14/05/2026 ismfrance.org  7min #313825

Troisième Intifada ? Pourquoi Netanyahu renonce-t-il à abroger les accords d'Oslo ?

Robert Inlakesh, 13 mai 2026. - Malgré ses déclarations sur la poursuite de la colonisation et l'annexion de la Cisjordanie, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a renoncé à un projet de loi visant à abroger officiellement les accords d'Oslo. Cette décision révèle les rouages de la politique d'occupation israélienne.

Manifestation contre la loi israélienne sur la peine de mort pour les prisonniers palestiniens, Ramallah, 30 mars 2026.

Un membre du Parti du pouvoir juif, du ministre israélien de la Sécurité Itamar Ben Gvir, a récemment proposé à la Knesset un projet de loi abrogeant les accords d'Oslo - les accords signés dans les années 1990 entre Tel-Aviv et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui ont instauré le modèle actuel de la Cisjordanie et de Gaza occupées. L'objectif de ce projet de loi était d'abandonner officiellement toute reconnaissance de l'Autorité palestinienne et de commencer à construire des colonies illégales à l'intérieur de ce qu'on appelle les zones A et B de Cisjordanie.

"Le gouvernement d'Israël a décidé dimanche de ne pas donner suite au projet de loi proposé par la députée Limor Son Har-Melech", a rapporté une source citée par le Times of Israel, précisant que Netanyahu lui-même avait ordonné au Comité ministériel de la législation de refuser de le soutenir.

Cette décision a surpris de nombreux observateurs, témoins des progrès réalisés par Israël vers une annexion de jure de la Cisjordanie occupée. En effet, le mois dernier encore, Tel-Aviv a approuvé un nombre record de 34 nouvelles colonies en territoire occupé.

Pourquoi Netanyahu a-t-il reculé ?

La raison invoquée par les médias israéliens pour expliquer la décision du Premier ministre de rejeter, pour l'instant, l'idée d'abroger les accords d'Oslo est qu'une telle mesure nécessitait une coordination avec les États-Unis.

Pourtant, une autre explication est passée sous silence par les médias israéliens : les répercussions d'une telle action. On s'interroge rarement sur les graves violations du droit international qu'entraînerait une telle mesure, car la philosophie de Tel-Aviv consiste à crier à l'antisémitisme à la moindre représaille.

Si une telle initiative requiert le feu vert américain, il n'est pas difficile de l'obtenir de la part d'une administration Trump entraînée dans une guerre d'agression contre l'Iran, une guerre contraire aux objectifs stratégiques des États-Unis. La milliardaire la plus riche d'Israël, Miriam Adelson, ainsi qu'une pléiade de milliardaires sionistes, ont financé la campagne présidentielle de Donald Trump.

Adelson, proche du Premier ministre israélien et propriétaire du tabloïd le plus diffusé d'Israël, a apporté son soutien indéfectible au président Trump, en échange de son accord pour l'annexion de la Cisjordanie. Le premier mandat de Trump a également été financé par Miriam et son défunt mari, Sheldon Adelson, la contrepartie étant la reconnaissance de Jérusalem occupée comme capitale d'Israël (photo ci-dessus).

Trump semble incapable de dire non à Israël, ce qui explique sans doute le refus de Netanyahu de mettre en œuvre ce projet de loi à l'heure actuelle.

Tout d'abord, le projet de loi a été proposé de manière assez inattendue, et par une colonisatrice suprémaciste juive fanatique. Bien qu'elle fasse partie de la coalition, la députée Limor Son Har-Melech n'est pas précisément connue pour défendre des lois mûrement réfléchies. Si une telle initiative devait être prise, elle serait plus vraisemblablement menée par le Premier ministre ou une personnalité plus influente du gouvernement israélien, et s'appuierait sur un plan soigneusement élaboré.

La réaction la plus modérée face à une telle initiative serait probablement une sanction européenne contre Israël, les États membres de l'Union européenne adhérant au consensus de la solution à deux États, adopté par la grande majorité de la communauté internationale. Certains envisagent la possibilité de sanctions. Compte tenu de la faiblesse des réponses apportées jusqu'à présent aux crimes israéliens, des mesures de représailles plus modérées seraient plus probables.

