Le court texte précise ensuite que le "fleuron de la marine française" est désormais "à moins d'une semaine de navigation du détroit d'Ormuz". Voilà donc une géographie très sélective : on mesure le temps qui sépare le porte-avions du détroit qu'on veut dramatiser, mais on oublie toujours le passage qu'il faut franchir pour y parvenir. Bab el-Mandeb, ce verrou encombrant entre mer Rouge et golfe d'Aden, disparaît encore une fois de la carte. La géographie est convoquée comme chronomètre, jamais comme obstacle.

L'expression finale est un petit chef-d'œuvre :

"débloquer pacifiquement la zone"

Un porte-avions, des Rafale, une mission de navigation, une cinquantaine de pays, et tout cela pour "débloquer pacifiquement". La formule résume à elle seule la doctrine française du moment : la coercition douce, le cuirassé humanitaire, la menace sans menace, la puissance armée en mode médiation notariale.

Mais le plus savoureux se trouve juste à côté, dans la même une : un grand dossier annonce "Comment la France a perdu ses raffineries". Une puissance qui ne raffine plus fait route vers le pétrole. Une économie qui a perdu ses bases matérielles projette un porte-avions. La France ne transforme plus le brut ; elle transforme l'impuissance en encadré de une.

Cette juxtaposition vaut éditorial. Elle dit mieux que mille communiqués ce qu'est devenue la puissance française : un pays qui perd ses raffineries, mais conserve ses symboles ; qui manque de carburant industriel, mais dispose encore d'un vocabulaire naval ; qui ne produit plus assez, mais fait route.

La France ne raffine plus. Elle navigue.

source :  François Vadrot

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