15/05/2026 ssofidelis.substack.com  8min #314015

Hantavirus, Ia, El Niño, anarchisme et avenir

Par  Nate Bear, le 13 mai 2026

Je suivais fut un temps un militant anarchiste. J'étais abonné à son Substack.

Il a déclaré publiquement que mes écrits avaient inspiré les siens.

Puis, il y a quelques mois, il s'est prononcé contre les "catastrophistes".

Il a commencé à se rallier à l'IA.

Il a applaudi à l'enlèvement de Maduro et à la métamorphose du Venezuela en État client de l'empire.

Il a déclaré que tous les dictateurs doivent tomber et qu'après Maduro, il espère que l'Iran sera le prochain.

Pourtant, du même souffle, il dénonce la monotonie écrasante et accablante du travail de 9 h à 17 h du capitalisme néolibéral.

Il se sentait piégé dans une cage conçue par le capitalisme d'entreprise, mais semblait, peut-être sans s'en rendre compte, applaudir à ce que cette même cage soit imposée aux autres.

Je voyais bien qu'il aspirait désespérément à ce que les choses s'améliorent.

Mais au final, ce désespoir, combiné au poids de sa tristesse et à ce qui ressemble à une philosophie idéologique incohérente, l'a amené à applaudir Sam Altman et Pete Hegseth.

Pourquoi est-ce que j'en parle aujourd'hui ?

Parce que je crains qu'il ne soit pas le seul. Je crains qu'à mesure que la situation empire, les gens finissent par adhérer à des mouvements, des leaders, des idéologies et des réalités émergentes contraires à leurs intérêts.

Je crains que lorsque tout s'écroulera, alors que le tunnel se rétrécit et que la lumière s'estompe, les gens trouvent de l'espoir dans le désespoir, du salut dans l'immoralité, de l'intelligence dans le faux, et de la vie dans la mort.

Et je crains que ce ne soit justement là le problème.

Sans tomber dans le pseudo-religieux ou le complotisme, je crains qu'un monde de souffrance, d'angoisse, de précarité et de peur ne soit une aubaine pour les forces des ténèbres, à moins d'être délibérément façonné par elles.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait rien à craindre. Bien au contraire.

Le problème, c'est la façon dont nous réagissons.

La réalité montre que la plupart des gens réagissent de manière prévisible. La plupart des gens feront n'importe quoi pour survivre.

Mais plus encore, les gens feront ce qu'il faut pour continuer à vivre comme ils en ont pris l'habitude.

Ainsi, lorsque l'économie sera vidée de sa substance et réduite à des entreprises d'IA, à des géants de la tech et à des annexes de l'économie de guerre, on peut craindre que les gens aient le sentiment de n'avoir d'autre choix que de livrer leur main-d'œuvre à des individus etentités qui renforceront les conditions dystopiques.

Je crains que le panoptique ne devienne réalité par notre faute. Que pour préserver un monde de confort pour la classe moyenne, les gens s'emploient allègrement à élaborer des systèmes de surveillance et de contrôle qui nous dépouillent de notre humanité et de notre dignité sous couvert de liberté.

Je crains que, pour conserver leurs privilèges de consommation, les gens choisissent de s'enfermer socialement et technologiquement. Qu'ils acceptent de concevoir, de construire et d'applaudir une culture capitaliste carcérale.

Et je crains que cette culture, pour préserver ses privilèges locaux, ne redouble d'efforts pour massacrer des populations à des milliers de kilomètres pour se procurer les ressources nécessaires à sa survie.

Les terres rares. Le pétrole. Les minéraux. Les semi-conducteurs.

Et je crains que, sans cadre idéologique cohérent, sans la compréhension des réalités sociales, politiques et économiques qui sous-tendent et régissent nos vies, cela devienne tout simplement le choix par défaut d'une grande partie de la population.

Des choix médiocres dans un monde médiocre et meurtrier.

Je suppose qu'en fin de compte, je crains que les gens décident de ne se soucier de rien d'autre que de leurs propres intérêts, pourtant extrêmement limités.

Je suis sûr que certains d'entre vous pensent que nous en sommes déjà là. Les arguments sont de taille.

Et si j'écris ceci aujourd'hui, c'est parce que j'ai peur de ce que nous réservent les douze prochains mois. J'ai peur qu'un abîme matériel et psychologique ne se profile, susceptible de faire complètement dérailler l'humanité.

Tout d'abord, pour illustrer la question des intérêts limités, nous avons l'hantavirus.

S'il existe un lieu idéal pour contenir une épidémie virale, c'est bien un environnement autonome, pratiquement fermé, peuplé de seulement 175 personnes, loin du reste de l'humanité.

Les autorités sanitaires ont laissé ces gens repartir aux quatre coins du monde. C'est complètement dingue.

Et pourquoi ? Parce que mettre 175 personnes en quarantaine pendant 45 jours pour épargner des centaines ou des milliers d'autres est sans doute contraire à leurs droits humains, ou autre chose de ce genre.