La principale raison pour laquelle l'abrogation des accords d'Oslo pourrait engendrer de fortes réactions est la réaction de la population palestinienne. Contrairement à ce que beaucoup pensent, les chances d'un soulèvement populaire massif et immédiat en Cisjordanie sont relativement faibles, ce qui rend la situation d'autant plus versatile.

En réalité, l'annulation des accords d'Oslo signifierait que le gouvernement israélien ne reconnaîtrait plus l'accord actuel de répartition de la gouvernance sur le territoire. L'Autorité palestinienne (AP) agit comme un sous-traitant des forces d'occupation, exerçant un contrôle sécuritaire limité dans la zone A et des pouvoirs uniquement administratifs dans la zone B, tandis que 60 % du territoire - la zone C - est entièrement sous occupation israélienne.

Pour les Israéliens, ce système a permis une occupation belliqueuse sans précédent et sans frais ; l'UE et d'autres nations paient les factures de l'Autorité palestinienne pendant qu'Israël détient la majeure partie de la Cisjordanie et y implante sans cesse de nouvelles colonies. Pendant ce temps, la majorité de la population palestinienne vit dans les zones A et B, ce qui signifie que l'appareil sécuritaire et de renseignement de l'Autorité palestinienne est chargé de la surveiller et de coordonner ses actions avec les Israéliens lorsqu'ils s'en prennent à tout Palestinien qui tente de résister.

Si les accords d'Oslo étaient invalidés, l'Autorité palestinienne deviendrait obsolète et s'effondrerait de façon imminente. Israël contrôle actuellement ses recettes fiscales et décide du moment où ces fonds sont versés à son sous-traitant palestinien. Or, si les accords d'Oslo sont annulés, Israël ne fournira plus les devises nécessaires à son fonctionnement.

Les accords d'Oslo ont institué l'Autorité palestinienne comme une structure préfigurant un gouvernement pour un futur État palestinien, jetant les bases d'un retrait israélien du territoire sur une période de cinq ans. Au lieu de cela, les Israéliens ont refusé de se retirer et ont accéléré l'expansion illégale des colonies. L'annexion de facto de la zone C a contraint l'Autorité palestinienne à un processus de "réforme" progressif, la transformant en un régime collaborateur dirigé par des fonctionnaires corrompus, maintenus au pouvoir uniquement pour servir l'occupation israélienne.

Tout effondrement de l'Autorité palestinienne contraindrait les forces d'occupation israéliennes à occuper les principales villes palestiniennes, ce qui engendrerait une résistance farouche et nécessiterait un déploiement massif de forces. Les accords d'Oslo, favorables aux Israéliens, ont mis fin à la Première Intifada et créé une zone tampon entre la majorité de la population palestinienne et l'armée d'occupation israélienne. Si cette zone tampon disparaît, une situation périlleuse s'installera.

Les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne sont constituées de 70.000 hommes. Les alliances familiales et tribales contribuent également à l'abondance d'armes sur le territoire. Si l'AP s'effondre, il n'y aura aucun frein quant à des représailles lorsque certaines familles sont victimes de la criminalité de Tel-Aviv.

Une autre menace considérable pour les Israéliens réside dans l'implantation de leurs colonies au sein et autour des populations palestiniennes, permettant aux factions de la résistance de les atteindre facilement et de franchir les barrières et murs de sécurité. Dans le cas de Gaza, les colonies environnantes étaient certes plus difficiles d'accès. De plus, d'importants contingents de colons extrémistes religieux, armés et entraînés, passent déjà à l'acte et créent une réalité meurtrière.

Bien que de nombreux Israéliens méprisent l'Autorité palestinienne parce qu'elle plaide officiellement pour un État palestinien et est perçue comme un obstacle à la poursuite de la colonisation juive de la Cisjordanie occupée, l'autorité basée à Ramallah les protège en réalité. Sans l'Autorité palestinienne et les accords d'Oslo, le front de Cisjordanie s'embrasera d'une ampleur sans précédent.

Article original en anglais sur  Palestine Chronicle / Traduction MR

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