
par Andrew Korybko
L'adhésion officieuse de l'Azerbaïdjan à l'OTAN, via sa conformité aux normes du bloc et son alliance avec la Turquie, s'est désormais étendue à une alliance de facto avec l'Ukraine, ce qui accroît naturellement l'évaluation de la menace que représente l'Azerbaïdjan pour la Russie.
La Russie et l'Azerbaïdjan sont parvenus à un accord mi-avril pour régler leur différend relatif à l'incident de décembre 2024 impliquant Azerbaijan Airlines. Ce jour-là, les forces russes avaient accidentellement endommagé un avion de la compagnie au-dessus de la Tchétchénie en réponse à une attaque de drone ukrainienne. Vladimir Poutine a présenté ses excuses à Ilham Aliyev pour cet incident lors de leur rencontre à Douchanbé l'automne dernier, ouvrant ainsi la voie à cet accord. Le président du Conseil de la Fédération, Valentine Matviyenko, s'est félicité de cet accord, le qualifiant d'"ouverture de nouvelles perspectives" pour les relations bilatérales.
Malgré les bonnes intentions de sa prédiction, celle-ci fut déjouée par la rencontre entre Aliyev et Zelensky, moins de quinze jours plus tard, au cours de laquelle ils signèrent six accords de coproduction d'armement. Comble de l'ironie, la réunion eut lieu à Gabala, près de la frontière russe, où la Russie exploitait également une station radar jusqu'en 2012. Le message est clair : Aliyev n'a pas oublié les frappes russes menées l'été dernier contre les installations de stockage et autres infrastructures appartenant à sa compagnie énergétique nationale ukrainienne.
Au lieu de tourner la page sur les tensions de l'année dernière, déclenchées par l'incident aérien susmentionné mais grandement exacerbées par le raid azerbaïdjanais contre Sputnik Bakou sous de faux prétextes d'espionnage, suivi de l'adhésion à la "Route Trump pour la paix et la prospérité internationales" ( TRIPP), Aliyev ne fait que les aggraver. Il était déjà suffisamment grave qu'il ait accepté le TRIPP, dont le double objectif est de servir de corridor logistique militaire pour l'OTAN vers l'Asie centrale, et que ses forces armées aient achevé leur mise en conformité aux normes de l'OTAN en novembre dernier.
Pour ne rien arranger, il vient d'accepter de coproduire des armes avec l'Ukraine, faisant ainsi de l'Azerbaïdjan un cobelligérant officiel contre la Russie. Compte tenu du précédent établi par d'autres cobelligérants, qui ont fini par étendre leurs transferts et ventes d'armes à d'autres formes de coopération institutionnalisées par des garanties de sécurité, l'Azerbaïdjan suivra probablement la même voie. Cela risquerait alors de placer l'Azerbaïdjan sur une trajectoire de collision avec la Russie, à l'instar de l'Ukraine.
Bien que n'étant pas membre à part entière de l'OTAN, la Turquie - qui dispose de la deuxième armée la plus importante de l'OTAN - est son alliée en matière de défense mutuelle. De ce fait, tout conflit russo-azerbaïdjanais pourrait dégénérer en conflit russo-OTAN. Même si des hostilités directes entre les deux pays sont évitées, comme ce fut le cas jusqu'à présent avec l'Ukraine, l'Azerbaïdjan pourrait néanmoins devenir une "seconde Ukraine", se transformant en un nouveau champ de bataille par procuration. L'Accord sur les ADPIC abandonnerait alors sa couverture commerciale pour devenir ouvertement un corridor logistique militaire de l'OTAN vers l'Azerbaïdjan.
Il existe trois scénarios de conflit plausibles : 1) Des drones (azerbaïdjanais ou ukrainiens) attaquent la Russie depuis l'Azerbaïdjan (que ce soit lors de cette opération spéciale ou d'un "deuxième round") et la Russie riposte ; 2) L'Azerbaïdjan intervient pour soutenir le Kazakhstan avec l'appui turco-OTAN-ukrainien si la Russie lance une opération spéciale dans cette région afin de rompre ses liens avec l'OTAN (elle prévoit déjà de produire des obus du bloc) ; et 3) La Russie lance une opération spéciale contre l'Azerbaïdjan pour stopper le projet turc de " pipeline transcaspien".
Quoi qu'il arrive, une chose est sûre : l'adhésion tacite de l'Azerbaïdjan à l'OTAN, via sa conformité aux normes du bloc et son alliance avec la Turquie, s'est muée en une alliance de facto avec l'Ukraine, ce qui accroît considérablement la perception de la Russie quant à la menace que représente l'Azerbaïdjan. Son nouveau rôle d'État de transit indispensable à l'OTAN pour faciliter l'expansion de l'influence du bloc en Asie centrale grâce à l'Accord sur les ADPIC comportait déjà un risque important de conflit avec la Russie, risque qui vient de s'aggraver considérablement.
source : Andrew Korybko via La Cause du Peuple