
© Nicolas Maeterlinck Source: AP
Juliana Lumumba, fille de Patrice Lumumba, lors de la cérémonie de restitution de la dépouille de son père à sa famille au palais d'Egmont à Bruxelles, le 20 juin 2022.
Kinshasa et Kigali s'affrontent à distance dans la course à la tête de l'Organisation internationale de la francophonie. Dans un contexte de tensions persistantes dans l'est de la République démocratique du Congo, les deux pays soutiennent des candidatures concurrentes pour un poste à forte portée diplomatique.
La République démocratique du Congo et le Rwanda se dirigent vers une confrontation diplomatique autour de la direction de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), alors que les candidatures pour le poste de secrétaire général arrivent à échéance.
Selon plusieurs sources diplomatiques, cette bataille politique intervient alors que les combats se poursuivent dans l'est de la RDC entre les forces congolaises et les rebelles de l'AFC/M23, soutenus par Kigali selon Kinshasa et des experts internationaux, ce que le Rwanda dément.
La course à la succession au sein de l'OIF oppose notamment la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, candidate à un troisième mandat, à la Congolaise Juliana Lumumba, fille du héros de l'indépendance Patrice Lumumba.
La RDC soutient la candidature de la fille de Lumumba
Le gouvernement congolais défend activement la candidature de Juliana Lumumba, estimant qu'elle reflète le poids démographique et culturel croissant de l'Afrique francophone. Avec environ 100 millions d'habitants, la RDC est le premier pays francophone au monde en nombre de locuteurs.
De son côté, Kigali soutient la reconduction de Louise Mushikiwabo, saluant son bilan à la tête de l'organisation depuis 2018 et sa contribution à la modernisation de l'institution. Le Rwanda appelle à préserver le caractère multilatéral de l'OIF, en dehors des tensions bilatérales.
D'autres candidatures sont également en lice, notamment celles de personnalités venues de Mauritanie et de Roumanie. L'OIF, qui rassemble plus de 90 États et gouvernements, joue un rôle diplomatique important dans les domaines de la culture, de l'éducation et de la coopération économique.
Influence dominante de la France et du Canada
Le secrétaire général de l'OIF est désigné par les chefs d'État et de gouvernement pour un mandat de quatre ans renouvelable. Le processus repose sur le dépôt de candidatures officiellement portées par des pays membres, suivi d'une phase d'auditions pour évaluer la vision stratégique de chacun.
L'élection définitive n'intervient pas par un vote majoritaire, mais se décide par consensus exclusif lors du Sommet de la francophonie, après des délibérations à huis clos. Ce choix combine des critères de compétences diplomatiques et une règle géopolitique non écrite, qui attribue généralement le poste à une personnalité issue d'un pays du Sud (souvent du continent africain), avec l'appui indispensable des principaux contributeurs financiers (France et Canada).