Parce que dans notre monde néolibéralisé, on suppose que la liberté de consommation prévaut, quel que soit l'impact que cette prétendue liberté a sur vos amis, vos voisins, votre communauté, voire le reste de l'humanité.

Il s'agit de 175 personnes. Est-ce sympa de rester sur un bateau à quai pendant 45 jours ?

Non.

Était-ce pourtant l'option la plus sensée pour contenir pleinement et définitivement l'épidémie ?

Évidemment.

Mais ces gens sont riches, blancs et privilégiés. Les règles sont donc différentes.

On assiste désormais à une course folle pour les suivre, les tracer et les tester, car leur liberté de se restaurer, de dîner et de voyager passe avant la santé publique mondiale.

Si l'on me pressait de donner mon avis sur l'impact probable, je dirais que ce virus est trop mortel et pas assez contagieux pour dégénérer en pandémie (et ceux qui me suivent depuis le début savent que je m'y connais assez bien en matière de virus).

Un virus a besoin de nombreux hôtes asymptomatiques ou légèrement atteints pour se propager véritablement. D'après ce que nous savons de l'hantavirus, la majorité des cas sont symptomatiques et évoluent généralement vers une forme grave de la maladie.

L'hantavirus ne me semble pas avoir le profil d'un virus pandémique.

Mais cela ne signifie pas pour autant que ce soit une bonne nouvelle.

C'était le scénario idéal pour les autorités de santé publique, du genre "modélisez-moi l'amorce idéale d'une épidémie virale maîtrisable", et elles ont complètement foiré.

Et comme, dans un univers de mondialisation, les gens usent de leur liberté de consommation pour se raccrocher à des expériences qui viennent combler le vide (comme  observer les oiseaux dans une décharge au bout du monde), le risque de débordements viraux ne fera que croître.

Et lorsqu'un virus pandémique se propage, les chances de le contenir sont très minces.

L'hantavirus, combiné aux droits revendiqués par les passagers et à l'échec des autorités sanitaires, nous en donne déjà un aperçu.

Je crains ce qui se passera lorsque les citoyens radicalisés par le covid, et radicalisés contre la santé publique, seront invités à modifier à nouveau leurs comportements pour prévenir une nouvelle pandémie.

Mais parlons un peu d'El Niño.

Certaines prévisions quant à la gravité de la situation sortent littéralement des courbes. Une hausse de +4 °C de la température mondiale.

Des décès massifs liés aux températures extrêmes.

Des famines à une échelle sans précédent.

Pourquoi ? La pollution. Les gaz à effet de serre. Chaque épisode d'El Niño est amplifié par un niveau de référence élevé, créé par l'ajout de polluants piégeant la chaleur dans l'atmosphère à des taux  inédits depuis 66 millions d'années.

Le El Niño modéré d'aujourd'hui est un phénomène puissant. Le El Niño puissant d'aujourd'hui n'est qu'un monstre.

Les polluants qui ont amplifié ces phénomènes continuent de peser sur nos économies et nos sociétés, et l'essor des centres de données d'IA a encore accéléré le processus.

Un boom qui, en plus de l'énergie consommée, détruira des terres agricoles, la nature sauvage et, par la même occasion, de nombreuses communautés.

Un boom qui impose aux populations des projets d'une malveillance digne d'un mauvais scénario de bande dessinée.

Le  projet de centre de données Stratos dans l'Utah s'étend sur 160 km². C'est une empreinte plus importante que celle de villes telles que Miami ou Pittsburgh. Et il devra être alimenté en électricité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il aura besoin d'eau. Il aura besoin d'acier, de béton et de semi-conducteurs.

Et il existe actuellement  près de 700 "projets à très grande échelle" comme Stratos prévus à l'échelle mondiale, qui alimentent tous le prochain El Niño.

Si celui-ci est un monstre, le prochain pourrait bien engloutir notre planète. Et ainsi de suite.

Et cet El Niño coïncidera avec une crise pétrolière (oui, elle est toujours d'actualité, malgré le déni généralisé), une crise des engrais et une saison des semailles particulièrement désastreuse à l'échelle mondiale.

Des récoltes mondiales en baisse, ravagées par les sécheresses et les inondations déclenchées par El Niño, seraient synonymes de souffrances pour nous, habitants des pays riches, mais de véritable catastrophe pour les pauvres. Et plus on est pauvre, où que ce soit dans le monde, au Canada ou au Cameroun, plus on est durement frappé.

Je crains ce que cette crise parfaite entraînera dans l'esprit des gens et leurs comportements.

Je crains que si un anarchiste anticapitaliste se met à adhérer à l'impérialisme dans des conditions relativement clémentes, ce que des périodes de crise grave infligeront à tous ceux d'entre nous qui luttent sous l'oppression d'un système confus et injuste, manipulé par des oligarques impérialistes.

Je crains le jour où nos options se réduiront, et que la politique et les comportements réactionnaires, voire fascistes, seront envisagés comme unique solution.

Je crains le pouvoir de séduction des faux prophètes, et j'espère que nous serons suffisamment nombreux à pouvoir y résister.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com