
par Docteur
Je signale un très bon papier de Brian Berletic qui avait déjà commis des analyses pertinentes au sujet de l'Iran. 1
Cette fois, Berletic nous rappelle une autre guerre sale menée par les États-Unis... via l'Afghanistan.
Je sais, ce pays évoque un infâme trou culier du monde. Et il y a des raisons objectives à cela. Mais comme d'habitude, la géographie éclaire le terrain si j'ose dire et surtout les enjeux.
Ce pays médiéval partage des frontière avec :
- le Pakistan (est / sud, la frontière la plus longue, 2 430 km)
- l'Iran (ouest)
- le Turkménistan (nord-ouest)
- l'Ouzbékistan (nord)
- le Tadjikistan
Et ?
La Chine ! 80 km à peine.
Quelle coïncidence ! 😉
Bref, un noeud gordien et donc une pétaudière.
Voici un résumé de l'histoire récente du pays.
- 1973 : fin de la monarchie. Instabilité. Les communistes s'imposent (1978).
- 1979 : la méchante URSS (copyright) envahit l'Afghanistan, officiellement pour soutenir le régime communiste.
- Les gentils Américains (trademark) arment les "combattants de la liberté". C'est l'époque des moudjahidines sympatoches avec leur chapeau plat rigolo.
- Les Soviétiques subissent leur Vietnam, tarif syndical (on parle de 15 000 à 25 000 morts) et se retirent en 1988, la queue (et tout le reste) entre les jambes.
- 1989-1996 : Guerre civile. Les Talibans, des religieux aussi stricts que secs, finissent par s'imposer. Le calme revient.
- 2001 : sur un prétexte totalement farfelu (le super méchant Ben Laden, utilisé à l'époque contre les Soviétiques par les Saoudiens, et donc la CIA, se cache dans une cave après avoir fait péter des immeubles avec des avions), les Etats-Unis bombardent, puis envahissent le pays. Etrangement, la culture du pavot et donc la production d'héroïne durement combattue par les Talibans, repart de plus belle. Simple coïncidence.
- 30 août 2021 : les Etats-Unis sont défait, humiliés et achèvent leur retrait dans une panique grossière (Biden le Zombie). Les Talibans se réinstallent au pouvoir. C'est ballot.
Fini ?
Le désordre continue.
La Chine a proposé ses services pour reconstruire le pays qui regorge de ressources minérales... Kaboul pourrait ainsi payer. Cette collaboration économique pourrait enfin développer l'Afghanistan, élever le niveau de vie de ses populations, peut-être même les sortir du moyen-âge.
Un fantasme.
Car rien n'y fait.
De mystérieux groupes du "Balouchistan" s'obstinent à attaquer les intérêts chinois (attentats, plusieurs morts).
Vous l'aurez compris : ces groupes sont financés et armés par la CIA.
Taliban ultra-libéral, déconstruit et légèrement woke. Formé sur les rives du Potomac (Langley, Virginie)
On peut donc reformuler : depuis plus de 4 décennies... l'Afghanistan est en guerre. Et l'Oncle Sam est responsable (en grande partie).
En 1979, il s'agissait de déstabiliser l'ennemi soviétique et lui rendre la monnaie de sa pièce vietnamienne.
Aujourd'hui, la nouvelle cible ne fait aucun doute : la Chine.
Entre ces deux dates (1979 / 2026)... Washington a vu défiler plusieurs "présidents", plusieurs "administrations" et pourtant les constantes impériales demeurent :
- diviser pour mieux régner
- harceler en permanence les ennemis, y compris de manière violente (toutes les nuances de la guerre)
- avec le mépris le plus total pour les pertes et les souffrances civiles
Iran, Irak, Syrie, Liban, Lybie, Afghanistan, Yémen... les cibles changent au fil des décennies, mais la géopolitique impériale demeure. Immuable.
Bombardements, destruction, assassinats, crimes de guerre, désordres, instabilité, sanctions économiques, blocus... la recette se perpétue.
Le motto ? "Rien à foutre", ou si vous préférez en version originale "Fuck you". Et la version plus polie ? La fin justifie tous les moyens.
Quand j'étais jeune, j'ai bien entendu cru à l'"Empire du Mal" soviétique (la formule de Ronald Reagan, en 1983).
J'ai toujours éprouvé une haine viscérale pour les systèmes socialistes/communistes.
J'étais donc forcément emballé par les "combattants de la liberté" afghans.
Je suis tombé dans le panneau du récit hollywoodien... incarné par un formidable film (et des acteurs aux petits oignons) : Charlie Wilson's War (l'histoire du député US qui parvint à augmenter le budget d'aide militaire pour les Afghans, c'est aussi l'homme des missiles Stinger qui ont achevé la domination des hélicos soviétiques ).
Aujourd'hui, j'ai fait mon aggiornamento. Je dois admettre que les anglo-Américains sont les plus grands fouteurs de merde depuis 1945.
L'histoire une fois de plus nous sert de loupe grossissante ; nous avons affaire à une véritable tradition du vice.
Durant leur hégémonie impériale, les Anglais étaient des experts du diviser pour mieux régner (songez à colonisation de l'Inde !) Idem au Moyen-Orient (Syrie, Egypte par exemple). Ils surent toujours exploiter les haines religieuses locales (Inde et création du Pakistan en 1947, sans oublier... Israël of course). Et ils savaient aussi être ultra-violents et sacrément vicelards (guerre des Boers en Afrique du Sud).
Après la seconde guerre mondiale et la fin de l'empire britannique, les Etats-Unis ont simplement repris le flambeau en tant qu'empire de l'Ouest...
Et à mon avis, ils ont industrialisé le vice.
A cette aune, vous voyez bien que Trump ou pas Trump, Biden, Clinton, Bush fils ou père, la Fée Clochette, voire le Père Noël... cela n'a aucune importance.
L'Empire de l'Ouest transcende sa propre propagande.
L'une de ses forces -devenue maintenant une faiblesse- est précisément son côté kaléidoscopique. De nombreux groupes et sous-groupes (des "écuries") se tirent la bourre.
Les divisions internes, les fractures mêmes, existent. Et elles sont fortes (trop et provoquent ainsi le déclin, mais ceci est un autre sujet).
Mais il ne faut pas oublier qu'à l'extérieur... l'empire de l'Ouest applique TOUJOURS LA MEME POLITIQUE : maintenir son hégémonie.
A tout prix.
source : Covidémence